Mathieu La Manna - Un matin comme les autres - Seconde partie

Un matin comme les autres

 

 

Brume de délire sur un fond d’incompréhension, Clara nageait dans le flou de son inconscience. Palpant sa nature en quête de la réponse qui lui glaçait les lèvres. La vie était-elle encore en elle.

 

Peau de satin caressant sa carcasse encore gelée, le noir l’envahissait de sa dure réalité. Ses dents claquaient à tout rompre tellement qu’elle avait peur de les abîmer. L’angoisse en prison de liège fiévreux, les seuls barreaux qui la maintenaient dans cet état de transe étaient la peur qui le tenait en otage. Le froid qui l’habitait lui faisait craindre le moindre mouvement, car de se rompre elle redoutait, telle la pellicule fragile sur la peau d’un lac en dormance.

 

Son souffle expulsait du givre en buée d’embrun avant de se déposer sur son front. Quelques cheveux lui collaient sur la peau et elle n’eut d’autre choix que de les endurer de peur de bouger. La mort lui piquait la peau et la vie s’exilait par les instants qui fondaient comme neige au soleil.

 

Le temps mort, si cher une vie cohérente, peut se faire cauchemar dans l’attente de l’inconnu qui risque de frapper à chaque instant. Se distraire elle voulait, mais seuls des scénarios d’horreurs hantaient sa tête qui paniquait de surchauffe en idées folles. Alors que faire sinon que de délirer?

Puis, venue d’on ne sait où, une brise encore plus froide que le néant vient lui chatouiller l’ennui. Légère et vicieuse, elle parcourait son corps à demi nu de par sa vulnérabilité. Elle ferma les yeux si forts qu’elle pensa bien ne jamais ne pouvoir les ouvrir de nouveau. Elle voulut se blottir contre elle-même, mais la morsure du froid se fit alors plus intense gela même ses intentions vaines. Elle détestait être la proie et encore plus quand elle ne pouvait se défendre.

 

Terreur sur l’antre de ses espoirs amenuisés, elle osa une prière. Réconfort de dernier ordre dans le cœur des abandonnés. Elle psalmodia pour elle-même un mantra biblique sans conviction autre que de tendre une perche à la lumière si loin d’elle à présent. Rituel des derniers instants dans un monde profane, elle était à court d’arguments et opta pour une formule de type mantra et répéta en boucle ses espérances et quémande un salue. Accompagnées à cette ritournelle, mille et une promesses fusent de toute part.

 

Ce monologue agit telle une bougie dans un corridor de vent, toutefois, la flamme de son espoir vacillait, mais survivait. Elle avait l’intense conviction que quelqu’un l’écoutait et voyait à lui proférer un sursis. Cœur en chamade elle reprit un souffle plus régulier et une chaleur, infime, lui parcourut la courbe de son échine. Elle risqua alors un mouvement léger de ses doigts. Douleur et courbature jouaient de pair dans cette tentative. Elle pianota légèrement du bout des doigts le sol qui l’accueillait.

 

La surface était aussi froide que le givre d’un congélateur antique. La parcelle de chaleur qui la parcourait peinait à poursuivre son périple régénérant. Cependant, elle sentait qu’elle gagnait en intensité avec ses gestes. Encouragée, elle osa se redresser un peu, question de gagner en altitude et rompre avec le sol qui lui glaçait le corps tout comme l’âme. Pourtant, elle savait que l’âme qui cohabitait avec elle n’était pas réelle ni physique. C’était d’ailleurs ce qui lui flaqua une trouille encore plus grande que la précédente…

 

Alors qu’elle replia ses jambes entre ses bras, elle fut parcourue par un changement d’air. Il se fit plus intense et les frissons reprirent le dessus sur elle en même temps qu’un rire carnassier qui fit son entrée dans la pièce. Une force inconnue la rabattit sur le sol et la plaqua au sol alors qu’une haleine fétide s’invita dans les narines de la pauvre Clara abattue…

 

C’est alors qu’une voix s’invita dans ses têtes et les quelques murmures qui s’adressaient à elle la firent hurler d’agonie dans le noir de sa cellule nécrophage…

 

D’un geste sec, elle voulut s’arracher les oreilles pour ne plus entendre… Pour elle-même, elle fondit d’interrogation à savoir pourquoi elle et la voix qui n’attendait que cette question lui intima une réponse qui l’épouvanta encore plus encore…

 

 

 

 

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© Mathieu La Manna

 

 

 

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Mathieu La Manna - Un matin comme les autre

 

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