TippiRod - Arrêt sur images - Les pièces secrètes

Les pièces secrètes

 

 

Encore abasourdi de sa libération inespérée, Martin informé par son avocat rejoint sa compagne dans leur crique d'amoureux.

Il la serre dans ses bras, mais sent une réticence. Il ne sait pas ce qu'elle sait, ce qu'elle a compris, il est juste heureux de respirer le vent dans ses cheveux.

 

Il caresse de son index l'absence de son collier et prend ainsi la mesure du chagrin de sa douce « Funambelle » pour qu'elle s'en soit séparée ainsi. Lui qui aurait payé si cher, du fond de sa cellule, pour qu'on ne le prive pas de sa montre gravée de leur symbole d'amour.

 

Il saisit son menton au creux de sa main, tentant ainsi de capter son attention.

 

— Rentrons à la maison, j'en ai tellement besoin

 

Elle baisse la tête, puis tournant son regard sombre marron vers l'océan, elle annonce son désir de quitter ce village qui lui a fait tant de mal. Elle souhaite pour quelque temps abriter et reconstruire leur amour sur l'île dans la maison de sa grand-mère, enfin de ses grands-parents.

 

Martin surpris, regarde la voiture inconnue chargée de deux simples valises. Marie-Océane l'y invite, ils arrivent rapidement à l'embarcadère. La traversée silencieuse ne dure que quelques minutes.

 

 

Arrivée sur l'île, ils marchent une bonne demi-heure entre faux plats et pentes rocailleuses pour atteindre une toute petite maison à la façade bien blanche, quatre fenêtres et une porte aux peintures et volets d'un rouge éclatant.

 

Marie-Océane ouvre la porte avec une grosse clef ancienne. Quelques toiles d'araignées filent sur leurs visages. Il ne fait ni froid ni humide. Chacun d'eux ouvre les volets d'une fenêtre du rez-de-chaussée. On aperçoit au loin l'azur, la mer aux reflets d'émeraude. Martin n'ose rien dire, mais la maison n'est pas coquette.

 

Un escalier de bois blanc les mène à l'étage. Bizarrement une seule pièce, une chambre et un minuscule cabinet de toilette.

 

— Tu comptes vraiment loger ici ?

 

Elle le prend par la main et le guide à nouveau en bas, vers une courette à l'arrière de la maison. S'y trouve un appentis dont elle a aussi la clef – des outils, pots de peinture et produits de toutes sortes y ont été récemment entassés.

 

— Rien de tel pour nous changer les idées... Un grand lessivage !

 

Martin reste dubitatif, mais devant l'air qui a tout l'air de ne pas rire de sa chère et tendre, il se résigne à suivre le mouvement.

 

En deux jours, la pièce à vivre est devenue rayonnante ! Deux pans orange, un autre vert anis, le troisième violet. Les boiseries sont bleu clair et les tuyauteries sont singulièrement mises en valeur par jeux de contrastes et combinaisons entre ces couleurs. Des stores à lamelles jaune soleil viennent compléter cette palette.

 

Le sourire n'est toutefois pas revenu illuminer le visage de la jeune femme. Martin prend patience et vaillant lessiveur, décolleur, reboucheur, propose d'aller gratter plus haut avec ardeur.

 

L'étage a quelque chose d'étrange. La surface ne correspond pas au rez-de-chaussée, une illusion d'optique sans doute... Tant mieux, la besogne en sera allégée !

 

Vite dit, car les différentes épaisseurs de vieux papiers sont tenaces. Marie-Océane n'a pas prévu de produit à décoller.

 

— Ne cherche pas la facilité, gratte ça va te faire du bien !

 

Tapisserie moirée à rayures ; petites fleurs cyan ; uni vert effet capiton ; savane africaine ; grosses fleurs magenta et autres nuances de rose ; scènes champêtres romantiques, les goûts et les couleurs en couches de décennies à la mode passée !

 

Toujours pas de rapprochement affectueux... L'ambiance est pesante, dehors le ciel est si bleu, Martin rêverait de tracer un trait et retourner chez eux.

 

Il marche contournant la pièce, tapotant de légers coups de pieds au bas des murs, histoire de tromper son tracas... Tout à coup, un son creux ! Ah ! Il le savait que ça clochait, Grand-mère avait sa pièce secrète !

 

— Viens voir, ça sonne creux ici, il y a quelque chose derrière ! Il continue ses tapotements, et en trébuchant sur un drôle de bitoniau...ouvre la caverne d'Ali Baba ! La porte déchire tous les papiers peints confondus et l'espace manquant apparaît — derrière une imposante et lourde tenture —, sous son plus beau jour !

