Roselyne Cros - Il était une fois

Il était une fois

 

 

Les rayons dégorgeaient de livres, de bandes dessinées, plus colorés les uns que les autres. Laure, dans l’encadrement de la porte, accueillait, un large sourire sur les lèvres, les petites filles et les petits garçons. Les parents, mamans ou papas, grandes sœurs ou grands frères, grands-parents, papis et mamies, ou encore tontons et taties, lâchaient leurs menottes toutes chaudes du trajet jusqu’à la bibliothèque.

 

Les petites jambes n’avaient qu’un pas à faire pour se trouver à l’intérieur de la pièce où une bonne odeur de papier et de bois mêlés chatouillait leurs narines. Des coussins de toutes les couleurs s’étalaient sur le sol, un peu n’importe comment. Les potes de classe s’asseyaient côte à côte, tiens pourquoi pas sur le rouge, les copines leur préférant le bleu ou le jaune. Un demi-cercle presque parfait se matérialisait devant Laure.

 

Les mains posées sagement sur leurs genoux ou les enserrant, les bambins attendaient. La jeune fille posait un regard sur chacun d’eux, se moquant de leur impatience en prenant son temps, les yeux plissés de malice.

 

Elle se trouvait à leur place, il n’y a pas si longtemps, songeait-elle avec nostalgie. 18 ans déjà ! Elle avait obtenu ce job par l’intermédiaire de ses parents qui étaient au conseil municipal de la mairie du village où elle avait grandi. Bibliothécaire ! Rien qu’en entendant le nom, elle se voyait vieille. Dieu merci, elle ne portait pas de lunettes et n’avait aucune envie de nouer ses longs cheveux bruns en chignon.

Il est vrai que dans les grandes villes, il faut une connaissance des ouvrages assez pointue pour exercer ce métier et des années pour le maitriser, d’où un certain âge. Mais là, ce n’était qu’un emploi temporaire durant les vacances. Et ludique avec ça ! Ouf ! En septembre, ce serait la faculté.

 

Son ambition ? Devenir vétérinaire. L’inscription dans une école à Rodez n’avait posé aucun problème. Elle avait, de plus, dégoté un endroit charmant pour l’hébergement, à quelques kilomètres de la ville. En pleine nature ! Dans un chalet, ils seraient trois à cohabiter. Tous étudiants. Sur Internet, le coin paraissait super et elle devait se rendre sur place avec ses parents pour le visiter et régler certains papiers qui ne pouvaient l’être sur le web.

 

Laure tenait un livre dans ses mains. Elle l’ouvrit lentement devant les petites mines sérieuses qui la dévisageaient, se demandant quand l’histoire allait commencer. Son choix s’était porté ce jour là sur un célèbre conte des frères Grimm, Blanche-neige et les sept nains.

 

Sur la couverture que tous regardaient, les yeux écarquillés, une jolie princesse, une grosse et appétissante pomme rouge grenat dans les mains. Ils avaient vus le film de Walt Disney pour la plupart, mais de l’entendre raconter par Laure avait une saveur toute autre. Quand elle commença par la phrase magique :

« Il était une fois… » On n’entendait plus une mouche voler dans la pièce, si bien qu’à certains passages, même si elle chuchotait, les petits ne perdaient pas une miette de l’histoire.

 

De temps à temps, elle retournait le livre pour qu’ils en apprécient les images. « Oh, quelle est belle » s’émerveillaient les enfants, qui, dès que la méchante Reine questionnait son miroir, poussaient les même « Oh » mais d’indignation. Elle leur faisait peur, transformée en sorcière, un gros bouton flanqué sur son nez long et pointu, son chapeau noir et ses ricanements. Heureusement que les sept nains passaient par là pour s’occuper de la princesse blanche comme la neige après avoir croqué la pomme empoisonnée de la sorcière… Elle avait l’air si bonne cette pomme et comme sa peau reluisait d’avoir été longtemps frottée sur la manche de la méchante Reine déguisée en sorcière… Au fur et à mesure que Laure racontait, les enfants se rapprochaient insensiblement d’elle, presque à la toucher. C’était mignon tout plein.

 

Ils étaient encore en pleine féérie quand Laure les amena dans la pièce tapissée de couettes à même le parquet pour une petite sieste obligatoire. Vite endormis, un léger sourire sur leur visage poupin reposant sur leurs petits poings serrés, ils rêvaient sûrement à la suite de l’histoire que la jeune fille leur dévoilerait après un bon somme.

 

Laure profita du calme qui régnait à présent pour connecter son portable et ouvrir ses mails. Elle répondit à certains puis se laissa envahir par une langueur agréable. Ces histoires de princesse, tout compte fait, plaisaient encore, reconnut-elle. Ses yeux se fermèrent. Dans une semi somnolence elle se vit sur l’estrade de l’amphithéâtre à l’université, devant une foule de personnes, des deux sexes, tous âges confondus, en train de les haranguer, un doigt accusateur pointé sur la salle.

 

« Vous, oui, vous toutes, vous tous qui me regardez, ne me dites pas que les contes de fées sont démodés ! Que l’amour n’existe pas !»

 

Un brouhaha incompréhensible lui répondit.

 

« Je vous observe tous les soirs, lorsque vous lisez une histoire à vos enfants, à vos petits enfants, vos yeux s’allument, pétillent, vos traits s’attendrissent, n’est-ce pas mesdames ? » - - Moui…

 

« Vous vous glissez dans la peau d’une princesse et vous imaginez qu’un prince charmant vient vous enlever sur un destrier blanc ou noir ou bien couleur bai, peu importe … à chacune sa couleur… Et le tendre baiser qu’il dépose sur vos lèvres avant de vous hisser sur la selle, tout contre son torse si puissant… ça vous émoustille, je n’ai pas raison ?

 

- Si, oui, mm

 

« Et ne me dites pas que ces films romantiques rediffusés sans compter et que vous regardez à chaque fois, ne vous tirent pas quelques larmes, vite essuyées, certes, ah si quelqu’un s’en apercevait… Vous vous identifiez à l’héroïne de Pretty Woman ou bien à celle de Coup de Foudre à Notting Hill…

 

Des comédies romantiques qui se terminent bien dans un happy end heureux. Il y a aussi ceux qui vous font pleurer à chaudes larmes, Titanic, Autant en emport le vent, Jane Eyre, Darty dancing, Sur la route de Madison et bien d’autres… c’est beau l’amour, mais souvent, justement parce que c’est merveilleux, ça ne dure pas, l’histoire se finit mal.

 

Pourquoi ?

 

Parce que ce sont les circonstances qui exacerbent les passions, les rendent violentes et si enviables, soudent deux êtres qui dans des conjonctures normales auraient vécu une simple histoire d’amour, sans plus.

 

Mais qu’en serait-il si les héros de ces romans avaient dû passer le reste de leurs jours ensemble ? Pas sûr qu’ils ne se soient pas quittés. Qui le sait. C’est ce qui fait que l’histoire est belle, regardez Roméo et Juliette, purs et amoureux. Leur attirance aurait-elle résisté au temps, s’ils avaient vieilli ensemble ? C’est pourquoi ils laissent un souvenir impérissable. Parce qu’ils étaient jeunes et beaux. Ils symbolisent l’amour.

 

Les vieux couples qui se donnent encore la main font partie des exceptions. D’ailleurs, ils ont traversé la vie sans se faire remarquer, il était elle, elle était lui, ça leur suffisait. Qui s’en souviendra le jour où leur banc favori dans le parc restera inoccupé. Personne ! Leur amour appartenait à eux seuls et ils l’ont certainement cultivé et préservé jusqu’à leur dernier souffle. Donc si l’amour existe on n’a pas besoin de l’extérioriser devant les autres ! Il faut le cacher.

 

Une chose rare que l’amour, le vrai. On croit le connaître aux premières rencontres, alors que ce ne sont que des attirances physiques, puis tout s’effiloche et on se quitte, jusqu’à la prochaine fois où tout recommence.

 

Et pourtant on y rêve toutes et tous… Quel que soit l’âge, même si le corps a changé, s’est alourdi, a subi l’outrage du temps, le cœur, lui, bât toujours au même rythme lorsqu’on croise une personne de l’autre sexe qui nous plait. Il reste jeune.

 

N’est-ce pas, madame, quel âge avez-vous ?

 

- 80

 

- Et…

 

- C’est vrai ce que vous dites.

 

Quant à ce qui concerne les hommes, je dirai qu’ils rêvent plutôt d’être des héros, que des princes charmants ou des rois. La déduction est facile, il n’y a qu’à se rendre dans les maternelles les jours de carnaval ! Vous vous déguisiez en quoi, vous, oui, vous, là, le sexagénaire ?

 

- Quinqua…Ben en Zorro…

 

- Et vos copains de classe ?

 

- Pff, en Spiderman, Batman…

 

- Et

 

- Chevalier…

 

Quand même, faute de prince, il y a des chevaliers servants leur princesse… On y est, les garçons aussi aimeraient trouver l’amour. Il est vrai que certains se déguisent en clown, ce qui en somme n’est pas si mal, car s’ils font rire les filles, on dit que c’est en partie gagné ? En partie seulement.

 

En y réfléchissant, les petites filles enfilent des tenues d’abeille, maya, notamment, ou en Mouse, la copine de Mickey, en champignon, où enfilent les pétales d’une belle fleur, traduction, elles souhaitent se faire attraper, se laisser cueillir, butiner, effeuiller comme la marguerite!!! Et recevoir pleins de bisous…

 

L’amour, un mot qui prend forme… se déforme, et se reforme… »

 

Une douce mélodie parvenait difficilement aux oreilles de Laure, Somewhere Over the Rainbow. Elle adorait cette chanson romantique d’Israël Kamakawiwo qui n’avait pas pris une ride d’après la jeune fille. Que c’était agréable de l’écouter, les yeux mi-clos.

 

Laure sursauta, prenant conscience que c’était la sonnerie de son téléphone portable. Trop tard ! Tant pis, elle écouterait le message après la fin de la lecture aux enfants.

 

Mais qu’est-ce qui m’a pris tout d’un coup ? Pourquoi ai-je rêvé que je tenais un rôle d’avocat, à plaider… à plaider l’amour qui plus est ! Surprenant, surtout que je me destine à soigner les animaux…

 

Les petits bouts de chou, les yeux encore remplis de sommeil avaient repris leur place pour écouter la fin de l’histoire de Blanche-neige. Un dénouement heureux où le prince charmant réveille la jolie princesse en l’embrassant tendrement.

 

Finalement, il n’y a que dans les contes que les histoires d’amour finissent bien songea la jeune fille, quoique, se souvenant de quelques bribes de sa brillante plaidoirie, personne n’a jamais su ce qui arrivait à ces belles princesses et à ces beaux rois, une fois le livre refermé, même s’il était écrit en toutes lettres qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…des mots !

 

Laure était une personne sensée pour son jeune âge. Elle réfléchissait et tenait compte des propos qu’on lui tenait, sans les prendre pour argent comptant. Sa mère lui disait souvent :

 

« Tout n’est que paroles, fie-toi aux actes et tu sauras exactement qui tu as en face de toi. C’est trop facile de dire, je fais ci, j’ai fait ça, je suis comme ci, je suis comme ça ! Vérifie, enfin, seulement si tu es intéressée et tu n’auras pas de mauvaises surprises dans la vie, sinon ne perds pas de temps en palabres inutiles »

 

 

Devant la porte de la bibliothèque, les parents récupéraient leur progéniture. Emerveillés par le conte, les enfants voulaient tout leur raconter. Une petite fille tira sur le tee-shirt de Laure avec insistance. Elle lui arrivait à la taille.

 

-  Dis, tu nous liras quoi demain ? 

 

- Peau d’âne

 

- Oh

 

S Son petit visage prit une mine déconfite. Laure comprit et ajouta.

 

  • C’est l’histoire d’une jolie princesse qui se cache sous une peau d’âne pour ne pas être reconnue par son père…

  • Ah !   

 

Soulagée, elle courut vite vers la main tendue de sa maman.

 

Laure souriait encore de la déception de la petite fille, en refermant la porte à clef. Un petit tour à la mairie pour la remettre à l’accueil et la voilà au volant de sa mini. Rouge ! Son oncle Paul la lui avait offerte pour la réussite à son bac. Il était pourtant radin, mais il adorait sa nièce et pour lui ce n’était pas un très grand sacrifice étant donné que son entreprise de pièces détachées pour automobile marchait au mieux. « Il a du négocier une remise » songea Laure qui se tançât d’avoir une si mauvaise pensée, après tout il lui avait fait un beau cadeau ! Secrètement, Paul espérait que Laure occuperait un poste dans son magasin… mais bon, elle voulait être véto !

 

La jeune fille coupa le moteur devant une jardinerie. Les genoux levés dans un parfait ensemble, elle effectua une rotation en souplesse pour se retrouver sur l’asphalte. Sa montre indiquait 18 heures. « Bien, je vais pouvoir m’attarder un moment et regarder le parterre de fleurs tout à loisir »

 

La porte du magasin s’ouvrit devant elle. Laure s’engagea d’un pas vif dans l’allée centrale en jetant un coup d’œil à droite, puis à gauche pour repérer les catégories de fleurs. La semelle de ses tennis crissait sur les dalles de pierres reconstituées. Ses cheveux relevés bougeaient au même rythme que sa démarche dans une chorégraphie parfaitement synchro. Des regards masculins appréciateurs la détaillaient mine de rien. Laure, elle, n’y prêtait aucune attention.

 

La jeune fille humait l’air tant il embaumait des parfums qui se dégageaient du parterre fleuri. Les roses aux nuances et aux effluves si variées et si intenses avaient sa préférence… la reine des fleurs ! Son joli nez frétilla lorsqu’elle se pencha sur un petit arbrisseau. Les fleurs d’églantine ouvraient à peine leurs cinq pétales en forme de cœur parfait. Courbant délicatement leur corolle blanc rosé elles lui firent cadeau d’un parfum léger, presque éthéré. Laure avait lu quelque part que la petite rose sauvage était la fleur des poètes. Charmant pensa-t-elle.

