TippiRod - Un destin de poupée

TippiRod - Un destin de poupée

 

 

 

 

Je m'appelle Marie-Sophie, mais je ne le sais pas encore...

 

Je suis Bella, fièrement debout, exposée sur le comptoir du petit magasin.

 

On m'aperçoit du dehors, en arrière-plan du petit train , le clou de la vitrine.

 

Parents et enfants viennent y coller leur nez pendant de longues minutes.

 

Le circuit est élaboré avec grand soin, tout un dimanche après-midi, rails à monter, tunnels, sapins et jolie gare. Locomotive et wagons ,une voiture ou accessoire supplémentaire chaque année, sont fort prisés et espérés dès le premier dimanche de décembre.

 

Les jouets divers ont fait une entrée remarquée. Ils se glissent comme ils peuvent dans cette droguerie, se faisant une place au milieu des cahiers, cartes de papiers peints, raticides ou autres détachants.

 

Il reste peu d'espace inexploré du joli parquet ciré.

 

Les senteurs se mêlent en cette ambiance de Noël. Quelques boules givrées à la bombe de neige artificielle, guirlandes et cartons découpés et décorés à la main rendent l'ornement de cette boutique singulièrement artisanal et convivial.

 

Tout au bout de mon comptoir long d'une petite dizaine de mètres, j'avais une jolie vue d'ensemble.

 

Je n'avais pas besoin de tuteur, solide sur mes jambes, bien qu'installée sur une patinoire. Je ne faisais pas la maligne, car j'apercevais les têtes patibulaires de trois corsaires esquissées au fusain, glissées sous la plaque de verre épais et biseauté. L'un se nommait Borgnefesse, et c'était lui le plus beau.

 

Tout de même, je me tenais à carreau.

 

Tout près moi, une bonbonne, également en verre épais, à sa base un petit robinet de laiton. Une eau de Cologne à la couleur ambrée y était distribuée au détail.

 

Bon nombre de petites filles venaient m'admirer. Certaines mamans discrètement se renseignaient sur mon prix.

 

La réponse était invariable : Je n'étais pas à vendre.

 

Au fond du magasin, face à la porte au carillon, un rideau de lanières multicolores laissait entrer une petite fille.

À peine osait-elle un pied sous les lanières, qu'elle devait dire bonjour poliment à l'assemblée, sous peine d'être sommée de refaire « son entrée » et de moucher son nez pour dire bonjour à la dame.

Le client était roi, et l'enfant... la petite reine de la maison.

 

Je savais, dès que je l'apercevais, qu'elle n'aurait d'yeux que pour moi. Je la fascinais.

J'entendais les rouages de son imagination galopante. Elle m'en promettait de belles. Elle nous voyait déjà en haut de son école. La petite était une maîtresse dans l'âme. Chaque jour, elle jouait à l'école et le moindre sujet devenait son élève... Elle aimait les grandes classes et faisait répéter ses poésies et leçons à ses trente-cinq quidams.

 

Elle admirait mon chapeau blanc bordé d'un ruban rose, couvrant mes longs cheveux de miel orangé et bouclés. Elle était très surprise de me voir porter des boucles d'oreilles, qu'elle nommait d'ailleurs des cages à oreilles. Tout lui plaisait chez moi jusqu'à mes socquettes blanches dans mes jolis souliers. Surtout, elle était émerveillée de me voir tenir debout toute seule. Elle me rêvait des yeux et ne pouvait me toucher.

 

Repue de m'avoir tant adorée... Elle passait derrière moi, de l'autre côté du comptoir dans son rayon préféré : les boites de cire, l'encaustique. Différentes tailles et teintes surtout amenaient l'obligation de les ouvrir avec une pièce de monnaie pour faire levier. La petite fille était très très souvent dans l'obligation de cette démonstration, en cachette évidemment , bien qu'elle se fasse souvent prendre « la main dans la boite », fichue bien entendu, avec cette empreinte digitale en plein milieu.

 

Je savais que l'enfant rêvait encore de moi au premier étage des appartements privés. Je faisais déjà partie de ses jeux. Je voyais la place qu'elle m'avait choisie et j'avais compris qu'en plus d'être l'élève, je serais la fille de la maîtresse.

 

Hélas, je n'étais pas à vendre. À l'instar de mon ami petit train, je faisais partie du décor.

 

Cela m'envahissait d'une profonde tristesse, bien que les regards envieux de toutes ces petites filles me flattaient, la mienne de petite fille, je la voulais.

 

 

 *?*?*?*

 

 

Ce soir, c'est Noël. Les joues en feu, je fais plisser mes yeux devant les braises de l'âtre, pour entrer dans la caverne d'Ali Baba. Je joue de mes paupières et de mes cils pour faire jaillir différentes images et joyaux précieux.

 

Mamie a allumé des bougies dans la pièce. Elle a mis ses beaux bracelets que j'entends tintinnabuler alors qu'elle lisse la jolie nappe.

Je suis heureuse rien que d'imaginer que bientôt sous le sapin, il y aura de beaux cadeaux. Ce moment d'attente et d'espoir est féerique. Je ne sais pas ce que je vais avoir, mais je sais déjà que je l'aimerai.