 

 

Visiblement, une chambre de jeune fille, tout à fait charmante. Des livres, des photos, des bateaux, des étoiles de mer ! Oh !

Un très joli bouquet de fleurs fraiches… Une bouilloire, une boîte à thé... Comment est-ce possible ? Cette pièce est loin d'être condamnée, elle est plus vivante que tout le reste de la maisonnette.

 

Le couple est interdit et se regarde sans comprendre. Une fenêtre invisible de la rue, s'ouvre sur le pignon gauche de la maison . On aperçoit un bout de l'île peu accessible et donc assez sauvage. Une lande jaune et violette parsemée de genêts et de bruyère, cerne un amer haut de deux ou trois mètres. Un rocher aux mouettes fait face à cette partie de la côte.

 

Martin s'approche de la croisée, qui en réalité est une porte-fenêtre.

 

— Incroyable ! Un escalier descend dans la ruelle...

 

Le mobilier coquet est ancien, mais entretenu. Le lit est fait. Un bel édredon garni de plumes, recouvert d'une jolie toile de lin blanc éclatant et piqué de boutons ronds, donne une allure douillette à l'endroit. Une coiffeuse, un miroir, quelques meubles de merisier, un ravissant secrétaire... Un journal local y est posé...

 

— Il est daté d'aujourd'hui ! C'est invraisemblable ! S'écrie Martin commençant à lire l'article à haute voix :

 

 

 

 

 

Guerre des étoiles de mer et armistice

 

Le professeur de musique et entraineur de basket Martin Dantès libéré grâce à la perspicacité de notre célèbre confrère journaliste Hugo Cortèse, natif de l'île voisine.

Ses révélations sur cette sordide affaire de délation ont disculpé le suspect.

La mémoire de Hugo Cortèse a permis d'établir un lien entre différentes étoiles de mer qui étaient le fil rouge d'un sac de nœuds diffamatoire : secrets de famille et haines anciennes.

Le regard lors de l'arrestation et la réputation de Martin Dantès ne cautionnaient pas les accusations dont il semblait victime dans cette affaire de mœurs sur mineur.

Le prénom de madame Marie-Océane Dantès a d'abord éveillé la perplexité du journaliste : « La Marie Océane » était un chalutier qui avait fait l'objet de son premier papier de stagiaire.Il relatait le décès de son ami d'enfance Yvick Manach péri en mer à l'âge de dix-sept ans.

Quelques années plus tard, il avait intimement retrouvé madame Marie-Josée Tallec, femme sévère et rigide, également native de l'île, qui avait réussi dans le monde des affaires - connue sur le continent comme une femme solitaire et peu affable sous le nom de Malizée Tallec.

Le pendentif à l'étoile de mer en or de madame Dantès sur toutes les photographies des journaux au moment de l'arrestation de son mari, interpela à nouveau Hugo Cortèse.

Il se souvenait de cette étoile tatouée dans le cou du jeune pêcheur disparu.

Quand il interrogea l'adolescent accusateur, il eut le déclic en voyant son avatar : l'étoile de mer de trop !

Confondu, le jeune avoua avoir été soudoyé pour calomnier son professeur entraineur. Les rouages de l'enquête et la psychologie du journaliste l'ont rapidement mené à suspecter la mère de Marie-Océane Dantès, comprenant que Yvick Manach était le père de la jeune femme. Ce qui expliquait la froideur légendaire de Marie-Josée Tallec et l'acte haineux qu'elle venait d'accomplir en faisant accuser son propre gendre.

Martin Dantès lavé de tout soupçon a été libéré immédiatement.

L'adolescent élevé par ses grands-parents, vertement sermonné par le juge des mineurs est condamné pour la forme à devoir lever le nez de ses ordinateurs chaque semaine pour écrire un texte manuscrit. Sa grand-mère l'a d'ailleurs aidé à composer sa première poésie « les yeux de l'histoire » en rapport avec le scandale pour ne jamais l'oublier.

Madame Marie-Josée/Malizée Tallec, fille d'un commissaire retraité a été gardée à vue pendant quelques heures. Hugo Cortèse qui l'avait amenée à se rétracter l'a soutenue accompagné d'un avocat réputé, natif de l'île, bien évidemment !

Fort à penser qu'elle écopera d'une amende salée, voire de quelques mois de détention – avec sursis, bien défendue qu'elle sera.

Ainsi va le monde entre étoiles et corbeaux repentis !

JL.M

 

 

 

 

 

 

 

 

Martin repose le journal sur le lit et invite sa douce Funambelle à s'y asseoir avec lui.

 

— Tu ne sembles pas surprise... Je croyais qu'on n'avait jamais su qui était ton père ?