 

Sa main effleura des bouquets d’aubépine aux fleurs blanches touffues et une épine se ficha dans son l’index. Elle essuya la goutte de sang qui perlait à son doigt et se dirigea vers les tulipes. Sur des tiges droites comme des i, leur arrondi, qu’elles soient simples, multiples ou frangées, il y avait tant de variétés, offrait au regard de multiples couleurs vives. Ce n’était pas la saison, mais elles proliféraient sur les étals. Tout poussait en toute saison actuellement.

 

L’heure tournait et la jeune fille se pressa vers les œillets, les fleurs de prédilection de sa mère. Ce soir, pour la sainte Juliette, elle lui en offrirait un joli bouquet. Après en avoir sélectionné une vingtaine, roses, la couleur aussi lui importait, Laure entreprit de traverser toute la jardinerie pour se rendre à la caisse. Elle fredonnait « Un jour mon prince viendra… ». Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Ce doit être le conte de Blanche neige. Un léger sourire éclairait son visage. Elle se sentait bien. Pour les cactus, qu’elle affectionnait, elle verrait une autre fois. Son quota d’épines suffisait pour aujourd’hui, de plus, elle n’avait plus le temps de musarder.

 

C’était sans compter sur l’envoyeur de flèches, à l’affût, embusqué dans les taillis qui attendait le moment propice, quand il le déciderait cela va s’en dire… Alors qu’elle contournait une rangée de conifères, un garçon, plein d’allant, surgit de nulle part. Surprise, Laure lâcha les fleurs qu’elle tenait dans ses bras pour éviter le choc. Confus, il se baissa en même temps qu’elle pour l’aider à rassembler les tiges éparses. Leurs fronts se cognèrent et Laure se retrouva assise par terre, pas à l’aise du tout. Il l’aida à se relever

 

  • Désolé parvint-il à bredouiller

  • Ce n’est rien, j’étais distraite…

  • Je me présente, Laurent.

  • Pardon ?

  • Laurent

  • Oh

  • Laure…

  • Ah !

  • …….

 

La main de Laurent restait suspendue à mi-chemin de celle de Laure. Abasourdis par cette rencontre peu ordinaire, ils restaient figés comme des mimes. Lui comme envoûté, elle plutôt gênée par une situation dont elle se serait bien passée. Tomber à la renverse devant un si beau garçon ! La honte ! La sonnerie du magasin qui annonçait la fermeture des portes dans quelques minutes les tira de leur engourdissement.

 

Laure lança une vague excuse et se précipita à l’accueil. Elle était si embarrassée qu’elle osait à peine le regarder. Il la rattrapa en trois enjambées, une main sur son épaule pour qu’elle se retourne.

 

- On pourrait prendre un café ensemble, qu’en penses-tu?

 

  • Pourquoi pas ? Mais pas ce soir, je suis prise.

  • Demain alors ?

  • Je ne sais pas encore. Donne-moi ton numéro de portable, je t’appellerai.

  • Vrai ?

  • On verra…

 

Pendant que Laure enregistrait les coordonnées de Laurent, celui-ci la dévisageait, sous le charme. Une mèche de ses longs cheveux s’était échappée et lui balayait le visage, dansant devant ses yeux comme un point d’interrogation. Il résistait à l’envie de la soulever pour la remettre en ordre. Laure prolongeait la mémorisation du numéro de portable, prétextant s’être trompée, mais, elle aussi était troublée par cette rencontre soudaine. Ses joues se colorèrent d’une rose vif lorsqu’elle leva ses beaux yeux verts sur lui. Il reçut ce regard en pleine figure comme un coup de poing tellement il était saisissant. Quelle était jolie !

 

Un dernier rappel avant la fermeture de la jardinerie leur tira une épingle du pied à tous deux. Laure régla le bouquet de fleurs. Laurent avait complètement oublié ce qu’il était venu chercher. Il accompagna la jeune fille jusqu’à la portière de sa Mini.

 

  • Chouette bagnole !

  • Tu m’appelles alors, promis ?

Laure qui venait de prendre place derrière le volant ouvrit la vitre. Sans attendre la réponse de peur qu’elle ne soit un non ferme, Laurent se pencha rapidement et colla un baiser sonore sur la joue de Laure qui mettait la clé de contact. Elle resta quelques secondes muette de stupéfaction et quand elle se retourna pour lui répondre, Laurent était déjà parti.

 

Il avait pris la précaution de relever le numéro d’immatriculation de sa voiture, si jamais elle perdait son téléphone, ou si on le lui volait, elle ne l’appellerait jamais, son numéro était noté dans ses contacts mais pas ailleurs ! Il ne la connaissait pas mais il voulait la revoir. Il fallait qu’il la revoie ! Son cœur prenait des allures de TGV. Des envies de danser sur le trottoir fourmillaient dans ses jambes et ses pieds lui semblaient avoir la légèreté des nuages dans lesquels il avait la tête à présent. Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Le coup de foudre ça existe alors ? Mince !

 

Il repassa la scène qui venait de se dérouler au magasin au ralenti dans sa tête. La chute de Laure, ils avaient presque le même prénom, quel curieux hasard… Ses joues empourprées, la vivacité de ses yeux, ses cheveux auburn, son allure décidée et une silhouette à s’asseoir par terre, c’est le cas de le dire. Ça craint !

 

Un petit rire lui échappa en se souvenant de ce qui s’était passé. Elle ne m’a pas répondu, certainement vexée, normal… Elle m’a quand même souri ! Elle m’appellera ! Et si… ? Arrête de te prendre la tête, on verra bien. Tout à ses pensées, Laurent s’aperçut qu’il avait dépassé le parking où sa voituré était garée. Quel étourneau je fais ! Déjà amoureux pour un simple regard ? Pff

 

Il revint sur ses pas et inspecta sa Peugeot RCZ pour vérifier qu’il n’y avait pas de rayures, sait-on jamais ? Une occasion fantastique ! Des petits boulots pendant les vacances, une participation de ses parents qui le savaient sérieux, et le voilà propriétaire de ce petit bolide. 200 ch. sous le capot ! Laurent frimait un peu quand même. Ce qui l’avait fait craquer, c’était plutôt son allure sportive et moderne, il adorait conduire et il avait 20 ans ! Il voyait bien les nanas qui jetaient des coups d’œil sur la ligne fabuleuse de la voiture, un coupé qui plus est de couleur bleu tuanake, et qui cherchaient à se faire remarquer du conducteur… Il s’était laissé séduire par quelques unes d’entre elles. Il les trouvait superficielles et ce petit jeu n’a pas duré longtemps. Il voulait une véritable relation, une fille avec qui il pourrait parler de tout et de rien, mais aussi avoir des conversations sensées et si possible des goûts en commun. En attendant, il passait le temps avec ses rencontres d’un jour, il était encore jeune pour avoir une vie linéaire.

 

Tandis que Laurent roulait en se freinant pour ne pas dépasser la limitation de vitesse, il aurait bien aimé savoir ce que son coupé donnerait s’il enfonçait la pédale de l’accélérateur à fond, Laure passait la porte d’entrée de la maison familiale. Une petite résidence sympa mais sans prétention. De la cuisine lui parvenaient des fumets appétissants. Elle essayait de trouver ce qui se mijotait et quels ingrédients accompagnaient le plat principal. On dirait du gigot d’agneau, l’ail bien sûr… Pas besoin de chercher plus loin, sur la table un plat d’aubergines farcies et des pommes de terre que sa mère allait faire rôtir en les parsemant d’amandes… Hum ! ça changeait des traditionnels flageolets. L’été, autant profiter des légumes de saison ! Le bouquet que Laure dissimulait derrière son dos réapparut comme par magie lorsque la maitresse de maison, occupée à piler l’ail et le persil se trouva nez à nez avec sa fille. Laure l’embrassa avec affection en lui souhaitant une bonne fête.

 

  • C’est gentil à toi ma chérie.

  • Tu sais bien que je n’oublierai jamais de fêter la sainte Juliette.

  • Je vais mettre les œillets dans un vase

  • Tu n’as pas oublié pour la couleur à ce que je vois

  • Papa est rentré ?

  • Non, il sera là pour l’apéro, à 20 heures

  • Boulot ?

  • Mouais…

La jeune fille détourna la conversation. Elle sentait que quelque chose n’allait pas entre ses parents et espérait de tout cœur que ce n’était que temporaire et que tout rentrerait dans l’ordre dans peu de temps … La crise de la quarantaine, à tous les coups ! ça craint !

 

  • Je vais faire un tour au jardin

  • A tout à l’heure

  • Si tu as besoin d’un coup de main, tu m’appelles, je mettrai la table de toute façon.

La porte de derrière qui donnait sur un petit jardinet plutôt qu’un jardin grinça sur ses gonds. Elle aurait besoin d’être graissée ! Remarqua Laure. Ce n’était pas important. Ce qu’elle voulait c’était un peu de solitude pour repenser à cette rencontre choc avec Laurent. Elle prit place sur un banc de pierre sous l’ombre bienfaisante d’un tilleul quand une boule de poils passa en trombe devant elle et fila illico presto derrière un fourré de buis.

 

- Capuccino ! Viens faire un câlin

 

Le chat escalada le muret de séparation pour aller voir si l’herbe était plus verte chez les voisins, quoique, en plein été, la pelouse ressemblait plutôt à une couverture de paille… constata Laure. Normal, il n’est pas tombé une goutte de pluie de tout le mois de juillet !

 

Elle regrettait que Capuccino se soit enfui, le tenir dans ses bras lui aurai fait un bien fou. Elle se souvenait du jour où ses parents lui avaient fait cadeau d’un beau chaton pour ses 12 ans. Un anniversaire qu’elle n’oublierait pas de si tôt. Il semblait trempé comme s’il sortait tout droit d’un bol de lait mousseux. Des petites taches marrons parsemaient son dos, pareilles à de la poudre de cacao. Le nom était tout trouvé ! Six ans que son copain à quatre pattes lui tenait lieu de confident. Ils s’adoraient tous les deux.

 

Laure reprit le cours de ses pensées. Elle était tombée, soit, mais ce n’était pas de sa faute, elle s’en remettrait, un peu humiliant… Elle passa outre, se concentra sur ce garçon qui l’avait fait flasher. Pas mal ! Grand, l’air sportif, j’ai eu le temps de voir ses biceps sous le sweat, les manches relevées laissaient voir son bronzage… On doit se sentir bien dans ses bras…Ils sont forts, je l’ai constaté lorsqu’il m’a aidée à reprendre la station verticale… Voilà que j’affabule, je dois rester rationnelle. Mais son esprit ne lâchait pas prise. Laure s’imagina passant la main dans ses cheveux châtain clair, courts, mais touffus. Plaisante la mèche qui barrait son front. De quelle couleur étaient ses yeux ? Elle ne saurait le dire, l’ayant peu regardé. Il souriait et plissait les paupières. Bah, je l’appellerai, qu’est-ce que je risque en allant prendre un café ? Du moment que c’est un endroit public… Et puis, il m’intrigue. Je veux en savoir un peu plus sur lui.

 

Rassérénée par sa décision, Laure réintégra la cuisine pour aider sa mère.

 

  • ça va ma chérie ? Tu as l’air toute rêveuse.

  • Oui maman, t’inquiète

Pierre, le père de Laure arriva avec un quart d’heure de retard. Juliette ne lui fit aucune remarque, ne pas jeter de l’huile sur le feu surtout ! Ce n’était pas si grave, les invités n’étaient pas tous là. Ils seraient nombreux, les deux familles réunies. Et puis il lui avait offert des roses, rouges. Il faisait encore jour en cette fin juillet et bon avec le soleil qui se couchait, lentement mais sûrement. La journée avait été chaude, dans tous les sens du terme pensa Laure qui se mêla aux conversations, un verre de punch à la main. Sa mère qui avait séjourné dans sa jeunesse dans les îles le faisait divinement bien. Son secret ? Elle avait gardé des contacts qui lui expédiaient les produits locaux pour améliorer le mélange !

 

La jeune fille aimait ces repas de famille où les anciens faisaient revivre le passé, chacun racontait des anecdotes cocasses, ça faisait chaud au cœur d’entendre des rires sans retenue, les liens se resserraient à chaque fois. Mais ce soir là Laure n’écoutait que quelques bribes des conversations, y prenait part de temps en temps pour que personne ne s’aperçoive de ses absences. Ses pensées vagabondaient, la ramenaient à Laurent sans qu’elle le veuille. Serais-je amoureuse ? Si vite ! Le coup de foudre ? Non ! Et pourtant ça y ressemblait beaucoup. Juliette qui regardait sa fille à la dérobée, un petit sourire énigmatique aux lèvres avait compris. Comme ce serait bon de ressentir encore ces émotions qui défiaient la raison. C’était tellement agréable.

 

La soirée s’étirait. La nuit était tombée depuis longtemps. Les bouchons de champagne détonnaient dans le silence. Les rires s’envolaient avec les dernières bulles. Les au revoir s’éternisaient, les prochaines retrouvailles paraissaient si loin. Juliette cherchait sa fille, elle aurait aimé en savoir un peu plus sur ses états d’âme. Mais Laure s’en doutait et n’avait pas envie d’en parler, pas cette nuit. Elle s’éclipsa après avoir embrassé tout le monde et profité d’un instant où sa mère remportait des plats à la cuisine pour monter les escaliers quatre à quatre et s’enfermer dans sa chambre. Ouf, enfin seule !

 

Elle se jeta sur le lit, sans le défaire. Les bras sous la tête, elle essaya de mettre de l’ordre dans ses idées. Cappuccino qui la guettait depuis un moment sur le rebord de la fenêtre sauta sur les draps et se cala sur son épaule, la tête sous son cou, sa place préférée. Ses ronronnements quand elle commença à le caresser apaisèrent l’anxiété de la jeune fille. Laure échafauda un plan pour le lendemain. Téléphonerait-elle à Laurent, ou lui enverrait-elle un sms… ? Terrassée par les émotions et tout ce qu’elle avait avalé au repas d’anniversaire de sa mère, elle sombra dans un sommeil sans rêves sans avoir pris de décision.

