Noël Vallier - Les dimanches ordinaires de M le curé

Les dimanches ordinaires de M le curé

 

 

 

L'homme d'église m'a baptisé, puis entre ses prêches dominicales il aura prit le temps de rameuter tous les petits espiègles que nous étions alors, et de les accompagner tout le long du chemin des sacrements dédiés à la foi, jusqu'à la très attendue confirmation .

C'était un curé en soutane, un homme tout en noir, de haute taille, un homme bon, immergé dans le coeur des flaviacoises et des flaviacois .

Son cou maintenu dans un col romain impeccable, ainsi dressé, lui faisait porter beau, il affichait une allure vive, faite de conviction, décidée et énergique.

Col romain, soutane, et manteau de curé pour les jours de grand froid, je ne lui connaissais point d'autres attributs vestimentaires, exceptée l'impressionnante garde robe requise pour les usages exigeants de l'office catholique .

Ses prêches étaient remarquables, au point même d'être craints .

Les évènements de la semaine écoulée étaient passés au crible de ses jugements, il lui arrivait d'être sentencieux et si la transgression lui paraissait de nature à trop brocarder l'ordre paroissial sévère tout autant, mais aussitôt débonnaire et subtil dès les premières évocations de l'écume des jours .

Je lui servais avec d'autres, le vin et l'eau , et montait alors vers le ciel un calice d'or aussitôt embué par la fraîcheur du blanc qu'il préférait boire glacé. Enfant de coeur, une authentique sinécure que quelques gamins nullement affranchis de l'esprit du culte, dont j'étais , partageaient dans une sorte de liesse continuelle .

La grand messe du dimanche était une récompense, depuis l'ennui quelquefois mortel de la semaine écoulée et malgré nos escapades du jeudi, toutes les richesses dispensées par un enseignement laïque héroïque, et nos amusements en partage, ce moment dominical était pour les gamins que nous étions comme un coup de semonce donné au cul de nos petites habitudes.

Il convenait de voir plus loin et plus beau, j'en pris très vite acte !

Et de revoir notre curé l'appétit aiguisé, une vingtaine de minutes après l'office une fois remisés tous ses accessoires, débarrassé pour un temps du pesant de ses devoirs de transmission, relâchant plus librement la part encombrante de son petit embonpoint et cédant à toutes les quêtes humaines et autres salutations paroissiales, constituait pour le gosse paisible que j'étais un moment de pur bonheur .

Au même moment la boulangerie Escudier, à deux pas des platanes de la place, fameux endroit de tous les palabres, achevait la vente de ses pains chauds, de ses choux à la crème et pâtissiers, de ses éclairs au chocolat et de ses souris laquées ....

Il flottait autour du précieux commerce une odeur irrésistible de viennoiserie et d'amandes grillées .

Notre curé n'en pouvait plus, son index d'un mouvement circulaire séchait un peu de la sueur qui collait à son col, le mois de juillet à peine entamé commençait à consciencieusement rôtir les chairs .

Puis très vite la place devenait déserte, M Lauvie du château était déjà reparti vers son domaine, l'imposant domaine de Cheylus, colline privée sorte de dôme buissonneux de thyms et de garrigues, surmonté de son imposant ornement féodal et entièrement couvert dès ses premiers alentours par une vigne interminable .

Notre brave curé avait sa chaise réservée chez M Escudier, il y trouverait sûrement une table généreuse et gourmand , et beaucoup de bonté sans aucun doute .

Le village déjeunait à l'unisson, et le temps aussitôt aimait se suspendre .

Cependant le dimanche du curé n'était pas seulement celui de la grand messe !

Il pourrait indifféremment applaudir aux performances de l'équipe de football locale, ou s'agiter en maugréant déplorant un moindre jeu tout en pestant contre un arbitrage que Dieu lui-même aurait vertement désapprouvé !

Il y croisait en bordure les dirigeants historiques ; des blancs, des bleus et des rouges !! tous acquis à cette cause ronde, cette "gonfle", cet emblème odorante de cuir râpé ...

Et les pourfendeurs de la calotte que de le saluer avec empressement et respect .

D'autres dimanches honoraient la boule lyonnaise et Flaviac proposait un grand concours. On y croisait d'authentiques champions, le rendez-vous était très prisé et notre curé bouliste expérimenté, que d'y faire souvent bonne figure, embarquant une soutane qu'il pinçait consciencieusement, avant que son drap épais ne vienne claquer en crissant contre ses cuisses .

La place résonnait du silence des pointeurs puis du vacarme produit par l'entrechoquement des aciers .

Ça pétait du bruit des carreaux dans tous les azimuts et depuis la petite tribune dressée entre les cours montaient des exclamations admiratives et bruyantes .

Notre brave homme d'église, une fois de plus pourrait exercer son indéniable talent dans le cadre d'une complémentaire que les joueurs patentés venaient encore négligemment de moquer !!

Dussé-je le regretter que je m'interdis pour l'instant d'évoquer la plénitude vécue de nos jeudis !!

Non il me reste un dimanche d'exception en réserve, un dimanche que j'aime vous dire, un jour de pieuse aventure , comment dire ?? un lendemain de samedi sans culte, matinée ensoleillée sans sa messe de onze heures, probablement assurée ce jour là par un diacre de ses amis .

M le curé depuis quelques semaines faisait pétarader le pot d'échappement de sa nouvelle automobile dans les rues du village et bien au-delà des alentours .

La 4 chevaux verte avait fait son temps, remisée peut-être dans une concession ardéchoise ou roulant comme une teuf-teuf assermentée vers le paradis ....

Il pilotait désormais une Caravelle Floride coupé et décapotable !!

Cadeau de la famille disait-il, et comment pouvait-il en être autrement, le denier du culte probablement exsangue et le produit des offrandes du dimanches n'auraient jamais pu financer un tel projet !

Le village papotait sous cape et les communistes irréductibles devaient s'en donner à coeur joie .

Les catholiques étaient heureux .

Jour d'exception disais-je, direction Notre dame de la Salette, près de Corps en Isère devenue sanctuaire après une retentissante apparition !!

Cinq enfants de coeur dans la Floride et M le curé au pilotage, frimousses au vent nous roulions lacet après lacet poussés par l'esprit de Dieu vers la maison de la vierge Marie ....

La journée fut à la fois pieuse et extraordinaire, la vierge se tint une fois de plus à l'écart du tumulte, elle n'apparaîtrait donc pas une seconde fois!

Le retour fut joyeux et l'habitacle du petit cabriolet résonnait de nos rires et du bruit de nos nombreuses exclamations .

Plus tard  bien plus tard, le destin de la vie m'emmena à la ville, loin des dimanches de notre curé et de ses sympathiques facéties .

Il termina son sacerdoce en sud Ardèche dans la bonne ville des Vans .

Une de mes clientes de banque originaire de la petite ville Cèvenole, très amie du brave homme, me répéta souvent combien elle le trouvait bon, indispensable à la paroisse, elle me rappela également son goût immodéré et toujours intact pour les dimanches et toutes ses nombreuses gourmandises !!

Il rejoint sa teuf-teuf un dimanche de juin, bien fatigué .

Il était devenu vieux .

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonFpj (site web) 08/10/2017

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