Roselyne Cros - Du bleu… et

Du bleu… et

 

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A perte de vue, des prairies fleuries. Le vent joue dans l’océan encore vert des blés. L’effet magique du printemps, du renouveau, de l’exaltation de la nature qui se réveille. Les coquelicots et leurs corolles arrondies attendent avec impatience leurs voisines.

Les voilà, un peu plus solides sur leurs tiges, qui se dressent vers le soleil. Du bleu… et du rouge, des couleurs qui mettent de la gaité dans la verdure. Les bleuets sont là. De loin, on pourrait les confondre avec des chardons.

Il faut s’approcher pour discerner les nuances des pétales. Pour mieux étaler leur beauté, les bleuets montrent un cœur bleu foncé, des bords bleu clair ou légèrement violet, finement ciselés sur des feuilles découpées comme de la dentelle. Réunies en capitule, regroupées sur un petit réceptacle en forme de cône, un multitude de petites fleurs serrées, s’agglutinent les unes aux autres pour donner ces merveilles au regard.

Les insectes les voient mieux ainsi. Les cous graciles  des bleuets se plient aux caprices du vent, dans un mouvement lent comme lorsque tombe la neige. Si on observe une centaurée, le dessin est identique à un flocon vu au microscope. Ça tient de la magie. Selon l’endroit où pousse le bleuet des champs, il change de nom, ainsi, il peut s’appeler, bluet, barbeau, aubifoin, blavelle, casse-lunettes, fleur de Zacharie ou barbe de Centaure !

Le bleuet est insolent comme le coquelicot, il s’invite dans les jardins, ses graines dispersées par le vent, et tous deux, d’aspect pourtant fragile font de la résistance. Il n’y a qu’à se souvenir, ils poussaient dans la terre retournée par les obus, témoins de la vie qui continuait, seules couleurs dans la boue des tranchées, pendant la guerre. Le surnom de bleuet avait été donné par les poilus de la 1ère guerre mondiale aux soldats qui ne connaissaient pas les pantalons rouges mais seulement l’uniforme bleu horizon.

Bleuets et coquelicots aiment les endroits ensoleillés, ils poussent depuis la nuit des temps parmi les blés. Ils fanent avant les récoltes ce qui ne gêne pas les cultivateurs. Mais que c’est beau de prendre le temps de regarder ces champs aussi loin que le regard peut porter, colorés de rouge et de bleu parmi des épis dorés qui se dressent avec orgueil dans un ciel d’azur.

Pour exprimer des sentiments purs et délicats, on offre des bleuets. « Je te suis et serai toujours fidèle », pour le timide « Je n’ose t’avouer mon amour »…

Pas de noces pour le bleuet, mais ses pétales contiennent des substances calmantes et apaisantes pour les yeux, en particulier, peut-être pour mieux charmer le regard ? Qui sait ?

 

« Les voici les p’tits « Bleuets »
Les Bleuets couleur des cieux
Ils vont jolis, gais et coquets,
Car ils n’ont pas froid aux yeux.
En avant partez joyeux ;
Partez, amis, au revoir !
Salut à vous, les petits « bleus »,
Petits « bleuets », vous notre espoir ! »

 

— Alphonse Bourgoin, extrait de Bleuets de France, 1916.

 

 

 

                                                      

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© Roselyne Cros

 

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