 

Fraîche comme une rose, Laure s’éveilla au premier chant des oiseaux. Elle regarda du côté de la fenêtre et aperçut un carré d’un bleu pur. Il ferait encore une belle journée. Elle s’étira longuement, bailla, une, deux, trois fois à s’en décrocher la mâchoire et attrapa son portable posé sur la table de nuit à portée de main. C’était décidé, elle enverrait un sms à Laurent. La solution la moins embarrassante. Elle aurait voulu entendre sa voix… elle avait peur de bafouiller et pour lui dire quoi de plus? Au moins, le message écrit serait clair, net et précis, comme si elle savait exactement ce qu’elle voulait. Non mais. Loin de la vérité ! Le doute l’envahissait à nouveau. Les « si »devenaient le mot le plus important de son vocabulaire. Et s’il me trouve bête, si je ne lui plais pas autant qu’hier, s’il n’aime pas ma coiffure, si, si si…

 

D’un bond elle se retrouva devant la psyché. Ses vêtements de la veille se retrouvèrent jetés pêle-mêle sur le carrelage en grès couleur vieux rose de sa chambre. Elle s’examina sans concession. D’une main, elle releva ses cheveux. L’image que lui renvoyait la glace était plaisante. Des seins hauts et fermes, le contraire serait effrayant, à mon âge ! Elle tourna la tête pour examiner ses fesses. Rondes et fermes elles aussi, pas besoin de silicone, elles sont parfaites ! Elle aimait beaucoup ses jambes, longues avec de jolis mollets biens galbés. Génétique, mais le sport y est pour quelque chose ! Laure s’approcha pour examiner son visage, le nez, ni trop long, ni trop petit, la bouche, un peu grande qui lui donnait un sourire à la Julia Roberts, avec de petites fossettes adorables. Elle tenait ses beaux yeux verts de son père. Deux émeraudes encadrées d’une chevelure brune aux reflets auburn…

 

Un petit coup discret à la porte la ramena sur terre.

 

  • C’est moi, chuchota sa mère qui la croyait encore endormie

  • Deux secondes, je t’ouvre !

Laure enfila un déshabillé que Juliette lui avait offert pour ses 18 ans. Plutôt un kimono, fuchsia, un papillon étalé sur son dos, d’une épaule à l’autre. Elle ne l’avait encore jamais porté. Très seyant, il lui arrivait à mi cuisses, mettant ses jambes en valeur.

 

Sa mère qui entrait, regarda d’un œil avisé celle qui avait été sa petite fille et qui s’était épanouie pour devenir une très belle jeune femme.

 

- Tu es magnifique et cette couleur va parfaitement avec ton hâle.

 

Juliette posa le plateau sur la table de travail et prit place sur le lit. Elle le tapota ostensiblement pour que Laure vienne s’asseoir auprès d’elle.

 

- Alors, raconte !

 

La jeune fille se versa une tasse de café et tout en croquant une tartine de pain grillé beurrée et recouverte de confiture, elle avait très faim, les émotions ça creuse, elle confia à sa mère sa rencontre de la veille.

 

  • Tu vas lui envoyer un sms si j’ai bien compris, tu as peut-être raison, c’est bref et ça ne t’engage à rien.

  • Oui lui répondit Laure qui ne souhaitait pas prolonger la conversation.

 

Elle n’était plus une gamine et voulait gérer à sa façon la probable relation qui allait résulter de ce sms. Elle verrait bien, pourquoi s’en faire.

 

Juliette embrassa sa fille, le ton qu’elle avait employé, un peu sec, lui fit comprendre qu’elle préférait rester seule et ramena le plateau-déjeuner à la cuisine. Elle aussi se faisait du souci. Elle savait Laure raisonnable et lui avait prodigué des tas de conseils, mais on ne sait jamais sur qui on peut tomber, après tout, l’air ne fait pas la chanson ! Elle secoua la tête pour chasser les pensées négatives et se dit qu’elle verrait bien lorsque Laure lui présenterait le jeune garçon. Zut, elle avait oublié de lui demander son prénom.

 

De l’étage lui parvenaient des bribes de « Clocks » de Coldplay Paradise. Elle chantonna les paroles tout en rangeant les bols se souvenant que deux ans en arrière sa fille « kiffait déjà grave » les Coldplay, mais les jeunes n’employaient plus ces mots à présent, ils parlaient comme tout le monde, à part quelques irréductibles. Dans sa chambre, Laure fredonnait. Elle adorait le chanteur du groupe, Chris Martin. Elle réfléchissait au contenu du texto qu’elle allait composer.

 

« slt Laurent on se voit 2m1 à 2h 2van la jardinerie ? »

 

La jeune fille regarda longtemps son téléphone, le doigt prêt à appuyer sur la touche envoyer, hésitante, se demandant si elle rajoutait du texte, s’il était bien formulé, s’il n’était pas un peu sec, trop bref, si, si, si encore cette indécision. Elle appuya sur le bouton et se dit qu’après tout ce n’était qu’un premier contact, ça ne portait pas à conséquence. Dans ses yeux, une petite lueur disait le contraire. Qu’il lui tardait d’être à demain ! Mais pourquoi n’avait-elle pas fixé le rendez-vous pour aujourd’hui. Parce qu’il ne faut pas se précipiter ! Tu dois prendre un peu de recul, sinon que va-t-il penser de toi ?

 

De l’autre côté de la rue, face au magasin de fleurs, il y avait un sympathique café où les jeunes se réunissaient. Elle y venait souvent avec sa meilleure amie Delphine et se racontaient tous leurs secrets. Avant de rentrer à la faculté de sciences à Bordeaux, elle avait pris un job de monitrice de colonie de vacances pour se payer les bouquins dont elle aurait besoin. Tout n’était pas sur Internet, hélas, surtout les ouvrages de référence. Elles s’appelaient souvent pour bavarder et tout se dire sur leurs journées. Demain, ce serait un autre genre de nouvelle qu’elle lui annoncerait. Laure était tout excitée.

 

En bas, sa mère aurait aimé être une petite souris pour savoir ce que tramait sa fille. Un peu inquiète tout de même mais en même temps rassurée, sa fille avait la tête sur les épaules, seulement, quand on est amoureux… on ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

 

Laurent se retint de sauter de joie. Il n’arrêtait pas de sortir et de rentrer son portable de la poche, de vérifier si la sonnerie était en fonction, la batterie pleine. Il était plus inquiet que Laure ! Ils feraient un mélange détonant tous les deux. Enfin, une musique discrète lui signifiait qu’il avait un message. « slt Laurent on se voit 2m1 à 2h 2van la jardinerie »

 

  • Demain ! Que c’était loin !

 

Il avait déjà préparé quelques phrases pour la mettre à l’aise après ce qui s’était passé la veille.

 

Il se décida à lui répondre « bjr Laure, dak pour 2m1 2van la jardinerie »

 

Qu’il aurait voulu lui dire autre chose que ces mots tronqués. C’est vrai que lorsqu’on est pressé c’est plus rapide, mais rien ne vaut les belles phrases en bon français. Il aimait la littérature et avait toujours un livre sur lui. En ce moment il lisait Musso « Et après ». Il venait de terminer le deuxième volume « Le siècle 2 » de Ken Follet, une saga historique avec des personnages romantiques sur fond de guerres. Il intercalait avec d’autres genres, les bons polars, par exemple, Chattam, Vargas… le maître incontestable de l’étrange, Stephen King, un génie doté d’une imagination extraordinaire. Laurent se demandait où il allait chercher toutes ces situations improbables et ces personnages machiavéliques.

 

  • Qu’est ce que je vais bien pouvoir faire cet après-midi ?

 

La musique de la bande annonce de James Bond le tira de ses réflexions. Pour les filles il avait choisi « This is love» will.i.am feat Eva Simons. Son pote depuis toujours, Ludo, lui proposait un bowling. Laurent n’hésita pas une seconde. Le temps passerait plus vite. Contrairement à Laure, il n’avait pas envie de parler à son meilleur ami de la rencontre qu’il avait faite. Il sentait qu’avec elle ce ne serait pas pareil qu’avec les autres, ces conquêtes faciles d’un soir qu’il se pressait de raconter à Ludo et inversement.

 

Le soir, il prit le repas avec sa famille et monta regarder une série à la télé. Il n’avait pas envie de lire, les mots dansaient lorsqu’il essayait et c’est le visage de Laure qu’il apercevait entre les lignes. Il se retenait de l’appeler. Son numéro d’appel n’était pas masqué et il le connaissait par cœur à force d’avoir consulté l’écran de son portable. Heureusement qu’il n’avait pas un regard laser, il aurait déjà explosé ! Il le mit dans ses contacts et l’oublia. Il finit par trouver le sommeil vers quatre heures du matin et le rêve qu’il fit avait un rapport avec une belle brune…

 

Il n’était pas très en forme au réveil. Un bon café que sa mère venait de faire passer dissipa la brume qui enveloppait son cerveau. Elle s’appelait Nicole, son père Pascal, sa petite sœur, Laetitia, adorable ! ça changerait peut-être dans un avenir proche, l’adolescence n’était pas loin !

 

Un tour dans le parc, tout près de chez lui, lui changea les idées. Il s’installa sur un banc, tout près d’un saule pleureur. Il faisait meilleur sous sa ramure tombante qui touchait presque ses racines. Tout près, un plan d’eau où nageaient quelques cols verts. Le soleil tapait fort pour un premier août. Laurent sortit son portable de la poche arrière de son jean, une fois de plus, pas pour savoir si Laure l’avait rappelé, bien que, elle aurait pu annuler leur rendez-vous… mais pour associer une sonnerie à son numéro de téléphone. Une musique qui se déclencherait si elle lui téléphonait, pour elle seule. Il les écouta une après l’autre, sur son Ipod, « M’en aller, m’évader, Canardo », non, « Good time Owl City », non, « I cry Florida », non… « Rihanna Diamonds », oui, celle là ira très bien. Il sélectionna l’enregistrement et téléchargea l’extrait.

 

Comme la veille, il n’arrivait pas à se concentrer sur la lecture. Il referma le bouquin et reprit le chemin en sens inverse. Une fois chez lui, il mangea rapidement et se préparait à partir quand son père s’étonna :

 

  • Où tu vas si vite, tu ne prends même pas le temps de boire le café ? 

  • Des copains m’attendent

  • On discutera demain alors, je voulais te demander ton avis ou plutôt un conseil sur les nouveautés informatiques, mon PC est vieux et je voudrai en prendre un plus performant, avec un haut débit. Il y a tellement de modèles et d’options que je ne voudrai pas me planter.

  • OK papa, demain on parlera de tout ça.

  • Salut !

  • A tout à l’heure, maman

 

Seule Nicole s’était aperçue de l’embarras de son fils. Elle avait eu le temps de voir la rougeur sur son visage avant qu’il ne tourne la tête.

 

La porte refermée, Nicole le fit remarquer à Pascal. Lui n’avait rien vu. Les hommes, songea-t-elle ! Il a rencontré quelqu’un et il est amoureux ! Elle s’empressa de tout ranger, un sourire énigmatique aux lèvres avant de se rendre à son travail à l’autre bout de la ville.

 

Laurent était déjà au volant de son petit bolide. Il était 13 h 30 et ne voulait pas être en retard pour un premier rendez-vous. Son cœur cognait dans sa poitrine et son estomac commençait à avoir des crampes.

 

La matinée de Laure fut bien différente. Toutes ses affaires étaient sur le lit. Elle essayait des robes et des jupes de l’année précédente, les assortissait avec des hauts de plusieurs couleurs, manches courtes, longues, débardeurs, les jetait d’un côté, choisissait un autre ensemble, s’énervait de ne rien trouver à sa convenance. Il fallait qu’elle soit belle ! Qu’elle lui plaise…

 

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir me mettre ? Tout est vieux…

 

  • Maman !

  • Quoi

  • Monte s’il te plait !

  • J’arrive ma chérie.

 

Juliette n’eut pas besoin d’un dessin pour comprendre ce qui prenait à sa fille de se mettre dans un état pareil, le visage empourpré de Laure en disait long. C’était la première fois qu’elle la voyait ainsi, les larmes aux yeux, proche de la crise de nerf ! Ah L’amour ! Pff

 

  • J’ai plus rien à me mettre

  • Va te passer de l’eau fraîche sur la figure et on parle de tout ça calmement.

  • T’as raison maman

 

Laure essuya une petite larme qui commençait à rouler sur sa joue en se rendant à la salle de bains. A son retour, elle regarda sa mère qui séparait les vêtements en deux tas. Juliette vit sa fille, la mine contrite, un pâle sourire sur ses lèvres.

 

  • On fait quoi alors ?

  • Et si tu mettais un jean, tout simplement, ça te va très bien…

  • Oui, mais le haut ?

  • Regarde, tu avais laissé ce petit chemisier vert d’eau sur la penderie, il est pas mal, tu ne trouves pas, avec un petit ras de cou discret, ça t’ira à ravir.

  • Tu as peut-être raison, je vais l’essayer, je l’avais complètement zappé celui-là !

 

Devant la glace, le résultat était satisfaisant. Laure se regarda sur toutes les coutures et s’approcha de sa mère pour l’embrasser

 

  • Tu es la meilleure maman et je t’aime !

  • Moi aussi ma puce, je t’aime.

  • Aujourd’hui, ça ira très bien, mais pour les autres rendez-vous, je ne peux pas mettre chaque fois la même chose ?

  • Tu peux changer de haut, c’est déjà une solution…

 

Devant le changement d’expression de sa fille, Juliette s’empressa d’ajouter

 

  • On ira faire les boutiques dans la semaine, ça te va ?

  • Oui maman ! Je t’aime, je t’aime, je t’aime…

  • C’est bon !

  • C’est vrai que le vert de cette chemisette n’est pas si nul après tout, je vais lui plaire ?

  • Bien sûr que oui, tu es ravissante quoi que tu portes !