 

— Je ne le savais pas jusqu'à la veille de ta sortie

 

Un silence de quelques minutes, les yeux dans les yeux, Martin caresse avec tendresse chacun de ses traits, qui petit à petit semblent se durcir. Il sait qu'il doit attendre son récit sans la brusquer.

 

Doucement, elle prend la parole, une larme sur la joue

 

— Cortèse est venu tout me raconter. ..Mon père qui n'a jamais su que Malizée était enceinte... elle qui ne l'a jamais avoué à personne, son exil, sa haine viscérale du monde...

 

Elle ravale difficilement sa salive, l'observe intensément et reprend

 

— Toi ! qui étais son amant avant de me connaître... Qui la rencontre chaque semaine qu café de la paix ! Devant mon désarroi, c'est lui qui m'a suggéré de venir nous ressourcer ici... Moi je t'aurais fichu dehors !

 

Martin tombe sur le dos en travers du lit

 

— Je ne pouvais pas, je ne pouvais plus te le dire...

Elle menaçait de te pourrir si je n'acceptais pas ce tête-à-tête hebdomadaire

 

— ELLE a tout raconté à Cortèse... Son étoile de mer tatouée par Yvick lui-même à l'orée de sa cuisse... eh oui ! lui aussi l'avait vue! COMMENT AS-TU PU M'OFFRIR CETTE ÉTOILE D'OR ?

 

— Tu les aimais tant les étoiles, tu te souviens, on les rejetait à la mer et on s'embrassait en faisant un vœu...

 

 

— Je ne te le pardo...

 

Elle ne termine pas sa phrase, des bruits de pas, de rires, de voix… Sa Voix !

 

Ils se cachent vite, blottis derrière la tenture qui masque l'ouverture

 

— Venez par là Très Méchante Dame ! Regarde j'ai apporté le champagne pour fêter ta joie nouvelle ! Vous allez vivre, vous allez rire ! Chère Madame Malizée Tallec !

 

Hugo et Malizée virevoltent comme deux adolescents fougueux, et plongent à leur tour dans l'édredon moelleux.

 

Le vieux loup de mer sort quatre coupes de cristal

 

— Quatre coupes, tu es fou ! Tu étais plus sage, il y a vingt ans !

 

— Eh non  ma chère amie retrouvée, je ne suis pas fou ! Allez ! Faites voir un peu vos mines, les tapissiers ! Y a comme un courant d'air derrière ce grand rideau !

 

Penaud, le couple Dantès avance dans la pièce.

 

Les deux femmes évitent de se regarder. Les hommes se donnent une solide poignée de main.

 

Sagement Hugo prend la parole

 

— Il faudra du temps... à tout le monde ; il faudra l'indulgence et l'intelligence de ne pas juger

Il n'y a pas de tort, plus de préjudices, juste le goût du malheur à oublier.

 

Ne vous condamnez pas comme autrefois on a condamné cette porte pour bannir une pauvre enfant de quinze ans qui bien malgré elle ne put jamais se sentir mère, étouffée qu’elle était par un chagrin sans fond.

 

Ne blâmez pas Martin qui est à écart d'âge égal entre vous deux.

Prenez le temps chacune de vous comprendre et acceptez simplement et sans culpabilité de ne pas vous être aimées parce que la vie en a voulu ainsi... Le temps fera de vous peut-être des amies

 

 

 

Un vol de mouettes passe devant la baie grande ouverte

 

— Oh ! comme elles sont belles ! s'exclame Marie-Océane

 

— On dirait leurs ailes en argent, tellement elles étincellent dans le soleil ! s'extasie Malizée

 

— AH NON ! rabrouent les deux hommes en choeur

 

Mère et fille, surprises les interrogent du même regard

 

— On sort à peine des étoiles de mer, c'est pas pour s'enliser dans les mouettes ! déclare Hugo en tapant fortement dans le dos de Martin

 

— Pas vrai ? Mon futur gendre !

 

 

La tension cède en un éclat de rire général... Le premier d'une longue série !

 

 

 

 

ARRÊT SUR IMAGES

 

 

 

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Commentaires (3)

1. AlysonOjh (site web) 11/10/2017

http://gamescap.com/profile/beryltrent6

2. AlysonWsu (site web) 09/10/2017

My friend and I went camping the other day. It was a horrible experience, as he wouldn't let me sleep all night. He kept talking about random things and cried about his sleeplessness. I totally told him to interaction and deal with it.

3. Eve Zibelyne (site web) 12/03/2014

Oh, j'avais du retard..., étoiles et corbeaux, mouettes et rideaux, bisou ma Tippounette pour cet arrêt sur images étoilé, j'ai beaucoup aimé !

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