 

C'est l'heure d'aller se coucher, le Père Noël va passer...

 

Mon papi vient me chercher à pas feutrés pour m'éveiller tout doucement à ce rêve qui m'attend. Il a son regard de papi heureux et son sourire plein de promesses.

De sa voix grave et suave, il me murmure : le père Noël est passé.

 

Je saute sur mes petits pieds nus , mes chaussons sont restés devant la cheminée , revêts ma robe de chambre douce et blanche comme la neige, bondis dans les bras de mon grand-père ému.

 

Tous les trois, cette veillée, nous sommes tous les trois. Nous avons créé cette merveilleuse ambiance de fête, au zénith de la chaleur de nos trois cœurs. Leur bonheur d'être ensemble et de faire plaisir.

 

Il y a, à peu près cinq paquets.

 

Sur la table nous attendent deux assiettes d'huîtres déjà ouvertes, une fine et haute bouteille, que mamie appelle son Tockay. Ce mot m'a toujours amusée et je l'aime comme un ami car comme moi il porte un nom d'Alsace, ce n'est pas très courant par ici.

 

Il faut vite faire danser les rubans, je ne me précipite pas, car j'aime précisément ce moment...

 

Mon imaginaire déborde et ne sait où se poser... Une dînette, des croquettes, peut-être un nouveau tableau, un grand, un vrai comme à l'école.

 

Le premier paquet est un parapluie rouge, attention pas le droit de l'ouvrir dans la pièce.

 

Le suivant, un gilet jacquard à dominance rouge, tricoté maison.

 

Enfin un paquet mystérieux, plus grand que tous les autres.

 

Il est pour moi.

 

 

*?*?*?*

 

 

Je frémis.

Je sais maintenant pourquoi j'ai été allongée dans cette boite, il y a à peine une heure.

Je suis le cadeau. La petite fille sera le mien.

Encore quelques secondes...

Elle m'aperçoit bouche bée derrière mon plexiglas.

Elle est aussi émue que moi... C'est sensationnel.

 

Elle regarde autour d'elle avec ses yeux de Noël, ils étincellent encore plus que d'habitude.

 

Je suis réellement née en ce 24 décembre à minuit dans les bras affectueux de ma petite maman-maîtresse. Croyez-moi, des leçons j'en ai reçu, appris, ressassé. La petite adorait les poésies et il fallait mettre le ton. On ne faisait pas les fiers, car parfois, la maîtresse, elle avait la main leste.

 

Trois livres préférés : Les voyages de Petitou de Dick Lann, un bon petit diable et les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur.

 

Ces lectures de mauvaises influences expliquent que rapidement, chapeau, boucles d'oreilles et autres rubans se sont évanouis au fond du coffre à jouets. Mais le pire reste à venir, je fus gratifiée d'une coupe de cheveux au carré qui lui valut un bel esclandre de sa grand-mère, plus qu'offusquée, qui s'exclama : c'est donner de la confiture à un cochon.

 

Ce n'est pas grave, nous étions contentes la petite fille et moi et continuions notre épopée sans fioritures à abîmer. La liberté de se salir, quel bonheur.

 

J'ai eu les doigts de la main gauche, mordillés par le chien de la famille, un jour, lors d'un voyage en voiture, j'étais de toutes les promenades et excursions. Le représentant, sans doute en relation avec le docteur des poupées, n'a su y faire. J'allais finir par ressembler aux corsaires.

 

Je fus rapidement rejointe par un grand frère. Un baigneur costumé en marin, qu'on a trouvé debout lui aussi, parmi pas moins de cinquante sosies, sur un stand... de fête foraine. Au grand dam de la mamie.

 

Nous sommes devenus les inséparables.

 

Par la suite, enfin, lors d'un autre Noël, la petite fille reçut, un poupon dernier cri. De manière aléatoire, il pleurait ou riait lorsqu'on lui pressait le ventre. C'était une fille, Tinou, la petite dernière poupée.

 

Après tant de jours heureux, la petite fille a vite grandi. Nous sommes restés tous les trois sagement disposés dans l'étagère de ses souvenirs.

 

Un vrai petit garçon aux pensées marines et voyageuses, talonné par une soeur lutin joyeux, accueillirent plus tard la petite dernière Titou.

 

Singulier et attendrissant non ? Ces trois poupées qui ont pris vie...

 

 

DÉBUT

 

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Tous droits réservés

TippiRod

 

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Commentaires (4)

1. AlysonPyj (site web) 11/10/2017

http://buyambienonlineblog.soup.io/

2. BethanyYly (site web) 09/10/2017

https://ask.fm/vanessacatherine419806

3. AlysonHdl (site web) 08/10/2017

Hey everybody! Recently I have been battling with a lot of Problems. Friends and doctors keep telling me I should consider taking pills, so I may as well link and see how it goes. Problem is, I haven't taken it for a while, and don't wanna get back to it, we'll see how it goes.

4. Amaranthe 31/12/2013

J'avais deux poupées Bella dont je pouvais faire pousser les cheveux comme par Magie, et je les adorais.

:-)

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