  • Tu vas quand même manger un morceau avant de partir, il ne faudrait pas que tu fasses un malaise parce que tu as l’estomac vide.

  • Dac maman, avant je prends une douche et je m’habille.

 

Laure mâchouilla un peu de salade et mordit dans une pêche sans conviction.

 

  • Tu ne prends pas de café ? Lui demanda sa mère avec malice 

  • Ben non, pas le temps.

 

Elle ne rajouta rien, son père était là. Un bisou à tous les deux et la voilà devant la porte, la main sur la poignée, prête à sortir.

 

  • Oups

  • Tu as failli me faire tomber Capuccino, où tu étais passé ce matin ? Petit rôdeur ! ça fait un bout de temps que tu n’as pas ramené des mulots dans la maison, tu vieillis !

 

Laure se baissa pour attraper le félin et lui fit un gros câlin avant de s'éclipser pour de bon cette fois.

 

 

La Mini de Laure déboucha sur le parking de la jardinerie. Elle aperçut Laurent, adossé à un petit coupé sport, en jean comme elle, chemise noire ou bleu marine, manches courtes. Qu’il est beau ! Je ne m’en étais pas rendue compte la première fois. Le coupé, chouette, un côté petit dragueur… j’espère que ce n’est pas le cas, j’aime pas les machos ni les tombeurs. Ne juge pas trop vite ma belle, on verra. Elle fit semblant de ne pas le voir.

 

Laurent la repéra tout de suite, il est vrai que la couleur de sa voiture ne passait pas inaperçue, ni le bruit caractéristique du moteur non plus, et il l’avait déjà vue. Il poireautait depuis un quart d’heure. Ma faute, je voulais être en avance. Il s’attarda sur la silhouette de la jeune fille qui s’extirpait de la voiture avec beaucoup de précaution lui sembla-t-il. Laure avait peur de se précipiter, à son habitude, et de faire un geste malencontreux qui dégénèrerait en dieu sait quelle catastrophe. Une suffisait amplement. Elle ferma vivement la portière et fit semblant de chercher Laurent. Il s’était glissé subrepticement derrière sa Mini et elle sursauta de surprise quand il lui dit bonjour. Les clefs lui échappèrent des mains. Ils se baissèrent en même temps pour les ramasser et il était moins une pour un second choc frontal ! Leurs éclats de rire firent se retourner bien des gens qui se rendaient à la jardinerie. Ils se relevèrent de concert et la jeune fille put constater que Laurent avait les yeux noisette…

 

  • Salut Laure

  • Salut Laurent

 

Une grosse bise maladroite plutôt sur les pommettes un peu dures que sur les joues et les voilà repartis dans un fou rire inextinguible. Ils se dirigèrent, plus détendus, vers le café en face du parking de la jardinerie. Inutile de rester dehors, la chaleur était intenable. A l’intérieur, la clim les surprit toutefois, la différence de température était importante. Après avoir pris place dans un coin du bistrot où on pouvait s’asseoir sur des banquettes confortables, ils se sentirent mieux tous les deux.

 

  • Tu prends un café ?

  • Non, tout compte fait, je préfère quelque chose de frais, un coca cola light par exemple

  • Pour moi, ce sera un panaché dit Laurent au barman qui attendait leur commande.

  • Tu…

  • Tu…

  • A toi, commence

  • Commencer par quoi, je ne sais pas…

  • Tes études ? Tu fais quel parcours ?

  • En septembre, je rentre à l’espace de formation La Roque à Rodez, je veux être véto.

 

Incroyable pensa-t-il un pincement au cœur et un sourire ravi aux lèvres, mais il se garda bien de révéler pourquoi, d’ailleurs il espérait que Laure l’interprèterait comme faisant partie de la conversation à laquelle il s’intéressait de plus en plus.

 

  • Tu dois aimer les animaux

  • Beaucoup, j’ai un petit chat, Capuccino, tiens regarde

 

Sur son téléphone, Laure fit défiler de nombreuses photos et lui montra le matou.

 

  • Il est trognon, je comprends pourquoi tu lui as donné ce nom !

  • Et toi ?

  • J’avais un chien, un Yakutian aux yeux bleus. Mes parents me l’avaient offert pour mes huit ans, je l’avais appelé Fouine, car il fourrait toujours son nez partout. Il était joueur, un peu collant, il dormait avec moi aussi… Il est mort au printemps, il avait eu douze ans en janvier.

  • Tu as vingt ans alors.

  • On sait faire les soustractions à ce que je vois !

 

Laure qui avait compris au son un peu rauque de la voix de Laurent la peine qu’il ressentait encore de la mort de son chien, avait lancé cette banalité. Laurent lui en savait gré.

 

  • Sinon, continua la jeune fille pour ne pas laisser le silence s’installer et lui faire oublier son chagrin, tu fais quoi comme études ?

  • Je continue dans l’informatique après avoir passé un DUT

 

Laurent ne voulait pas qu’elle lui pose d’autres questions au sujet de son parcours et lui demanda :

 

  • Tu veux un autre coca ?

  • Non merci, c’est gentil, je commence à avoir un peu froid, ils ont poussé la clim à fond j’ai l’impression !

 

Laurent lui aurait bien demandé de se rapprocher de lui, sur la banquette, il brûlait d’impatience de la prendre dans ses bras. C’est trop tôt, je ne veux pas la brusquer et tout gâcher, ce serait dommage.

 

  • Si on allait se balader, lui proposa-t-il, je connais un petit jardin sympa

  • Ok

  • Il n’est pas loin, pas besoin de prendre la voiture, on peut y aller à pied.

 

Il ne résista pas à l’envie de lui prendre la main, qu’elle ne retira pas. Elles sont si douces. Un enchantement, comme il n’en avait jamais connu, détendit tous les muscles de son corps dans une sorte de plénitude. Si c’est ça être amoureux, c’est génial.

 

Laure aussi se sentait envahir par une douceur inhabituelle, elle avait l’impression de fondre. Jamais elle n’avait éprouvé pareille sensation.

 

  • Mais je le connais ! Mes parents m’y amenaient souvent quand j’étais petite. La mare aux canards est toujours là ?

  • Ce matin, en tout cas, elle n’avait pas disparue…

  • C’est malin ! Et il a de l’humour ! Il me plait de plus en plus…

 

Ils se regardaient à la dérobée, faisant semblant de s’intéresser aux cols verts. Gênés, ils ne savaient que se dire, quelque chose d’indéfinissable s’était installé entre eux, alors, ils décidèrent de faire quelques pas sous l’ombre rafraîchissante des arbres aux diverses essences.

 

Laurent s’aventura un peu. Il lâcha la main de Laure et lui prit la taille, elle fit de même. Enlacés, ils arrivèrent sur le parking. L’après-midi était passée si vite !

 

Devant la Mini, leurs corps se rapprochèrent, irrésistiblement, leurs lèvres aussi. Un doux baiser les scella. Laurent plongea son regard dans le vert des yeux de la jeune fille. Laure les ferma, emportée dans un tourbillon qu’elle ne maitrisait pas, pencha la tête, ses lèvres devenaient gourmandes, s’enhardissaient, s’ouvraient, elle perdait pied, elle caressa les cheveux de Laurent d’un geste tendre avant de le repousser dans un éclair de lucidité, gentiment mais fermement.

 

  • Non, dit-elle dans un souffle.

 

Elle restait interdite, la bouche entrouverte, son corps refusait de bouger, cloué sur place. Elle respirait avec difficulté comme si l’air lui manquait. Que m’arrive-t-il ? J’ai eu quelques flirts, mais de les embrasser était plutôt dégoutant ou sans effet, jamais ça !

 

Laurent aussi s’était senti pris de vertiges sous le baiser de laure, il avait l’impression d’être ivre, il en titubait presque lorsqu’elle l’avait repoussé. Pour ne pas perdre l’équilibre, il s’était adossé à la portière de la voiture. Waouh ! Si je m’attendais ! Il n’avait jamais ressenti quelque chose d’aussi fort, avec aucune autre fille.

 

Ils récupèrent leurs forces, ils avaient tous deux l’impression d’avoir couru le marathon.

 

Il approcha la main du visage de Laure, dans un geste affectueux, façon de lui dire qu’il était désolé, qu’il ne voulait surtout pas la bousculer, qu’il souhaitait faire un bout de chemin avec elle, sa vie même… Il ne le dit pas mais Laure lut tout dans son regard. Il déposa un baiser léger sur ses lèvres. Laure le lui rendit.

 

  • On se voit demain ? demanda Laurent, la gorge nouée

  • Impossible, je fais les courses avec ma mère

  • Après-demain alors ?

  • Peut-être, je vais à la bibliothèque, je t’appellerai

  • Tu fais quoi à la bibli ?

  • Je lis des contes aux enfants, des contes de fées…

  • Sympa

  • Tu m’appelles, promis ?

  • Oui !

Une petite bise avant de se séparer, même si c’était dur, et chacun repris sa voiture, direction leur maison respective.

 

Laure, tourneboulée, repassait en boucle ce baiser qui chamboulait ses idées sur ce qu’elle croyait de l’amour. Des sensations nouvelles s’emparaient de tout son être, agréables et surprenantes à la fois. Attentive à chaque parcelle de son corps, à ses réaction incontrôlées lorsqu’elle songeait aux effets de ce long baiser, aux bouffées de chaleur qui en découlaient, elle se retrouva au milieu de la route. Des coups de klaxon intempestifs lui firent reprendre ses esprits. Les battements de son cœur s’accélérèrent. Quelle frayeur ! J’ai frôlé l’accident !

 

L’inconsciente réussit à rentrer chez elle sans incident. Ne pas le dire à ma mère !

 

Quant à Laurent, l’envie de faire de la vitesse ne faisait plus partie de ses priorités. Comme dans un film, il revoyait la scène où les lèvres de Laure venaient à la rencontre des siennes. Il la repassa encore et encore, au ralenti, pour en savourer chaque seconde. Son jean le gênait aux entournures. Laure, Laure, soupira-t-il dans un murmure. Il comprit qu’il aurait un mal fou à se maîtriser la prochaine fois qu’il la verrait. S’approcher d’elle un minimum… Eviter les contacts prolongés…Dur dur ! Le supplice.

 

Les boutiques de fringues étaient toutes ouvertes. La période des soldes terminée, les promotions et les bonnes affaires étaient toujours d’actualité. Fin des vacances d’été oblige. Laure trouva son bonheur et se retrouva à la caisse avec les bras chargés de jeans, les siens dataient, de pantalons en toile, blancs et beiges, de tee-shirts et de chemisiers aux couleurs tendances, violet, turquoise lagon, jaune, rouge orangé vif, avec le bronzage ce serait super, et même des pastels rose pâle, gris perle… Elle avait déniché une petite robe, la dernière à sa taille et une jupe coquine qui lui arrivait à mi-cuisse, elle se demanda si elle oserait la porter en présence de Laurent… de la provoc !

 

La carte bancaire de sa mère prit un claque ce jour là, même si la vendeuse, devant le tas de vêtements, lui fit gracieusement une remise supplémentaire…

 

  • Heureuse ? Demanda Juliette en sortant du magasin, un petit sourire ironique au coin des lèvres.

 

Elle se la jouait un peu, comme d’hab pensa Laure, pour cacher son inquiétude. L’humour était sa carte favorite.

 

  • Ben ouais ! Merci maman. Tu amortiras ton investissement, t’inquiète. L’an prochain, tout m’ira encore, je ne vais plus grandir ! Rassure-toi !

 

La veille mère et fille n’avaient pu avoir de conversation. Laure s’était débrouillée pour souper en quatrième vitesse, elle semblait ailleurs, et monter dans sa chambre essayer ses nouvelles acquisitions. Juliette frappa discrètement à la porte de sa chambre et n’obtint pas de réponse. Soit Laure avait les écouteurs sur les oreilles, soit elle ne voulait pas parler de son après-midi. Juliette penchait plutôt pour la seconde option.

 

Le lendemain matin, au petit déjeuner, elle fit une tentative

 

  • Vous…

  • Non ! Laure coupa net la phrase, devant les yeux interrogateurs de sa mère.

 

Bah, elle lui raconterait tout quand elle le déciderait, enfin, elle l’espérait, mais ce n’était plus une gamine, ni l’ado qui la questionnait naïvement quand son corps changeait. C’était une femme à présent. Elle ne pénètrerait jamais dans son jardin secret, c’était son droit, il n’appartenait qu’à elle seule. Elle poussa un soupir et considéra que le temps était passé très vite depuis qu’elle avait tenue Laure pour la première fois dans ses bras.

 

Laurent comparait les options des PC dans un magasin d’informatique, son père écoutait ses réflexions sans l’interrompre, il n’y connaissait pas grand-chose, il savait seulement se servir d’un ordinateur. C’était déjà pas mal ! Ludo les avait rejoints. Laurent lui avait donné rendez-vous, il ne verrait Laure que le lendemain, autant passer du temps avec un pote. Il aida son père à ranger les cartons dans la Kangoo de ses parents. Pascal était à la bourre pour aller chercher Laetitia au collège.

 

  • Tu me l’installeras dans la soirée ? A tout à l’heure

  • OK papa, Ludo m’aidera.

  • Je vais appeler ta mère, qu’elle rajoute un couvert pour ton copain

  • Bonne idée, bye

 

La voix de Rihanna s’éleva de la poche de Laurent qui s’empressa de sortir son Ipod et de le coller à son oreille tout en s’éloignant de Ludo. Il faillit lui échapper des mains et le rattrapa de justesse.

 

  • Laure ? c’est toi ? Comment vas-tu ?

  • Bien et toi ?

  • Ça va, on se voit toujours demain ? Tu veux qu’on se fasse un ciné, ils annoncent de la pluie ?

  • Pourquoi pas…

  • Ecoute, je suis avec mon pote Ludo et je ne peux pas trop te parler, je te rappelle ce soir, dac ?

  • Dac

  • Bisou

  • Bizz

 

Laurent regarda fixement son téléphone, quelques secondes de trop et Ludo ne manquât pas de le remarquer.

