Mathieu La Manna - Une soirée comme les autres...

Une soirée comme les autres...

 

 

 

La lueur de ma nuit pointait au ciel dans le temps qui m’était accordé. Pause dans le décret de l’obligation d’un arrêt obligatoire. Solitude d’une maison vide contre le néant d’occupation à combler l’esprit survolté qui me surmène. Rond à tracer sur l’impatience de mon salon, je ne savais gérer ces temps libres. La liste de mes contacts affichait absent sur le curseur de mes espoirs. Sonnerie en berne, le silence ambiant affichait complet mur à mur. Tête en torture sans les balises du labeur, je m’ennuyais terriblement. Non que ce soit par plaisir, mais bien par dépit, j’errais sur l’ombre de ma fuite.

 

Manège en direction de mon attention, le regard de ma vision pointait l’objet de mon intrigue actuelle. Feuillet en gain de cause aux couleurs de leur originalité gravissait lentement vers une curiosité d’un pourquoi pas. Les lettres en néon simulé annonçaient les fastes d’une fête foraine dans le quartier voisin d’où je me tournais les pouces. En proie à l’agonie de mes quatre murs, mes pas furent guidés bien malgré ma volonté à la porte de ma sortie. Billets en poches d’une liasse à payer, je fonçai tête première dans la rue qui m’était étrangère. Jamais, dans le quotidien qui m’habite, je ne prenais la peine de marcher pour mes déplacements.

 

Lumières en tamisés sur le voisinage aux fenêtres voilées, téléviseurs et portables en compagnon de fortune illuminaient le noir de leurs vies. Miroir en parallèle, je me dessinais en ombre tout comme eux le faisaient. Jamais, au grand jamais, décrocher de ces applications « occupe l’esprit » qui drainent et aspirent l’essence de nos vies. Peinant à tuer le temps qui se tue lui-même.

 

Beauté en éveil d’une admiration pour ce qui d’ordinaire n’est qu’un tableau à franchir vers une destination pressente, je découvrais la vie autrement. Arbres tortueux aux rameaux pleureurs, nuages en mosaïque de possibilités modulables à l’infini sous une lune en cachemire. Triste constat d’une évidence oubliée.

 

Sur le seuil de mon arrivée, le bruit assourdissant s’étalait au-delà du tolérable. Doute d’un coup de tête sur l’indécision de poursuivre vers cet univers burlesque, je donnai le tribut de mon entrée à la commis guichetière. Porte ouverte en parallèle sur un monde inconnu, je déambulais l’air de rien vers une attraction à ma mesure. Manège de haut en bas russe m’étourdissait de par leur acrobatie sur un rail de la peur, je passai donc à un autre choix. Pavillon des bizarreries où se mélangent voyeurisme et dégoût dans l’optique de la curiosité. La désensibilisation de la redondance via les vidéos internet rendaient caduque la nécessité d’un aller voir.

 

Puis, dans l’arche d’une tente aux couleurs teintes par l’usure du temps, une annonce de spectacle débutant sous peu. En dépit d’autres choix, l’entrée fut franchie sans questionnement aucun. Gradins en éventail enlaçant le cercle de la scène encore vide m’accueillaient timidement. Odeur en vert de gris sur un fond de manque d’air agressait mes résistances sur le point de hisser le drapeau blanc. Cependant, l’attroupement bousculant mes résistances me forcèrent à prendre siège bien malgré moi. L’ambiance ambivalente en alerte faisait vibrer mes sens qui peinent à sourire à l’imprévu.

 

Clichés en surnombre dans le décor, je riais intérieurement de ce manque d’évolution dans cet univers antique. Questionnement en sursis de jugement trop rapide, je me cogitais une seconde réflexion sur la nécessité de ce statu quo. Principe premier du correspondre à l’image attendue dans le but de ne pas décevoir les images du préconçus, simple question de rentabilité... Du moins la question est posée.

 

Rideaux rouges en cachemire de seconde main dépareillé, éclairage déficient en nombre impair, musique en bruit de fond dans un fouillis de sonorité douteuse. Instance de départ dans le coup d’envoi à la représentation sous le martèlement asynchrone d’une rafale de coups de tambour. Dans le noir soudain, surgit alors un présentateur moustachu en caricature sous le jet des projecteurs laissant clairement voir le halo de poussière en suspension tout comme les spectateurs impatients d’ailleurs. Bras en l’air du temps surmonté de bottes de cuir il annonce le déroulement de la soirée avec une excitation exagérée.

 

— Mesdames, Messieurs bonsoir! Soyez les bienvenues sous le chapiteau de l’émerveillement.

