Mathieu La Manna - Novembre en octobre

Novembre en octobre

 

 

 

Le temps à l’eau de pluie grisait ma toile. Battant au vent contre les éléments de sa nature, le jour tirait sa révérence. L’âge de sa raison se teintait des effluves de noir, vaincu, il se rendait dans son haut-delà. Tiré de par sa révérence, je m’épuisais les yeux à maintenir le contact visuel avec lui.

 

Novembre était déjà sur nous. Sa véhémence était sans faille et nous en payions le prix de ses jours écourtés. Les arbres dénudés, les feuilles en vestiges d’ocre et de jaune usé jonchaient le sol agonique. Cette époque où tout est en attente, transition morte entre deux saisons. Le vent de son souffle sifflait entre les branches vierges et délaissées. Pas de passant piétonnier ce soir. Le temps se réduit à ne vouloir le faire passer plus rapidement qu’autrement. Je comprenais aisément ceux qui étaient affligés de cette dépression saisonnière, car en novembre rien ne brille ni ne vit. Seuls les lampadaires en stèle simili solaire tentaient de vaincre le noir de ce pavé taché.

 

Seul face à la fenêtre en peine de compagnie, je m’isolais sous le reflet de ma propre image. Être son propre reflet revient à n’être qu’une image… Le décret de mon constat se cuisait d’une douleur sournoise quand la pluie accompagna mon regard sur la fenêtre de mon extérieur. Martelant mon silence, elle maintenait la cadence en larmes sur mon cœur. Diapason en éclipse de Lune, j’étais synchrone avec la pluie et les lumières de ma journée me recouvrirent de son vide.

 

Des phares de voiture m’obligèrent à retrouver mon univers en amont de poussière. La nostalgie a ceci de pervers, elle ne met en lumière que ce qui nous a échappé, glissé entre les rêves de nos mains maladroites et inconscientes. Ce faisant, balayant du revers du regard, je plantais mes yeux au loin de mon quotidien pour y retrouver un soupçon de vert en espoir. L’onde de ma divagation se porta bien loin dans cet univers des possibles qui se vautre dans notre inconscience, tant que j’en titubais d’ivresse dans l’égarement de mes visions.

Clivage sans borne dans l’espace-temps, ma dérive sur un lit de dérision, je trépignais d’isolat vermeil. Puis en bulles d’éveil sur un noir d’éclaboussure, des pop-up de souvenirs se plaquaient dans ma mémoire.

 

D’abord en tourbillon de fractals complexes et irrégulier. Cette myriade de couleurs et d’événements me donnait le vertige. Puis, dans un souci d’ordre et de clairvoyance, le rythme des allers venus se mit à ralentir afin de rendre plus clairs ces vestiges de mon passé. Ces échos retentirent comme des voix d’arrière-pensée, c’est alors que le filtre de la nécessité me montra alors les éléments essentiels de cette divagation.

 

Cette nuit… en cet octobre de ma déception, elle est ma vie, ma mort. Cette vision qui n’est autre que ma dérive est encore vive en éclat sanguin sur le pavé de chute… Dans le pourquoi vain de mon questionnement, je tombais déjà dans la justification vaine et éteinte de sens réel. L’ablation de mon existence n’avait nul autre coupable que ma faible consistance, faible résistance. Me maudire ne sert à rien sinon qu’à trouver un coupable…

 

Je me vois encore dans le reflet de mon horizon à palper la nostalgie qui nichait en moi, de moi. Si seulement j’avais été plus fort et moins rêveur je serai, je serais. Les images fraîches en boucle sur mon trépas jouaient de leur théâtre de quartier avec comme seul spectateur que l’ombre de moi-même. Diable que le pathétique est synonyme de ma personne. Dégoût et nausée sont les abîmes de ma personnalité que je voudrais à jamais détruire. Je n’étais pourtant pas censé devenir cette loque… non… je ne devais pas.

 

Car, l’astre brillant me couronnait de sa lumière dans le jadis de cette époque. Jeunesse en brio, je passais les étapes du développement comme l’hirondelle fait le printemps. Simple formalité de voir le tapis rouge vers la suite des événements se dérouler sous mes pieds tant la grâce de la bonne étoile me coiffait. Exemple en guise de bonne foi, les méritas ornaient l’abondance de ma bonté sur les murs de mes succès. Littérature, arithmétique, écriture et sport pour couronner le tout. Comment apprendre à survivre quand tout était à portée de main… sinon que par la perte de tout ? Hélas oui, hélas tout perdre et ne devenir que les ruines de poussière sur des fondations de papiers de soie. Voilà ce qui fait la force d’un homme, survivre quand il n’a plus rien. Or, comment être quand nous ne sommes plus ?

 

Donc, dans cette nuit à mirer la nuit sur le ciel déconfit, la voiture aux phares sous une pluie en abondance vint heurter ma vulnérabilité, brisant ma mobilité, la rendant réduite pour handicaper mes déplacements qui crissent désormais sous les roues de mon fauteuil.

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonQck (site web) 11/10/2017

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