Roselyne Cros - Pas un chat

Pas un chat

 

 

« Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser chez lui » écrivait Victor Hugo. Soit, mais encore faudrait-il qu’il soit là ! Je passe la maison au peigne fin, pas de chat. Je sors dans la rue éclairée faiblement par la lumière des lampadaires qui tombe en faisceaux entourés d’une écharpe de brume, pas l’ombre d’un chat. Brrr pas réjouissant comme atmosphère. Je m’imagine dans un film d’épouvante d’Hitchcock en noir et blanc. Pas un chat !... Même noir ! Je me vois rue Victor Massé, dans le 9e arrondissement, j’entends comme un léger grincement. Ce doit être le spectre de l’enseigne « Le Chat Noir », un lieu très prisé de rencontre du tout Paris où se réunissaient au XIXe siècle des artistes, des poètes, des peintres, des musiciens, des humoristes, des compositeurs… Je frissonne. Des ombres me frôlent… leurs fantômes sûrement. Je me secoue pour ne pas me laisser gagner par la frousse. Je rêve éveillé, c’est hallucinant. Et puis, je n’habite pas à Paris mais dans un grand village. Que m’arrive-t-il ? Que fais-je là ? « Tu te fais ton cinéma » me dirait Colette. Bof, elle écrit bien des romans elle avec des personnages inventés.

 

Ah oui, j’y suis !

 

J’appelle mon chat par son nom, un chat étant un chat comment le héler autrement ? Ma voix de fausset au début, j’ai cru un instant qu’une femme me suivait, prend de l’assurance. Le chat, le chat … A force de hurler, j’ai un chat coincé au fond du gosier. Enroué ! Je donnerai bien ma langue au chat pour savoir où il se trouve. Le hic c’est qu’il n’y en a pas un pour faire l’affaire. Même pas un rouquin genre Garfield, une isabelle, un chat tout blanc, pourquoi pas, encore moins entièrement noir, comme Pomponnette la chatte du boulanger. Mon chat à moi a le pelage d’un tigre. Il est beau ! Quand il bande ses muscles pour courir et sauter ou grimper sur la murette du jardin, il ressemble à un félin. Je passe des heures à le regarder… quand j’ai le temps. Il a du faire le mur attiré par les bruits de la nuit dans la campagne. Il y a des mulots qui pointent leurs petits museaux à la tombée du jour. Tout en marchant, je jette des coups d’œil à droite, à gauche, on ne sait jamais, si bien que je me retrouve à l’extérieur du village. J’arrive devant un champ où les pattes de chat, jolies primevères fleurissent déjà. Il y en a partout. Les pétales forment des ombrelles. D’ailleurs il me semble qu’on les appelle aussi des coucous.

 

Coucou, coucou… aucun écho ! Pas la moindre tache sombre sur le tapis vert. Pas un bruit. Un chat est silencieux dans ses déplacements par essence, mais bon, j’aimerai bien apercevoir le bout de sa queue au moins, je saurai qu’il est là. Mais, pas un chat dans les hautes herbes, pas plus qu’à la lisière de la forêt toute proche. Je m’aventure, toujours plus loin, furtivement sur la pointe des pieds pour ne pas faire crisser les feuilles mortes ou les morceaux de branches cassées. Je ne suis pas rassuré car des ombres me cernent de toute part. J’entends un oiseau chat qui miaule. Le mien doit jouer à chat perché, à l’affût pour attraper ce satané oiseau qui le nargue car je vois deux yeux luisants sur une branche. Minou, minou ? Les yeux ne bougent pas, fixant toujours le même point dans l’épaisseur du feuillage. Un craquement ? Je baisse les yeux, et là, surprise, sous mes pieds, un bouquet de nez de chat. Il me faudra revenir en plein jour cueillir ces coulemelles des près, fameux champignons, poêlés avec une pointe de persil, c’est un délice. Mince ! J’en salive. Le sentier se resserre. Il fait nuit noire. Une chouette hulule ou un chat-huant, je ne m’y entends pas trop dans ces gros oiseaux de nuit. Il me fait sursauter. Les yeux luisants, c’était peut-être lui ? Je ne vois plus un chat, d’ailleurs, dans ces taillis touffus, même une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Je suis perdu ! Oups, non, voilà un bout de lune qui s’extirpe d’un nuage encombrant. Elle aussi, elle veut trouver le chat ! Etirer son ombre, l’allonger, la démesurer. La lune est joueuse. Je rebrousse chemin. Je me sens comme un chat échaudé. Il ne m’y reprendra pas, après tout, il peut rentrer tout seul. « Tu veux t’amuser avec les oiseaux ? Bien. Avec les mulots aussi ? Parfait. Tant qu’à faire, va rejoindre tes copains, les chats de gouttière. Ensuite, tu viendras miauler de douleur parce que la patte de l’un d’entre eux aura fait jaillir ses griffes sur ta belle fourrure châtain pour la traverser ! Entre chats, pas de cadeaux ! Question de territoire. Ensuite, tu resteras à la maison tranquille, après que je t’aurai pansé, un, deux, trois jours ? Tu feras le bouddha avec ton regard contemplatif, tu es très fort quand tu prends cette zen attitude, un tantinet dédaigneuse, et quand tu seras rassasié, tu quémanderas des câlins… et moi je craquerai, j’enfoncerai mes doigts dans tes poils soyeux, je te chatouillerai derrière l’oreille et puis peut-être qu’ensuite on dormira ensemble, avant que tu ne repartes pour tes escapades nocturnes. C’est plus fort que toi, c’est ton instinct.»

 

Dépité, je me retrouve sur la route, je la prends en sens inverse. Je remets mes pas dans mes pas. Une fois à la maison, je vais croquer une langue de chat avec un bon café corsé, pas comme celui de midi servi par ma copine, Claudine, du pipi de chat ! Lundi je lui offrirai un œil de chat de Chrysoberyl, variété de quartz que l’on trouve au Sri Lanka, elle adore les pierres fines. Et celle-ci la ravira tant elle est chatoyante. Un bel anniversaire en perspective. J’ai prévu de l’amener au resto. Comme elle aime le rétro, nous irons dans une boîte danser le Cha cha cha… santé ! Le champagne coulera à flot et après… vaudrait mieux que le chat ne soit pas là.

 

Déçu de ne pas avoir retrouvé mon minet, et n’ayant pas un chat à fouetter, je vais me pieuter sans chat…. Non mais ! Avant, quand même, je remplis le bol de croquettes et je change l’eau. La maison est silencieuse, il me manque le bougre !

 

Demain sera un autre jour. C’est dimanche en plus. Je préparerai mon matériel de pêche à l’aube et je me rendrai au bord de la rivière. Choper la truite dans mon coin favori, juste à l’endroit où l’eau tourbillonne autour de gros rochers. Dans les creux se cachent de belles farios, mais avec la chance que j’aie, c’est un poisson chat qui va s’accrocher à l’hameçon !

 

L’après-midi je me rattraperai sur les nez de chat dans la forêt, à moins que quelqu’un ne les ait tous cueillis.

 

Le chat, le chat ? … Toujours pas de chat

 

Me faudra aller voir un chaman, il le retrouvera avec son charabia. Abracadabra Sacha ! Et oui ! C’est le nom de mon chat.

 

 

 

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Tous droits réservés

Roselyne Cros

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonYap (site web) 08/10/2017

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