Thierry Tougeron - La barque.

La barque.

 

 

Personne ne peut me sortir de cette barque. Je suis capitaine et je coule dans les mots. C’est bon de se trouver seul ainsi, ces amis pour couverture dans le vaste tumulte des mondes. Les hommes endormis peuvent nous suivre, ils ne nous dérangent pas. Plus jamais je ne veux dormir, je veux étendre le temps pour coucher plus de mots, si je peux. Les reprendre un à un pour ne pas risquer de les laisser se dessécher, pour ne rien risquer à jouer avec eux, pour vivre à travers leur rythme, leur froissement, leur coupe, pour ne pas se risquer dehors, pour ne rien risquer dedans, pour ne faire que du beau. Pourtant elle flottait si bien. Sans ancre, sans rames, l’encre la guidait comme les larmes que je versais pour abreuver ces mots nouveaux dont la croissance demandait le sel du lac de la peine. Une vie que « la peine à salée » doucement. La barque des mots, le cercueil et le linceul. De quoi ne pas souffrir de manque dans la prison de la mort.

 

 

 

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Thierry Tougeron

 

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