 

  • Dis donc, c’est quoi cette nouvelle sonnerie, je ne la connaissais pas, c’est pour qui…

  • Ben ouais, on a le droit de changer non ?

 

Difficile de faire le fanfaron sous le regard exercé de son meilleur ami !

 

  • Une nouvelle nana ?

  • Possible…

  • Tu ne me la fais pas ! Allez, pas de cachoteries ! Je vois bien, tu as l’air ahuri du mec amoureux…

  • Pff tu déconnes. On passe à la banque je dois retirer des thunes au distributeur. Après on file chez moi monter le PC de mon père.

  • Ok, no problemo !

 

L’air réjoui, Ludo se mit à siffloter « This is Love… »

 

Laurent sourit et se dit que cette chanson ne ferait plus partie des sonneries de son portable, il l’espérait du moins, à moins que… Finalement, il était heureux que Ludo passe la soirée avec lui, ça l’empêcherait de faire une fixation sur Laure. Ils ont pas mal chahuté tout en insérant les composantes du PC, Ludo essayait de tirer les vers du nez à son pote, en vain, puis ils ont répondu aux questions des parents de Laurent sur les carrières qu’ils envisageaient après avoir terminé leurs études. Ils verraient, suivant les diplômes et selon les places qu’ils pourraient dégoter. Ils envisageaient même de partir à l’étranger, au grand dam des parents. Comme ils ont rétorqué dans un ensemble parfait :

 

  • On ira où il y a du boulot !

 

Laurent s’endormit un sourire béat sur les lèvres. Il venait d’appeler Laure et elle lui avait confirmé le rendez-vous pour demain. Après la bibliothèque, elle devait passer chez elle. Ensuite il lui proposa d’aller manger un fish and chips pour changer des burgers. Super elle ne connaissait pas. Ils avaient le temps avant la séance au ciné.

 

Les draps étaient sens dessus dessous. Laure avait eu des difficultés pour trouver le sommeil. Elle était perturbée par le réveil de ses sens qu’elle découvrait. Son imagination l’amena vers des zones inconnues, ses mains remontèrent vers sa poitrine qui se tendait vers celle de Laurent. Il n’était pas là, alors elle saisit ses seins à pleines mains et les pétrit. De petits gémissements jaillissaient de ses lèvres gonflées de désir.

 

  • Tu as l’air fatiguée ?

 

Laurent se mordit la lèvre aussitôt, il avait gaffé, sûr.

 

  • J’ai mal dormi, une bande d’ivrognes a mis le souk dans la rue toute la nuit ou presque.

 

Elle rougit un peu en disant cela et baissa les yeux comme pour examiner ses chaussures. Laurent comprit que ce n’était pas la bonne raison. Il lui prit la main pour se rendre au Chippy et ne chercha pas à l’embarrasser un peu plus. Le poisson frais était bon, les frites un peu grasses, la bière d’Irlande fraîche à souhait. Laurent prit une autre chope, Laure refusa, elle se sentait un peu pintée comme disait sa mère, elle préféra un coca cola light. Plus prudent !

 

Prenant leur temps, ils se dirigèrent vers le cinéma multiplexe et parcoururent la galerie pour savoir quels films étaient à l’affiche, les horaires et le plan d’accès. Laurent tenait Laure par les épaules, serrée contre lui, Laure glissa la main autour de sa taille. Ils avaient jeté leur dévolu sur « La guerre des mondes », les autres ne les intéressaient pas du tout.

 

Les fauteuils étaient confortables. La lumière s’éteignit enfin et les deux tourtereaux en profitèrent pour s’embrasser. A l’évidence, c’était moins risqué assis que debout, leurs corps ne se touchaient pas. La langue experte de Laurent roula sous la langue de Laure, leurs lèvres semblaient soudées, indissociables, leurs dents s’entrechoquèrent. Le souffle coupé, Laure se détacha à regret de cet aimant la première. Laurent haletait. Ils regardèrent le film jusqu’au bout sans le voir, les mains entrelacées pour les empêcher de partir explorer des régions interdites.

 

Laure avait la permission de minuit. Elle était majeure, soit, mais vivait chez ses parents qui lui avaient enseigné le respect des autres. Quand elle aurait un appart, ce serait différent, pour l’instant, elle faisait ce qu’on lui disait.

 

Main dans la main ils se baladèrent sur les boulevards. Un vieux banc, à l’abri des regards, se trouvait sur leur chemin. Il donnait sur une rivière. La lune, pleine, se baignait dans ses eaux qui prenaient des reflets argentés. Que c’est romantique pensa Laure.

 

  • C’est beau, on dirait une photo de décor de film fantastique ou de vampires… ça fout les chocottes !

 

- Magnifique, ça me rappelle le film « Les nuits de la pleine lune » de Rohmer, très belles images mais les dialogues trop alambiqués. Lucchini me barbe. On ne parle jamais comme lui dans la vie réelle. Il est crispant. Je ne le reverrai jamais.

 

- Connais pas… Sinon quel genre de film tu aimes ?

- C’est assez varié, les bons thrillers, les films policiers, d’aventure, catastrophes, mais pas tous, guerre, des histoires vécues…

- Et toi ?

- Pareil, j’adore aussi Hercule Poirot et Miss Marple, à la télé, quelques séries comme Esprits criminels, Bones, NCIS… Les films romantiques, pas gnan gnan, Autant en emporte le vent, Coup de foudre à Notting Hills…

- ça se laisse regarder, mais c’est plutôt, vous, les filles qui aimez ce genre, tu dois adorer Desperate Housewives…

- Mouais… mais j’aime aussi le docteur House !

 

Une légère brise balayait les cheveux de Laure. La lune mettait des petits points lumineux dans ses yeux. Ils brillaient d’un éclat particulier. Laurent se rapprocha de son visage, le prit tendrement dans ses mains.

 

  • Que tu es belle !

  • Ne m’embrasse pas !

  • N’aie pas peur.

 

Il couvrit ses joues et son front de petits bisous rapprochés. Délicatement, il souleva ses cheveux pour dégager sa nuque qu’il embrassa, l’effleurant de ses lèvres jusqu’au creux de l’épaule. Laure crut s’évanouir, elle mollit dans les bras de Laurent. Il l’attira contre lui. Il sentir monter son désir en même temps que le sien et la serra plus fort. Elle s’abandonne ! Comme c’est différent d’avec les autres. Elles auraient déjà enlevé leurs fringues et commencé à zipper la fermeture de mon pantalon… Elle est vierge alors…Oh…

 

Il s’écarta doucement de Laure.

 

  • Tu n’as jamais…

  • Non soufflât-elle

 

Refaisant surface lentement, Laure regarda sa montre

 

  • Il est 23 h 30, dépêchons-nous de rentrer sinon ma mère va se mettre en colère

  • On y va Laure

 

Il y avait tant de douceur dans sa voix lorsqu’il prononça son prénom que la jeune fille le regarda intensément. Qu’il était beau ! ça y est, j’y suis, il a un air de Chris Martin, plus qu’un air même, il y ressemble beaucoup, à part les cheveux, j’adore cette mèche rebelle qui lui cache une partie du front.

 

Une nouvelle fois ils se dirent au revoir devant la Mini de Laure, juste un bisou pour ne pas provoquer la tourmente.

 

  • Tu aimerais passer la journée à la plage dimanche ?

  • Ce serait super sympa.

  • Rendez-vous au parking de la jardinerie. On prend ma bagnole ?

  • Si tu veux, mais ne crâne pas!

  • Où tu vas chercher des idées pareilles, ce n’est pas une voiture de dragueur pour moi, j’aime ses performances sportives, sa coupe me plait et comme je suis célibataire, je me suis fait plaisir en choisissant un coupé ! Satisfaite ?

  • Ouais ! J’ai piqué sa susceptibilité là !

  • Si tu préfères on prend ta Mini

  • Non, c’est bon, je te taquinais.

  • A 8 heures ?

  • Plutôt 9 heures, le samedi soir, la famille se réunit, une partie du moins et on veille… le matin, dur dur de se réveiller.

  • Ok pour moi. Aurait-elle l’esprit de contradiction ? Que je suis petit esprit, son explication tient la route. Pourquoi chipoterait-elle sur l’heure ? Je suis stupide.

 

Il était désolé d’avoir eu cette pensée négative à propos de Laure. Elle était si jolie dans son tee-shirt rose pâle, mais surtout elle avait l’air sincère dans tous ses propos et ses réactions ne révélaient pas le moindre calcul de sa part. C’était une fille bien se dit-il et il trouvait qu’il avait de la chance de l’avoir rencontrée.

 

Elle lui souriait, ses petites fossettes étaient à croquer. Il l’embrassa du bout des lèvres et resta planté sur le parking jusqu’à ce que les feux arrière de sa voiture aient disparus.

 

Demain j’irai faire réviser ma RCZ, gonfler les pneus et regarder les niveaux, ça vaut mieux. Je la briquerai aussi pour qu’elle rutile !

 

La journée passa à la vitesse de l’éclaire pour Laurent. Il récupéra sa voiture au garage et dans l’allée de la maison de ses parents, il sortit le tuyau d’arrosage pour un grand nettoyage. Laetitia qui n’avait pas classe le samedi prit un bain de mousse. Elle riait aux éclats. Que c’était bon ! Il s’imagina entouré d’une ribambelle d’enfants, les siens… waouh, c’est l’effet Laure, je suis trop jeune encore et je dois terminer mes études, avoir un boulot, d’après les dires des parents, ça coûte cher d’élever des enfants ! On n’en est pas là, qu’est-ce qui me prend ! J’en pince drôlement pour elle ! Chaque fois qu’il lavait la voiture, ça finissait en bataille de jets d’eau, le tuyau pincé à l’extrémité pour bien viser et diriger le jet en hauteur. Ils rentrèrent trempés dans le salon et Nicole se mit les mains sur la tête. Elle avait fait le ménage le matin.

 

Laure qui l’avait complètement oubliée envoya un mail à Delphine. Elle lui raconta dans le détail son aventure, enfin presque, elle passe sur ce qu’elle avait ressenti en embrassant Laurent. Sa meilleure amie avait déjà de l’expérience, elle sortait avec Clément depuis plus d’un an, elle lui donnerait quelques conseils utiles, ou pas. Laure pensait que chacun avait sa propre personnalité et composait avec. Si elle prenait l’avis de sa copine, elle perdrait son naturel, sa spontanéité. Elle se contenterait de comparer, pour voir.

 

Elle vira tous les autres messages, de publicité pour la plupart, répondit à d’autres et éteignit l’ordinateur.

 

  • J’ai autre chose à faire. Essayer les maillots !

 

Ils étaient rangés dans la commode. Laure les aligna sur la couette de son lit

 

  • Celui-là poubelle

  • Celui là, aussi, je ne dois plus rentrer dedans ! Il a l’air bien petit !

 

Elle mit de côté deux maillots une pièce qu’elle mettait pour les épreuves de natation

 

Il lui restait deux maillots deux pièces.

 

  • Tu parles toute seule ?

 

Dans l’entrebâillement de la porte, Juliette observait sa fille.

 

  • la couleur fuchsia te va à merveille !

  • Oui, mais le maillot lui-même ?

  • Parfait

  • Essaye le bleu turquoise, je me retourne

  • Très bien aussi, attends, je vais chercher les ciseaux, il y a un fil qui dépasse.

  • Tu vas à la plage ?

  • Oui, Laurent m’y amène dimanche

  • Ah… Il s’appelle donc Laurent

  • Ouais, je te l’avais pas dit ?

  • Nnon

  • Ah

  • Vous avez presque le même prénom, c’est drôle

  • Je vois pas ce qu’il y a de marrant la dedans

  • Rien, c’est juste que c’est une drôle de coïncidence… bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est étrange

  • Ça suffit maman avec tes vieilles répliques de films à la noix ! T’es ringarde par moments.

  • Et toi un tantinet impertinente.

  • Bon ça va, on arrête, je n’ai pas envie de me disputer avec toi.

  • Moi non plus

  • Tu descends ? J’ai fait du café, tout frais

  • Ok

  • Et n’oublie pas de prendre une serviette de plage…

  • Ok, ok, ok !

 

La porte de la chambre de Laure se referma un tout petit peu trop fort ! Elle est en colère, elle se bat contre ses sentiments, je dirai plutôt son instinct, c’est plus juste. J’espère que ce Laurent est correct et qu’il ne fera pas de mal à ma petite Laure. Je n’aimerai pas qu’elle souffre.

 

Dimanche l’aube était prometteuse. En fait, Laure ne s’était pas couchée si tard que ça, la famille était partie plus tôt que d’habitude et c’était tant mieux. Elle était en pleine forme, le teint frais et l’estomac dans les talons. Sa mère qui jardinait à la fraîcheur du matin, les journées étaient étouffantes, avait beurré des tartines et ouvert deux pots de ses confitures préférées, faites maison, à la reine claude et aux guignes. Sur le café encore chaud, elle fit couler un chouïa de lait. Parfait, juste comme elle l’aimait. Elle croqua dans les tartines avec délectation. Elle rangea le bol dans l’évier, remit le beurrier et les confitures au frigo avant de passer un coup d’éponge sur la table de la cuisine. Son sac de sport était prêt depuis la veille. Elle courut vers sa mère qui tenait une petite pelle à la main devant un pot de géraniums et l’embrassa avant de repartir dans l’autre sens toujours au pas de course.

 

  • Bonne journée

  • Toi aussi !

  • Ah, j’oubliais, tu feras un gros bisou à Capuccino, je ne sais pas où il est passé, il ne répond pas quand je l’appelle !

  • Je n’y manquerai pas, allez file.

  • Ok

 

Laurent était au rendez-vous. Il lui ouvrit la portière côté passager et lui fit une sorte de révérence à l’ancienne, façon grand siècle, ce qui amusa beaucoup Laure. Sans s’être concertés ils avaient mis un pantalon et un tee-shirt blancs.

 

- Mince, j’ai oublie mes affaires !

