Roselyne Cros - Eternelle mouvance

Eternelle mouvance

 

 

 

 

 

 

Le doux sommeil hivernal berce les champs enveloppés d’une silencieuse couverture blanche.

Les forêts se dépouillent dans une mise à nu de l’arbre aux feuilles caduques. Les pins se dépiautent de moitié, tapissant d’aiguilles craquantes un sol gelé.

La nuit est plus sombre, les jours moins lumineux en cette saison. Au firmament, les étoiles palpitent comme un cœur. Le soleil est voilé, ses rayons cernés de brume.

Certains matins la rosée dentelle la nature, la cisèle finement d’un blanc transparent si délicat qu’il se craquèle au moindre bruissement, à la plus légère vibration.  

Un bourgeon pointe sur une branche, déploie au ralenti sa bourre chiffonnée, imite le crépon.Une fleur se défait de sa calotte protectrice, éjecte un dernier bout de givre. Des couleurs pastel éclatent dans le printemps annoncé, nuancent les verts tendres, embaument les jardins.

Régénérée de s’être reposée, la nature s’éveille. Des concerts montent vers le ciel, un hymne des oiseaux à l’astre du jour qui réchauffe leurs ailes, fait germer les graines nourricières, grandir les feuilles propices à la dissimulation des nids. Ils doivent être douillets et prêts pour y déposer les œufs. Les petits becs frappent la coque. Ils sont là, tous nus. Les parents leur donnent la becquée. Ça gazouille dans les branches qui frémissent de vie…

Les poussins ont grandi, ils apprennent à voler. Les fruitiers se parent de l’orange des abricots, du rouge des cerises. Les fraises et les framboises rosissent sous les feuilles festonnées. Les coquelicots insolents envahissent les champs. Les bluets se faufilent entre les épis de blé. Les effluves des lavandes enivrent. Les tournesols suivent le mouvement de l’astre du jour. L’été explose de couleurs.

Les pêches et les brugnons sont gorgés de soleil. Les feuilles protectrices s’étalent comme des parasols. La chaleur accable la terre et les hommes. Les plantes courbent la tête. C’est le moment de faner, de moissonner. Le soir, dans les sillons, les stridulations des criquets, des grillons et les crissements aigus des sauterelles se mêlent aux coassements d’une continuité monotone des grenouilles.

C’est l’attente de l’heure bleue, ce moment unique avant de basculer dans le noir, ou entre chien et loup, le bleu du ciel devient plus foncé. L’instant où les  parfums des fleurs se font plus capiteux, la minute où tous les oiseaux se mettent à psalmodier ensemble, avant que la brunante ne laisse place à la nuit.

Les ocres flambent dans le soleil automnal. Jaunes, orangées, brunes, les feuilles entament une valse orchestrée par le vent. Les oiseaux commencent la migration vers des régions plus chaudes, s’en vont en pointillé dans le ciel bleu azur. L’air vibre des chants d’adieu accompagnés du bruit régulier des battements d’ailes.

Les raisins sont cueillis. La sève se retire des ceps couronnés de rouge, de pourpre nuancé de violacé. La nature flamboie, exulte, s’exalte, avant de tirer sa révérence sans bruit, dans le plus grand secret. Elle se prépare à la grande dormance.

La journée prend fin dans un clair obscur qui magnifie les couleurs. Une fresque géante qui se modifie au fil des jours. Des tons impossibles à capturer sur une toile. Les tableaux de la nature sont une éternelle mouvance.

L’hiver recouvre d’un linceul les paysages. Le mouvement perpétuel est un infini recommencement. La ronde des saisons qui se succèdent dans une magnifique métamorphose. La magie du renouveau, la continuelle transformation se fait toujours, même si le soleil, mutin,  joue parfois à cache-cache avec des nuages en trompe l’œil, pour nous berner, nous les humains, nous laisser croire un instant que l’été est revenu, alors que l’hiver s’installe. La nature a de ces sursauts trompeurs, parfois … parfois seulement.

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Roselyne Cros

 

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