Noël Vallier - Tahiti - II

II

 

 

Ce joli brin de vie prend naissance à Toulon.

 

Tous jeunes militaires appelés et une période de classes rude dispensée par le régiment du 4 me Rima.

 

La discipline militaire est une affaire entendue, elle a le bon goût de se montrer intraitable, rarement il se trouva des appelés à ce point obstinés qui osèrent réfuter son enseignement. L'écrasante majorité acceptait de bonne grâce que soient admises et appliquées les règles d’obéissance desquelles ils s'étaient pourtant affranchis après la longue séquence de l'autorité familiale.

 

Et pourtant les plus rétifs d’entre eux, il en fut, finiraient par admettre le principe d'un recadrage militaire méthodique, intransigeant, ils goûteraient ainsi les premiers bouillons de leur inaugurale marmite républicaine.

 

Trois mois de classe, d'apprentissages rudes, assortis de quelques parts épiques, ainsi ils serviraient bien mieux les devoirs de leurs nouvelles missions . Baroudeurs es qualité, au cœur du Mont Faron le plus souvent, sous la pluie quelquefois, aussitôt trempés, vite essorés par le vent glacée de la mer, rations de survies comme à la guerre, harnachés d’un lest dont le poids pesait fort sur l'échine.

 

L’appel sans pitié du matin après la toilette froide, avant la présentation impeccable de rang. Le casernement devenait alors sacerdoce, il fallait en convenir, puis l'adopter, puis en aimer le rite, jusqu'à la gravité, cet instant solennel de la montée des couleurs.

 

C’était ainsi.

 

Les séquences sportives dopaient leur orgueil et le cross matinal mené à train soutenu dans les rues désertes de Toulon donnait lieu à de sérieuses empoignades. Ce qui n’aurait dû être qu’un exercice bouclé sans trop de zèle finissait par prendre une tournure de compétition.

 

Au fil des kilomètres la cadence se durcissait, les plus expérimentés et les plus combatifs prenaient la poudre d’escampette, c'est ainsi qu'une dizaine de lascars véloces, souvent les mêmes, pénétraient l’enceinte de la caserne et d'avance insolente. Vidés, exténués ils précédaient une flopée de groupes dégingandés, sérieusement abîmés par le redoutable parcours.

 

André me dirait peu sur les bizutages. Ces jeux et traditions grasses ne l’amusaient guère, il s'en agaçait plus souvent . Pour en avoir été l’une des infortunés expérimentateurs, sorte de victime désignée il pouvait témoigner combien pendant quelques minutes son dépit fut grand, ce n’était pas la fin du monde, ni le début du déshonneur, cependant l’affaire sérieusement gratinée avait de quoi surprendre !!

 

Tous en sortaient précipitamment, un peu remontés , désinhibés sans aucun doute, mais n’était-ce pas le but recherché par les cadres??  Combien d’hommes de troupe passèrent ainsi d'une humeur enchantée à une quotidienneté plus exigeante !

 

L’empreinte Toulonnaise mordait donc un peu plus chaque jour sur les caractères encore préservées de la bleusaille. Et pourtant quelle personnalité portait-elle cette ville côtière !!  Intrigues, truculences, accents chantants, bonnes humeurs et soudainement des coups de sang .....

 

Les palmiers de l’esplanade préfiguraient sans doute leurs prochaines fuites tropicales, des brasseries chics déployaient leur devanture d'un aloi engageant, quelques fumeurs de pipe imprégnaient le skaï du salon de leur odeur typique de caramel, cette odeur qui fuitait en volutes tranquilles .

 

Venaient s'y mêler les odeurs sucrées plus furtives des Craven ou autres Cherstelfied qu'une aspiration interminable venait consumer.

 

Les dames blondes et brunes, leurs énigmatiques propriétaires, tapotaient sans cesse de leur index sur la longue gaine blanche, le tabac à leur extrémité restait incandescent .

 

Elles semblaient ne rien attendre de particulier, d'exceptionnel, elles étaient posées là, telles des gravures, un peu figées.

 

Une fois sortis des secteurs bourgeois du centre-ville, la bleusaille cheminait immanquablement en direction du quartier dit de "Chicago " le tabou, le sulfureux, l’étrange « Chicago ».

 

D'autres effluves pointaient alors doctement, odeurs d’épices orientales contenues dans quelques ruelles plombées et flottait alors dans ce confinement comme une irrésistible idée de douce anesthésie.

 

Une enfilade spectaculaire de bars, tous ornés de néons facétieux donnait une impression de miraculeux territoire, une gent féminine étrange claquait du talon sur ses pavés, hélant sans trop de gueule les militaires, et s’engouffrait alors dans le dédale des officines quelque ombre en fuite tirée par des couples à la hâte .

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonEdk (site web) 09/10/2017

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