 

Elle déverrouilla le coffre de la Mini, heureusement qu’elle avait pu se garer à côté lui, prit le sac de sport et le transvasa dans celui de la RCZ que Laurent tenait ouvert, toujours dans une attitude qui n’était pas sans rappeler les majordomes des grandes demeures, un peu obséquieux ! Comme ceux qu’elle avait vus dans les séries d’Hercule Poirot.

 

Elle se sentait à l’aise, Laurent ne l’intimidait pas. Il ne se moquait pas comme d’autres qui regardaient les filles d’un air supérieur et les détaillaient des pieds à la tête comme s’ils les déshabillaient, en lançant des vannes plus lourdes qu’eux. Une attitude qui n’était pas faite pour rassurer, au contraire, avec ces mecs, on perdait toute son assurance, on se sentait inférieure, c’est le mot.

 

  • J’ouvre le toit ?

  • Mouais

  • Tu devrais attacher tes cheveux, sinon tu ne vas rien voir de tout le trajet !

  • On voit que tu as l’habitude

  • Laure…

  • Pardon, désolée, Je dois être un peu jalouse… beaucoup même !

  • Un peu de musique ?

  • Tu as Clocks du groupe Coldplay ?

  • Vos désirs sont des ordres, j’ai aussi leur dernier album Mylo Xyloto

  • Tu aimes aussi

  • Si j’aime ? J’adore !

  • Tu as quoi encore ?

  • U2, Rihanna Diamonds, The Coors Summer wine Bono, When the stars go blue. Si je lui dis que les trois filles du groupe sont très belles, elle va me scalper!!!Peut-être que le frère lui plait, après tout...,

  • Et aussi quelques DVD classiques, du piano en particulier, du jazz, du gospel…

  • Et chez moi, j’ai du Barry White et des coffrets des années 80, ça ne se démode pas, on danse bien sur ces rythmes. J’ai des gouts éclectiques, tu vois.

  • Idem pour moi. La musique baroque et les chants grégoriens ne me déplaisent pas non plus. Ma mère m’a appris à apprécier Brel, Brassens et tant d’autres chanteurs.

  • Au fait, tu connais ce groupe de la région, The Boxes il me semble

  • Oui, ils sont trois ou quatre, ils jouent de la pop rock. Ils font des arrangements aussi et composent de chouettes morceaux, je les ai vus dernièrement. Belle soirée…

Ils arrêtèrent leur bavardage, regardèrent le paysage. L’air commençait à sentir l’iode, la mer n’était pas loin. Ils l’aperçurent à la sortie d’un virage en bas des pentes râpeuses recouvertes de garrigue et de pins d’Alep. Le chant des cigales qui stridulaient était le présage d’une chaude journée. Ils plongèrent leur regard dans cette étendue d’eau, immense… Laure fredonnait « On ira où tu voudras quand tu voudras… »

 

  • On dirait que tu aimes Joe Dassin aussi ?

  • Pas toi ? Cette chanson est super, elle est toujours à la mode !

 

La plage était noire de monde, des aoûtiens, rouges pour la plupart. Leurs premiers jours de vacances sûrement. Laure et Laurent avaient la chance de vivre dans le Midi, à moins de deux heures de la mer. Ils trouvèrent, en marchant longuement une étendue de sable moins fréquentée, un peu loin de la plage, peu leur importait, ils étaient jeunes et sportifs. Laure était adepte de la marche et avait gagné quelques médailles en natation. Au niveau régional, nager était un plaisir certain pour elle, mais elle ne visait pas les plus hauts podiums. Laurent faisait partie d’un groupe de randonnée, il aimait l’effort, les paysages magnifiques qu’il traversait et le silence. Le chant des oiseaux ne le troublait pas, au contraire, ils donnaient encore plus de beauté à ces panoramas qu’il découvrait au bout des sentiers parfois très escarpés. Il les recevait comme une récompense et ne manquait pas d’immortaliser certains instants au lever du jour par exemple, ou le soir quand le soleil se couchait et colorait le ciel de nuances extraordinaires. Il lui faudrait chercher un autre club dans le coin où il allait poursuivre ses études, mais ça devait se trouver facilement.

 

Laure portait le maillot deux pièces, couleur fuchsia. Elle avait eu peur de commettre des maladresses en se déshabillant et l’avait enfilé sous ses vêtements. Laurent n’osa pas trop détailler les courbes attrayantes de la jeune fille pour qu’elle ne panique pas, mais ses yeux y revenaient sans cesse. Elle est magnifique, waouh ! Ses lunettes de soleil dissimulaient son regard. Ouf ! Lui, au grand soulagement de Laure, portait un bermuda de bain, bleu marine, retenu par une cordelette nouée à la taille. Laurent l’avait choisi sciemment plutôt qu’un maillot qui mettrait ses attributs en évidence et gênerait à tous les coups Laure, surtout si…

 

Il est plein de délicatesse pensa-t-elle et elle lui en sut gré en pensée.

 

Ils s’allongèrent sur les grands draps de bain.

 

- On est bien…

- Hum…

 

Ils échangeaient des coups d’œil furtifs. Laurent se rapprocha, mine de rien et déposa un doux baiser sur l’épaule de la jeune fille. Elle frissonna, se leva d’un bond et courut vers la plage.

 

- Le premier arrivé…

 

Il lui laissa prendre de la distance. Elle avait une belle foulée et des mollets à croquer. Laurent devenait fou. Il sprinta et la rejoignit au moment où ses pieds faisaient jaillir des gerbes d’eau.

 

Qu’elle était bonne, plus de 20° à coup sûr. Ils nagèrent vers le large et revinrent en crawlant sur la terre ferme, épuisés.

 

Ils reprirent leur souffle. Des vaguelettes couraient vers leurs pieds. L’écume frémissait un moment sur le dessus avant de disparaître. La main de Laure reposait sur la poitrine de Laurent. Il la saisit et la porta à ses lèvres. Il regarda les lignes qui couraient sur la paume, les embrassa, remonta jusqu’au poignet, point sensible surtout si on l’effleure. Laure réagit et ferma ses paupières. Le soleil filtrait à travers ses longs cils. Elle le vit se pencher sur elle et comprit qu’elle ne résisterait plus très longtemps à son charme si elle ne prenait pas une décision.

 

  • J’ai faim !

- Et moi donc !

 

Les empreintes sur le sable témoignaient des grandes foulées laissées par deux personnes pressées. Laure cherchait un kleenex dans son sac quand elle vit, à côté des bouteilles d’eau, deux sandwichs enveloppés de papier alu. En fouillant un peu plus, elle trouva des pêches et des pommes. Super maman ! Pensa la jeune fille, ravie de l’aubaine.

 

Laurent mordit à belles dents dans le sandwich. Des tranches de jambon, des rondelles de tomates, des cornichons et du ketchup débordèrent de chaque côté du pain partagé en deux morceaux. Laure lui passa une serviette en papier et croqua dans le sien.

 

Nicole avait glissé dans la poche intérieure du sac de sport de Laurent deux paquets de gâteaux. Un au chocolat noir, son fils adorait et une autre de petits beurres ne sachant pas ce que Laure aimait, des canettes de coca et de jus d’orange. Laurent lui avait fait quelques confidences la veille au sujet de son projet d’une journée à la mer avec Laure. Au ton de sa voix, elle en avait conclu que cette histoire qui débutait allait devenir sérieuse, Laurent ne s’en doutait pas encore, les garçons…

 

  • Génial, le dessert !

  • On a des mères poules tous les deux.

  • Ouais mais c’est super !

 

Laure prit le livre que Laurent avait déposé sur sa serviette de plage.

 

  • « Et après » de Musso

  • J’ai lu « Sauve-moi », il n’y a pas longtemps, tu me le passeras quand tu l’auras terminé ? Si tu veux, je te filerais « Si je reste » et « Là où j’irai » de Gayle Forman, j’ai beaucoup aimé… Gounelle aussi est un auteur sympa. Ce qu’il écrit est émouvant.

  • No soucy

  • Je fais toujours suivre un livre quand je sors, c’est instinctif. Quand je ma balade, je m’assieds quelque part et je lis. Mais, je n’avais pas l’intention de le faire aujourd’hui, je l’ai sorti du sac sans y faire attention.

  • Tu avais peur de t’ennuyer avec moi…

  • Mais non, tu te fais de fausses idées depuis le début.

  • Ne te fâche pas

  • Non, mais ça devient lassant, ces petites réflexions minables. Oups, je dois arrêter de lui parler ainsi, elle est jeune encore. Elle se protège comme elle peut en faisant de l’humour et en prenant un air détaché qu’elle est loin d’avoir…

 

Il vit perler une larme dans ses beaux yeux et s’en voulut de lui avoir parlé ainsi.

 

  • Désolé Laure, je ne sais pas si tu plaisantes ou si tu me cherches, ou si…

 

Une main fraîche se posa sur sa bouche et il ne put continuer sa phrase

 

- C’est moi qui suis désolée. Je vais être franche, j’ai peur de ce qui m’arrive, de ce qui nous arrive, j’ai peur que tu te moques, j’ai peur…

 

Laurent la prit dans ses bras tendrement. Lui aussi avait peur.

 

  • Ohé, ohé…

 

Quelqu’un appelait en insistant. Laurent finit par se retourner et vit Ludo au loin qui lui faisait de grands signes, une de ses conquêtes près de lui. Une belle rousse ! Il avait complètement oublié qu’ils venaient souvent dans ce coin pendant les vacances d’été. Quelle erreur ! D’un autre côté la situation devenait critique avec Laure, alors cette coupure venait à point.

 

  • Laure, mon meilleur ami Ludo

  • Ludo, Laure

  • Leila, Laurent mon pote de toujours

 

Ludo se retint de siffler devant la beauté de Laure. Il n’était pas toujours très discret. Elancée, l’œil expert du garçon détermina sa taille, environ un mètre soixante dix, ses mensurations, hum, il préféra ne pas s’attarder dessus. Ils faisaient un très beau couple, Laurent mesurait environ un mètre quatre vingt cinq. Devant les cachoteries de son copain, il avait compris que ce n’était pas une nana d’un jour. Lui n’avait pas encore trouvé la fille qui lui donnerait l’envie de ne pas en changer. Il avait bien le temps.

 

Ils passèrent l’après-midi à jouer au basket, un filet improvisé délimitait les deux camps. Ludo avait amené le ballon. Dans l’eau, où ils allaient souvent tant la chaleur était intenable, les garçons portaient les filles en équilibre instable sur leurs épaules et les jetaient dans les vagues. Elles ont beaucoup crié, ils ont beaucoup ri. De vrais ados !

 

Après avoir rangé leurs affaires dans le coffre des voitures, ils sont allés au mac do. Ils étaient affamés et ont pris deux burgers chacun plus des frites en cornet et un coca pour faire passer le tout. Ils se sont installés sur la rambarde pour regarder le soleil se coucher. Il faisait presque nuit quand Ludo demanda à Laurent s’il voulait faire un tour.

 

  • Il y a une fête foraine en ce moment, j’aimerai aller au stand de tir voir si j’ai perdu la main, ça fait si longtemps et ça nous rappellera le bon vieux temps, à l’époque où on ne pensait pas aux filles !

  • Pourquoi pas répondit Laurent. Il aurait préféré passer un moment seul avec Laure…

  • On va essayer de gagner des peluches…

  • Ok on vous attend. Leila se marrait, des peluches, à leur âge. Elle rajouta, Pas trop longtemps quand même

 

Laure approuva, elle savait que sa mère n’apprécierait pas si elle rentrait après l’heure autorisée.

 

Les mains dans les poches arrière des jeans, Laurent et Ludo passaient pour des machos.

 

Des nanas essayaient de les accrocher, seul Ludo faisait attention à leurs avances, s’il avait été seul…

 

  • Alors, tu les prends au berceau maintenant, c’est une gamine cette Laure, jolie, soit mais un peu jeune

  • Tu ne la connais pas ! On n’est pas vieux nous ! On a vingt ans ! Laure est une fille très sensée et cultivée avec ça. Au moins, avec elle, on discute, je ne passe pas mon temps à la peloter sans arrêts pour arriver à mes fins. C’est autre chose. Différent de ce que j’ai connu. D’ailleurs j’ai eu des nanas plus vieilles que moi et je te dis pas les conversations absurdes qu’on a pu avoir, si toutefois tu appelles discussion parler de sexe, de dimensions, de tours de poitrine… « Regarde Laurent, j’ai pas un brin de cellulite » Pff… J’aurai préféré qu’elles la ferment tu vois… Tiens regarde-les ! Elles bombent le torse comme des mecs, avec des seins qui débordent du chemisier, elles se cambrent pour faire ressortir leurs fesses comme si on allait les prendre, en pleine rue. Une fois que tu as eu ce que tu voulais, au revoir et surtout pas à bientôt. Remarque, c’est ce que je voulais, maintenant il y a Laure et je crois que je suis en train de tomber amoureux…

  • Eh bé ! Quelle tirade ! Si tu sais ce que tu veux vraiment, good luck ! pour ma part je n’ai pas encore rencontré celle qui me fera oublier qu’il existe d’autres femmes. A moi les petites nanas aux fesses bien rondes…

  • On retourne auprès des filles, Laure doit être chez elle à minuit… Elle vit chez ses vieux et c’est la règle !

  • On dira qu’on n’a pas gagné…

  • Hein ?

  • Pour les peluches, tu es vraiment sur une autre planète !

 

Les deux amis parlèrent de la rentrée qui approchait à grands pas, de matchs de foot et bien sur des dernières nouveautés en matière d’informatique

 

Il était vraiment tard ! Laurent râlait un peu, il aurait aimé se promener un moment main dans la main avec Laure…

 

Ils ne s’attardèrent pas devant la Mini. Laurent lui rendit son sac de sport.

 

  • Tu remercieras ta mère pour les sandwichs

  • Et toi la tienne pour les biscuits, qu’ils n’avaient pas eu le temps de manger à cause de l’arrivée intempestive de Ludo et de Leila

 

Il surprit Laure en lui faisant un bisou sur le nez, c’était la première fois. Il valait mieux. Un long baiser les aurait retardés et la nuit, toute seule dans son lit, aurait été très très agitée.