 

Pause trop longue dans l’espérance d’un effet à provoquer dans la masse qu’est cet auditoire. Un filet d’applaudissements fallacieux en guise d’encouragement pour cet individu qui exécutait ce monologue trop souvent discourut. Sans faire naître un temps mort inutile, il reprit. Morne évidence dans le constat d’une société blasée et saturée de clichés. Troupeau de pâturage consommant du déjà-vu en gamelle tendue.

 

— Défilerons devant vous des numéros où s’allient dangers, frissons, beauté et spectaculaire. Sans plus attendre, laissons place au spectacle!

 

Sans attendre son reste, il disparut sous le noir d’un silence tamisé.

 

Ballet en valse d’une danse mal coordonnée défile devant les spectateurs éteints. Éléphants équilibristes sur ballon étoilé, ours en vélo et que dire des clowns aux gestes burlesques combien exagérés. Ennui en parenthèse sur le bord du gouffre de mon ennui, le temps de cette soirée en perte totale, je questionnai mon intérieur sur les bienfaits de cette sortie.

 

C’est alors que dans l’ordinaire du moment à passer, un homme arrive sur le centre de son assistance, simple en apparence dans son être à afficher. Bizarrerie dans l’appareil qui le ceint, il ne tenait qu’à la main qu’une poignée d’assiettes. Puis, dans le suspense à nourrir, il parcourait l’assistance d’un regard intègre. Balayage visuel en sursis de plaisir à offrir, il stoppa net sur moi. Ses yeux se mirent à entrer dans mon entité ébranlée par cette intrusion malsaine. Voyage indiscret dans l’ombre de ce que j’étais. Repu et satisfait de cette visite indigne, il entreprit son numéro sans me quitter des yeux. Communion entre moi et lui, je devins hypnotisé par ce personnage, soumis serait plus juste, car ma volonté s’était éteinte à son étreinte. Porte ouverte en buffet à volonté, je n’étais plus rien sinon que ses assiettes qui se mirent à tourner en équilibre sur chacune des tiges.

 

Panique en émergence quand l’une d’entre elles oscillait dans la menace d’une chute fatale. L’interprète de la vaisselle lui donna une simple poussée afin qu’elle reprenne son équilibre en spirale. Souffle dans le sursis à donner. Puis, sans comprendre, chacune des assiettes se vit apposer des mots de mon quotidien. Travail, finance, vie sociale, créance, hypothèque, ménage, famille et vie de couple en dérive.

 

Pause dans son numéro de variété, l’artiste cessa de s’en préoccuper pour me regarder à nouveau. Mon cœur s’emballa à la vue de toute une vie sur le point de s’effondrer. Quel fou ce type, pourquoi agissait-il de la sorte? Pourquoi faire voler en éclat un numéro qui défiait les lois de la gravité? Qu’est-ce qu’il voulait au final? Me rendre à néant...

 

Clin d’œil dans cette communion forcée, il patientait sans craindre à sa prestation pour réintégrer mon corps à la volée. Une voix prit naissance à l’intérieur de ma cave interne qui raisonnait dans l’abîme qui se construisait à sa rencontre.

 

— Et si... Et si tout cessait...

 

— NON, PITIÉ... Je ne peux... Qu’est-ce qui m’arriverait si tout cessait maintenant? Je ne pourrais survivre à cette vie...

 

— Et si on essayait...

 

Crissement d’oreilles dans la chute des assiettes qui volaient à s’en rompre l’esprit. Je crispais de douleur face à cette perte qui ne cessait de gagner en nombre. Seule une tournait encore...

 

— Et si... Et si tout était plus simple désormais...

 

— Mais... je serai vide sans ma vie... Mais...

 

Étrangeté sur le moment d’un sentiment à nourrir, j’ambivalais...

 

Survenant d’un vide nouvellement acquis, le plein de vie naquit à nouveau. Unique tournoyante sur la tige esseulée, celle sur laquelle le mot vie était apposé ne cessait de tourner, et ce malgré le fait que tout autour se soit effondré...

 

— Et alors...

 

Seul un mot perlait sur le centre de mes lèvres, simple, mais en toute humilité...

 

— Merci

 

C’est alors que... le spectacle prit fin et que le début de ma vie commençait... enfin.

 

 

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Tous droits réservés

© Mathieu La Manna

Mai 2014

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Pour découvrir l'univers de Mathieu La Manna, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous :

http://amoureuxdelaplume.blogspot.fr/2014/05/sur-un-lit-de-regrets.html

 

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Commentaires (2)

1. AlysonTht (site web) 11/10/2017

https://imgur.com/user/AdamarisElexus

2. BethanyLwh (site web) 10/10/2017

http://theoldgraygeek.imp-probableartists.com/members/david7712/activity/126655/

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