Noël Vallier - Cigales et Grillons...

Cigales et Grillons...

 

 

 

Je laisse flâner ma prose et aussitôt elle me renvoie aux cricris des grillons !!
Allez , replongeons un instant au cœur des années cinquante, nous les survivants gamins de l’immédiate après-guerre …
Oui je l’avoue j’ai préféré les grillons aux cigales, non point que les cigales ne proposaient jamais le moindre attrait, j’aime aussi ces homoptères et je me loue de tant me plaire à l’écoute distraite de leurs interminables sarabandes .
Que serait en effet un apéro d’été tranquille sans cet embarquement magique qu’elles dérobent à nos sens ?
Une beuverie sans intérêt et pour ceux qui ne peuvent se défaire du Pernod pire encore puisque assortie d’un boulier de la pire espèce comptable amusé de tant de misères.
Je reviendrai un jour sur mon apéro idéal !!

Et les grillons me direz-vous ?!

Alors là c’est autre chose !!

C’était une sorte de murmure comme une petite musique de xylophone, au loin souvent, pas toujours, cependant les plus hardis jouaient leurs complaintes si près de nos oreilles qu’on eût pu entrevoir le galbe de l’une de leurs pattes en écartant quelques touffes de luzerne …
En ce milieu avantageux des années cinquante, les heures étaient douces, riches de plénitudes et gourmandes de nouveaux bonheurs.
Les grillons le savaient qui donnaient le meilleur d’eux même aux premières heures tendres du début de la nuit.
Ils étaient partout, en concertistes avisés ils s’accaparaient le chemin de la cigale qui monte vers le cimetière, et vers les cerisiers de chez Pradal ça pétait le feu avec leurs cymbales.
Le souvenir de leurs cricris est une affaire de première sensualité, nous nous serrions alors fort à l’appui du parapet avec ma première nymphette, nous avions onze ans et dût-il me censurer Dieu le Père ne pourra m’empêcher d’avouer à quel point cette nuit là je ressentis fort, très fort nos complémentarités et nos différences.
Un long baiser fougueux ralluma bien plus encore l’incendie !!
Et les grillons que d’en remettre couche après couche sans jamais se lasser …

Ils venaient chanter à la mi-août pour s’en aller vers le 20 septembre et nous les aimions tendrement, ils possédaient tant cette musique fraîche que les nuits les plus lourdes finissaient par s’imbiber d'une vaporeuse moiteur !!

Les grillons sont plus rares de nos jours, toutes fenêtres ouvertes nous tendons l’oreille mon épouse et moi et c’est à peine si nous percevons loin, très loin comme un écho de clameur, presque étouffé .

Les grillons ont peur !!


 

 

 

 

 

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© Noël Vallier

 

 

 

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