 

Ils se revirent souvent, au parc la plupart du temps, quelquefois ils prenaient un verre dans leur café préféré. Les films qui sortaient ne les intéressaient pas tellement, alors, ils leurs préféraient des balades. Un après-midi, une pluie d’orage les a forcés à courir et à se réfugier dans un musée. Ils consultèrent les dépliants disponibles à l’entrée et entreprirent de faire connaissance avec les toiles exposées dans la galerie. Ils ne connaissaient pas les peintres et furent agréablement surpris en lisant leur biographie, ce qui les décida à visiter d’autres musées, dans d’autres ville quand ils en auraient l’opportunité, des plus grands si possible.

 

Ils étaient bien ensemble. Ils apprenaient à se connaître et c’était parfait ainsi. Ils évitaient quand même de trop se rapprocher, de prolonger les baisers, pour ne pas succomber, pas encore, le moment n’était pas venu, Laure voulait attendre même si l’aboutissement était inéluctable. C’était bon de s’imaginer ce qui allait inévitablement arriver. Il lui tardait tellement même si elle avait peur.

 

Le dimanche suivant leur escapade à la plage, Laure dut partir avec ses parents qui avaient programmé un week-end de détente en famille depuis longtemps. Elle ne pouvait pas refuser.

 

Ils s’appelèrent plusieurs fois par jour, s’envoyèrent des textos quand il y avait du monde autour d’eux susceptible de les entendre. Le temps ne passait pas vite à leur goût. Les heures étaient interminables.

 

Dès le lundi ils entamèrent une semaine de sorties, les habituelles et de nouvelles comme de visiter, après les musées, les monuments historiques, les cathédrales où la beauté de la lumière à travers les vitraux les fascinaient, tout comme l’architecture… Ils voulaient en savoir un peu plus, ce qui leur donna l’idée de faire un tour à la bibliothèque, mais comme ils ne trouvaient pas les livres qu’ils recherchaient, ils se rendirent chez un bouquiniste pour acheter des ouvrages sérieux et parfaire leurs connaissances. Le propriétaire leur proposa plusieurs titres et ce fut agréable de discuter. Ils auraient pu le faire sur Internet, mais c’était plus marrant de fouiller dans tous ces vieux livres dans une librairie où les bruits de la ville n’entraient pas. Le calme ! Les journées défilaient sans qu’ils s’en rendent compte. Ils s’étourdissaient pour ne pas penser à autre chose…

 

Le soir ils n’avaient pas de mal à s’endormir, ils pensaient l’un à l’autre, regardaient les photos qu’ils avaient prises avec leur Ipod et à ce qu’ils pourraient envisager pour le lendemain, si possible quelque chose de nouveau. Le dimanche tant attendu arriva. Ils installèrent leur serviette au même endroit que quinze jours auparavant. Ludo ne vint pas troubler leur tête à tête. L’air était supportable, les orages du 15 août y étaient pour quelque chose. Laure qui sentait que ce dimanche serait particulier avait demandé la carte bancaire à sa mère qui lui recommanda de ne pas dépasser un certain montant, mais en aucun cas ce qu’elle voulait en faire, elle avait deviné…Pourvu que tout se passe bien, qu’elle ne soit pas déçue.

 

Elle entra dans un magasin de lingerie fine et choisit un ensemble un peu affriolant, sans trop, elle ne se sentait pas l’âme d’une femme fatale. Elle voulait que Laurent la trouve irrésistible dans ses dessous blanc bordés de fine dentelle qui feraient ressortir son bronzage…

 

Les baignades se sont prolongées, intercalées par des jeux sur les téléphones, ils ont entrepris des discussions interminables, ils avaient encore tant à apprendre l’un sur l’autre. Le signet dans le bouquin de Laurent était toujours à la même page.

 

Ils ont jeté leur dévolu sur un petit resto qui servait des sushis et des makis. C’est bon, admit-elle, tout comme les paninis ou les wraps, mais de temps en temps, je trouve le poulet pané aux mini kornflakes de chez KFC dégueu, par contre, je préfère et de loin les petits plats mijotés de ma mère. Elle garda cette réflexion pour elle, surtout ne pas le vexer. Laure goûta du vin blanc pour la première fois, du Chardonnay. Elle buvait de temps en temps de la bière et rarement du Champagne, à l’occasion un peu de punch et de la sangria, lors de soirées entre copains et copines. Elle trouva le breuvage agréable au palais mais refusa un second verre.

 

Main dans la main ils prirent le chemin qui menait au bord de la mer. Ils enlevèrent leurs chaussures et retroussèrent le bas de leurs pantalons. L’eau paraissait chaude la nuit en contraste avec l’air qui fraîchissait et le doux clapotis des vagues qui venaient lécher leurs pieds nus apaisant. Laurent avait emporté une serviette.

 

  • C’est désagréable le sable au contact de la peau. Avait-il décrété.

 

Laure avait approuvé. D’ailleurs c’est elle qui la première s’arrêta.

 

  • Embrasse-moi s’était-elle écriée la voix légèrement enrouée

 

Laurent l’enlaça. Il embrassa tendrement son visage qu’il tenait entre ses mains. Sa bouche suivit la ligne gracieuse de son cou, prolongeant en cela la confusion de Laure. Il titilla le lobe de son oreille puis avidement prit sa bouche. Les lèvres de Laure étaient si douces. D’instinct, elle savait embrasser, il le sentait tout en étant certain qu’elle n’avait jamais éprouvé ce qu’elle ressentait en ce moment. Ses doigts glissèrent dans sa belle chevelure, il l’ébouriffa et enfouit son visage pour mieux la respirer, elle toute entière

 

  • Tu sens merveilleusement bon

 

Il la regardait comme s’il la voyait pour la première fois. Les yeux rivés à ceux de Laure, il posa ses lèvres sur le siennes. Une lame de fond les emporta tous les deux. Laurent chavirait de bonheur, il avait l’impression d’être sur un navire en pleine tempête. La terre s’ouvrait sous les pieds de Laure, elle se sentait aspirée dans un abîme sans fin. Quand il la serra contre lui, une onde de chaleur se répandit au plus profond de son être. Elle crut défaillir, ses genoux fléchissaient, mais Laurent la tenait fermement. Ils tombèrent à genoux sur la serviette qu’il avait étalée sur le sable dans le creux d’une petite dune bordée d’herbes folles, à l’abri des regards, le souffle court, les yeux hagards. Sans se concerter ils s’allongèrent côte à côte, sans un mot, le bras de Laurent autour des épaules de Laure. Ils contemplèrent le ciel étoilé, sans lune ce soir là. Tant mieux, personne ne pourrait les voir !

 

  • Tu n’as pas froid ? Chuchota Laurent à son oreille.

 

Son souffle léger et chaud fit courir des frissons sur tout le corps de Laure.

 

  • Non, ça va

 

Elle sentit les mains de Laurent glisser sur sa gorge, descendre jusqu’à la naissance de ses seins. J’ai bien fait de prendre un chemisier de rechange, plutôt qu’un tee-shirt ! Elle était attentive à tous ses mouvements, elle écoutait ses mains qui exploraient sa peau. Des petits gémissements ponctuaient leur progression. Elle se fondait dans ses baisers quand il revenait vers ses lèvres pleines. Lentement, il dégrafa les minuscules boutons de son corsage, découvrit deux galbes parfaits, aussi blancs que la dentelle qui les bordait. Ils contrastaient avec le bronzage tout autour. Il se perdit un moment dans la ligne parfaite qui les séparait.

 

Le souffle de Laure se fit plus rapide quand il défit les deux petits crochets du soutien gorge. Elle se cambra. Deux taches bleu pâle et blanche fleurirent sur le sable. Il admira la forme parfaite des seins de Laure, et les pétrit longuement. Ils épousaient la paume de ses mains comme s’ils avaient été faits sur mesure pour lui. Sa bouche butina chaque centimètre de sa peau si douce et si fraîche. Une plainte étouffée l’encouragea à aller plus loin. IL avait la gorge sèche. Sa langue avide sillonnait la peau tendre du ventre de Laure. Des fourmillements la parcouraient. Dans un complet abandon, elle se livrait sans complexe. Elle prit l’initiative d’enlever les vêtements de Laurent. Ils rejoignirent les siens, sur le sable. Presque nus, leurs corps avides s’attirèrent comme des aimants. Ils se pressèrent l’un contre l’autre avec passion. Les mamelons de Laure durcissaient, Laurent les mordilla lui soutirant de petits cris de plaisir. Elle les frotta contre la poitrine de Laurent. Elle n’était qu’instinct. Le désir qu’ils avaient l’un de l’autre était si puissant que Laurent calma un peu le jeu en jouant avec ses cheveux. Il n’en pouvait plus et ne voulait pas que pour leur première fois tout soit gâché par son impatience. Finalement il était content d’avoir eu des conquêtes avant l’élue de son cœur, un peu d’expérience lui permettait de gérer la situation au mieux, du moins l’espérait-il.

 

Moins tendu, il caressa ce magnifique corps tout en faisant glisser lentement la petite culotte en dentelle de Laure. Discrètement, il enleva son boxer et se protégea. Il couvrit de baisers ses pieds, ses jambes, l’intérieur de ses cuisses offertes là où la peau est si fine. Il n’osa pas aller plus loin, pas cette fois en tout cas. Ils étaient face à face. Le ventre de Laure était un brasier. Elle s’arc boutait pour aller à sa rencontre. Elle était prête à le recevoir. Il la pénétra avec délicatesse et sentit à peine la petite résistance de sa virginité. Laure émit un petit cri à peine perceptible. Il s’enfonça plus profondément en elle. Laure se cramponnait à ses hanches, en accord avec ses mouvements. Ses va et viens étaient lents, il ne voulait pas jouir tout de suite.

 

Laure haletait. Ses seins se soulevaient au rythme accéléré de sa respiration. Le plaisir qu’elle ressentait était presque insupportable, comme une douleur. Elle écarquilla les yeux et connut l’extase quand Laurent explosa en elle. Il s’écroula sur le côté pour ne pas l’écraser. Leurs corps luisaient de transpiration, leurs visages étaient en feu. Ils mirent un moment à retrouver leurs souffles. Ils se regardaient avec infiniment de tendresse, alanguis dans les bras l’un de l’autre. Laurent appréciait le silence de Laure. D’habitude les filles bavardaient comme des pies après l’amour en posant des questions plus stupides les unes que les autres.

 

Ils se baignèrent longuement, l’eau était si bonne.

 

Les jours qui suivirent ces instants merveilleux passèrent comme une lettre à la poste. Ils firent quelques virées mais pas l’amour. Laurent ne pouvait pas aller chez Laure et vice versa. Leur compte en banque pas assez fourni pour se payer une chambre d’hôtel, d’ailleurs ils n’auraient pas osé…C’était dur pour tous les deux, Laurent aurait aimé explorer plus longuement le corps de son amie, Laure, pousser plus loin sa première expérience, alors ils évitèrent les longs baisers et se contentèrent de se tenir par la main comme de vrais amoureux qu’ils étaient. Une chose était sur, il n’y avait plus de barrière entre eux, une véritable complicité les unissait. Ils s’aimaient tout simplement.

 

Laure partit avec ses parents à Rodez pour remplir tous les documents nécessaires à son admission à la première année de prépa à La Roque. Ils se rendirent aux gîtes de la Cascade pour signer les papiers de réservation du chalet où Laure serait en colocation avec deux autres étudiantes.

 

Laurent rejoignit son groupe de rando pour une expédition de quelques jours. Son sac à dos était prêt. Il n’avait aucune démarche particulière à faire, si ce n’est quelques confirmations à donner pour lesquelles il passerait les coups de fils nécessaires avant la rentrée.

 

Il vérifia qu’il avait bien son téléphone dans la poche de son blouson. La chose la plus importante qu’il devait emporter.

 

Il se gara sur un parking de terre battue, le lieu de ralliement. Les randonneurs au complet prirent un sentier bordé de buissons sauvages. Ils traversèrent une forêt de chênes. Leurs pieds écrasaient les feuilles mortes qui parsemaient le sous-bois, libérant des senteurs épicées, comme dans le maquis. Laurent se vidait la tête, respirait à pleins poumons ces effluves boisées. Il n’arrivait pas à écarter Laure de ses pensées. Comme il aurait aimé qu’elle soit à ses côtés. Tout à ses réflexions, ils se retrouvèrent au pied d’une montagne. Ils grimpèrent une pente assez raide. Des pierres se détachaient des rochers et il fallait être vigilent pour ne pas déraper. Le soir, ils plantèrent leur tente sur un plateau. Laurent s’éloigna des autres pour passer un coup de fil à Laure. Il l’avertit que pendant trois jours au moins, il n’aurait pas de ses nouvelles car les réseaux ne passaient pas à une certaine hauteur. Ils se donnèrent un long baiser virtuel. Tout allait bien pour eux sinon.

 

A la tombée de la nuit, après avoir ramassé des branches sèches, les randonneurs allumèrent un bon feu pour se réchauffer. En altitude les soirées sont fraîches et les nuits froides. Ils firent chauffer de l’eau et firent infuser des feuilles de thé. Ils bavardèrent un moment et se couchèrent tôt. Le lendemain serait difficile. Les tentes avaient été montées avant le repas du soir. Laurent rêvassa encore un instant en regardant les dernières flammes dessiner des ombres aux formes étranges sur les toiles serrées les une contre les autres. Dans le sac de couchage il alluma sa lampe torche pour dévisager sur son Ipod, l’image de Laure. Il lui envoya un bisou et s’endormit instantanément.

 

L’escalade fut très difficile. Au milieu du parcours ils firent une halte pour se masser les mollets aux crampes douloureuses et avaler des boissons énergisantes. De l’eau aussi. Ils longeaient un précipice. Tout en bas, caché en partie par des arbrisseaux qui s’accrochaient dans les fentes des rochers, ils entendaient le chant joyeux d’un torrent. Laurent oublia où il se trouvait tellement le paysage était extraordinaire. Il dérapa sur un éboulis de pierres et dévala la pente vertigineuse. Sa main rencontra une anfractuosité dans laquelle il s’agrippa de toutes ses forces. L’autre s’inséra dans une cavité toute proche. Ouf ! Il tourna la tête et vit qu’il se trouvait à quelques mètres à peine du fond du ravin où les eaux tumultueuses tourbillonnaient. Son téléphone gisait en morceaux éparpillés sur les rochers. Une douleur aigüe à la cheville le figea. Il poussa un cri de surprise et se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Du haut de l’escarpement, ses compagnons de rando évaluaient la situation. Deux d’entre se détachèrent du lot pour aller chercher du secours. Les autres sortirent des sacs, cordes, piolets, descendeurs assureurs, mousquetons et harnais. Ils n’oublièrent pas les bandages, un kit d’attelles de fortune, une couverture de survie et de l’eau.

 

Laurent serrait les dents tellement la douleur le lancinait. Ses forces commençaient à le lâcher. Il lui était de plus en plus difficile de se tenir en équilibre sur une mince aspérité. Il fut déplacé avec précaution un peu plus loin. Il se retrouva assis contre la paroi rocheuse, enveloppé dans la couverture de survie. La nuit tombait et il claquait des dents.

 

Les sauveteurs le hissèrent sur un brancard, après avoir constaté qu’il s’était cassé la malléole externe avec déchirement des ligaments, et lui mirent une gouttière à la place des attelles.

 

Laurent fut transporté à l’hôpital pour faire des radios et prendre rendez-vous pour plâtrer la cheville.

 

On s’occupa de sa voiture et d’avertir ses parents.

 

Cloué au lit avec de nombreuses contusions, Laurent fulminait. Sans son Ipod, il ne pouvait joindre Laure, Laure…Il ne pouvait pas s’en payer un autre et à quoi lui aurait-il servi sans le numéro de Laure, il était dans ses contacts et si le premier jour où elle l’avait envoyé un sms il avait mémorisé son numéro d’appel, n’ayant plus à le taper, il l’avait complètement oublié. Il en aurait chialé ! Pourquoi avait-il relevé le numéro de sa plaque d’immatriculation ? Il ne connaissait personne qui l’aurait renseigné sur le nom du propriétaire. Mais à quoi pensait-il ?

 

Les papiers remplis et signés, le chalet visité, Laure et ses parents sillonnèrent un peu la région, faisant des haltes dans les restaurants du terroir. Ils rentrèrent après quatre journées agréables. Laure était inquiète, Laurent aurait déjà dû l’appeler. Elle hésita mais résista à l’envie de le faire la première. Peut-être s’étaient-ils perdus dans la montage ? Un orage ? Ils sont plus impressionnants et dévastateurs qu’en plaine ? Elle commençait à cogiter grave. Une autre fille, une randonneuse ? Non, elle n’y croyait pas. Ce n’était pas possible, pas après l’intensité de leur étreinte, cette communion parfaite de leurs deux êtres. Comme il lui manquait. Elle décortiqua tous les instants qu’ils avaient passés ensemble, rien ne justifiait ce silence. Ou alors il a vraiment rencontré quelqu’un d’autre… Son cœur lui criait que c’était impossible, sa raison disait le contraire. L’inquiétude céda la place à la suspicion. Quelque chose se brisa en elle. De grosses larmes jaillirent de ses yeux et roulèrent sur ses joues. Elle éclata en sanglots. Elle prit un peu sur elle et téléphona à Laurent, encore et encore. Elle tombait toujours sur la messagerie.

 

Sa mère qui l’appelait depuis un moment pour diner s’alarma et la rejoignit dans sa chambre.

 

Voyant le visage défait de sa fille elle ne put s’empêcher de lui demander ce qu’il lui arrivait, tout en ayant une petite idée de ce qui pouvait la mettre dans cet état.

 

  • Laurent ne m’a pas appelée, il devait le faire déjà hier…

  • Et toi, tu as essayé…

  • Je tombe à chaque fois sur sa messagerie

  • Un contre temps sûrement, sois patiente il t’appellera lorsqu’il pourra… ne te tracasse pas en avance, tu te rends malade pour rien si ça se trouve. Viens manger, une bonne nuit par-dessus et tu verras demain matin tout ira mieux.

  • J’oubliais, tu as la science infuse…

  • Tu souffres, je peux le comprendre mais ça ne te donne pas le droit de me parler ainsi

  • Pardon maman.

 

Laure se blottit dans ses bras et pleura à chaudes larmes.

 

Elle descendit à la cuisine, son père n’était pas là, et grignota à peine. Juliette ne savait que faire pour alléger sa peine. Capuccino qui ne l’avait pas vue depuis plusieurs jours se frottait avec insistance contre sa jambe en passant et repassant, pour demander un câlin. Ni l’un ni l’autre ne pouvaient la consoler. Elle était effondrée, anéantie.

 

Le lendemain toujours pas de nouvelles de Laurent. L’angoisse du début prit sur la crainte qui se mua en doute puis en déception. Enorme déception qui dégénéra peu à peu en colère. Une colère sourde, intérieure. Laure ne comprenait pas. Sa mère se faisait du souci. Elle avait les traits tirés, mangeait très peu, elle n’osait pas lui demander si au moins elle dormait. Ses larmes étaient taries.

 

Après deux jours d’attente, Laurent ne s’était pas manifesté. La jeune fille se rendit souvent sur le parking en face la jardinerie, au petit café en face, elle s’asseyait de longues heures sur le banc sur lequel ils avaient eu de grandes discussions où ils s’embrassaient, celui situé sous le saule pleureur, un sachet dans les mains rempli de petits morceaux de pain pour les cols verts, même si c’était interdit de les nourrir, qu’est-ce qu’elle en avait à faire si on la verbalisait ! Qu’il lui manquait. Cinq jours que je n’ai pas entendu sa voixJe n’aurai jamais cru que notre histoire finirait ainsi, bêtement… ça n’a aucun sens ! Il lui est arrivé quelque chose ! Elle murmura son prénom, Laurent…

 

Elle était si certaine d’avoir raison qu’elle se dépêcha de rentrer. Il va m’appeler, il m’aime ça ne fait aucun doute ! Je l’aime aussi…Je n’aurai jamais du douter de sa sincérité, on ne peut pas simuler de cette façon ! Non ! Il lui semblait avoir des ailes. Elle retrouva un semblant d’appétit et sa mère du soulagement de la voir émerger.

 

Elle parvint enfin à trouver le sommeil, Capuccino contre son cou ronronnait plus fort que jamais.

 

Au petit déjeuner Juliette apprécia l’appétit que manifestait Laure, même si elle avait toujours une petite mine… Quand soudain, les traits de la jeune fille se décomposèrent.

 

  • Non, non !

  • Quoi ?

  • Je ne connais pas son nom de famille, il ne sait pas le mien

  • Et ?

  • Il ne sait pas où j’habite, je ne connais pas le quartier où il vit…

  • On n’a échangé que nos numéros de portable, même pas nos adresses mail…

  • Où tu veux en venir ?

 

Le désarroi de Laure était visible, sa voix se brisait en prenant pleinement conscience de la réalité de ce qu’elle venait de découvrir.

 

  • Je ne sais pas ce qui se passe, mais on ne peut pas se joindre d’aucune manière, il n’y a plus rien à faire, RIEN ! Il a peut-être eu un accident de voiture, c’est possible après tout, je me suis rendue à tous les endroits où on allait, tous les jours depuis qu’on est rentrés, il n’était nulle part. Et s’il ne voulait plus me voir… tout simplement. C’est terrible, mais qu’est-ce que je vais devenir, comment le retrouver pour avoir au moins une explication?

  • Ne dramatise pas

  • Tu vas bien ! Alors donne-moi une explication rationnelle, une histoire qui tienne la route !

 

A bout, Laure fondit en larmes. Elle ne chercha même pas le réconfort des bras de sa mère.

 

Quelques jours passèrent, c’était comme si Laurent n’avait jamais existé. Tout était donc terminé ? Plus de sorties dans les musées, plus d’escapades à la mer, plus de fous rires, plus de baisers… plus de… Son cœur était meurtri, une grande lassitude s’empara d’elle et ses épaules s’affaissèrent comme si elle portait le poids du monde.

 

Laure commença les préparatifs pour la rentrée scolaire, sans grande conviction. Les valises étaient prêtes, restait les livres et quelques fournitures qui lui manquaient. Avec sa mère, elles se rendirent dans la papeterie la plus proche. Le cœur n’y était pas.

 

Elle préféra prendre la route avec sa Mini. Elle embrassa quand même sa mère avant de s’en aller et serra Capuccino très fort dans ses bras, caressant son poil soyeux avec sa joue qu’une larme commençait à humidifier. Elle l’essuya d’un mouvement sec de la main… et sortit sans se retourner.

 

Rouler lui fit du bien. Elle prit même des risques dans les virages en les prenant plus vite qu’elle n’aurait du. Le crissement des pneus sur l’asphalte lui soutirèrent un petit sourire. Son esprit était comme libéré, disparu aussi cet étau qui lui enserrait la tête depuis quelque jours et comprimait sa poitrine. Elle ne savait pourquoi mais elle sentit les battements de son cœur s’accélérer. Une intuition ? Une agréable appréhension nouait son estomac. Elle chercha le DVD des Coldplay et l’inséra dans le lecteur. Elle fredonna les paroles de Clocks, celles-là même qu’elle avait écoutées dans la voiture de Laurent lorsqu’ils sont allés à la plage la première fois. Elle chercha à retrouver dans son corps les sensations qu’elle avait éprouvées lorsqu’ils avaient fait l’amour. L’unique et seule fois… Elle se remémora le dernier jour à la bibliothèque où elle avait lu Cendrillon aux enfants avant de leur dire au revoir et peut-être à l’année prochaine… Ah les contes de fée…Sans être une princesse, j’en ai vécu un aussi… J’ai connu l’amour, le vrai.

 

Le panneau annonçant qu’elle arrivait à Rodez la ramena dans le présent. Elle fit une rentrée à l’espace de formation La Roque sans problèmes. Les études seraient longues et l’empêcheraient de penser. Le temps ferait le reste. Les gîtes de la Cascade étaient à moins d’une vingtaine de kilomètres de la ville. Elle fit la connaissance des deux autres colocataires qui avaient l’air sympa et des étudiants qui occupaient les autres chalets. Elle défit ses valises, rangea ses vêtements et fit son lit en chantonnant. L’agréable appréhension qu’elle avait ressentie dans la voiture persistait. Il allait lui arriver quelque chose, quelque chose de bon, elle le sentait, elle en était sûre. Son instinct ne la trompait jamais. Il faisait encore jour et l’air était bon. Elle décidé de faire un tour. Elle remarqua qu’ici l’herbe était plus verte et plus fine. Elle entendit le bruit d’une cascade, le chant d’un oiseau. Elle fit quelques pas pour accéder à un monticule d’où elle pourrait englober d’un coup d’œil tout le panorama qui s’offrait à ses yeux. Elle ferma les yeux, tourna lentement sur elle même et respira à fond cet air pur qui venait des montagnes alentour. Elle les rouvrit tout doucement. Les rayons du soleil qui se couchait lui envoyèrent ses derniers éclats. A travers ses cils, elle crut avoir une vision. Ce qu’elle apercevait relevait de l’impossible. Ses paupières se refermèrent d’incrédulité. Laurent !

 

Il se tenait là, devant elle, ses bras reposant sur des béquilles, sa cheville entourée d’un plâtre blanc, comme son visage. Incapables de bouger, les jambes clouées au sol, ils se faisaient face. Leurs lèvres remuaient mais aucun son ne sortait de leurs bouches.

 

  • Tu savais, parvint à balbutier Laure, tu savais que tu me retrouverais ici ! Quand je t’ai dit que j’allais faire mes études de véto à Rodez, tu t’es bien gardé de me dire que toi aussi tu étais déjà inscrit, depuis deux ans ? C’est bien ça ?

  • Oui, avoua Laurent la gorge enrouée, je ne t’ai rien dit pour te faire la surprise. Je suis au centre Universitaire jean-François Champollion pour devenir ingénieur en informatique. Je ne pouvais pas t’appeler mais j’étais sûr de te retrouver. C’est réconfortant. Mais toi… Il s’arrêta de parler.

 

Il aurait tout le temps de lui raconter sa mésaventure, elle aurait tout le loisir de lui dire son désespoir… Ils s’étaient retrouvés, le reste, en somme, n’avait que peu d’importance. Ce contre temps n’avait fait que renforcer leur amour.

 

Le soleil déclinait. L’ombre commençait à estomper le paysage. Ils n’avaient pas bougé d’un pouce. Ils se dévoraient des yeux. D’un même élan ils s’élancèrent l’un vers l’autre, elle en courant, lui en claudiquant. Laure se prit le pied dans une racine et rencontra le front de Laurent qui avait laissé tomber ses béquilles pour la rattraper. Jamais deux sans trois ! pensèrent-ils en même temps. Ils éclatèrent de rire. Des larmes de joie, soudaines, inondèrent les joues de Laure. Laurent les but comme un nectar. Il la prit dans ses bras, elle se blottit contre lui, comme un oiseau blessé. Il s’efforçait de garder l’équilibre sur une seule jambe pour ne pas rompre le charme de ce moment magique. Laure se pencha, ramassa les béquilles et les cala sous les bras de Laurent.

 

Les étudiants regardaient la scène qui se déroulait sur un théâtre de verdure sans faire le moindre bruit. Ils écoutaient battre le cœur de Laure et de Laurent à l’unisson.

 

Elle n’avait d’yeux que pour lui.

 

Pour lui il n’y avait qu’elle.

 

Ceux qui étaient autour n’avaient aucune importance.

 

Laure passa un bras autour de la taille de Laurent. Leurs pas les conduisirent vers la cascade. Ils s’arrêtèrent à l’abri des regards pour échanger un long baiser qui les fit tressaillir. Ils s’enfoncèrent dans la nuit profonde.

 

 

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Tous droits réservés

Roselyne Cros

 

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