Mathieu La Manna - Les murmures - Troisième partie

Les murmures

 

 

 

L’arche de l’entrée était de vert mousseux aux reflets de jade et quelques lianes pendouillaient sur son sommet. Le chemin qui l’accueillit était couvert de vase et de racines peinant à survivre dans ces terres hostiles. Les arbres, ou ce qu’ils furent dans un jadis éloigné, étaient pour la plupart sans vie et se soutenant les uns les autres de leur mort trépassé. Les plantes épiphytes avaient pris le relais dans cette flore inhospitalière. Tant que la progression de la dame en déroute était lente, mais nulle presse lorsque l’on court à sa perte, parce que nous sommes seuls à y gagner… L’air y était lourd et nauséabond, pourtant, elle osa prendre d’énormes respirations, provoquant ainsi un vertige douteux dans sa tête. Douteux, parce qu’il lui donna la nausée tout comme la légèreté de se savoir perdue à jamais et d’en rire.

 

Puis, dans l’interstice de deux pensées, une voix se logea dans ses réflexions sans y être conviée. Quelques paroles insensées, entrecoupées de rires macabres et d’images furibondes peuplèrent sa cavité cérébrale. Puis, quelques images funestes en quartier de noir les accompagnaient en douce volute d’ébène. Tertres fertiles, ces images étaient le reflet de l’agonie lente et fétide de ces êtres morts, habitants du passé, dans leur prison sylvestre.

 

Perles de sueur froide glissèrent alors sur le long du front lisse de l’éperdue. Terreur naissante, s’il en est une, elle comprenait à présent dans quel bourbier elle venait de poser pied. Ardente prémonition dans son désir de s’en retourner, les repères de son arrivée s’étaient déjà éteints ou évaporés. Faille en elle, les parois de ses certitudes en fausse sécurité s’effritèrent comme l’argile au soleil. Pour elle-même, elle osa, bien malgré sa volonté déclinante, chuchoter le nom de ce lieu maudit « Le Marais des Murmures ». Le sol se mit dès lors à trembler sous l’évocation de ce lieu sans nom, mais pourtant bien vivant. La mort est tellement pleine de vie. La réaction ne tarda pas et les ombres voilés depuis, émanèrent et prirent un malin plaisir à danser autour d’elle. Émanant de fumeroles contenues dans le sol, elles sortirent sans nombre dans une suite ininterrompue. Décharnées et sans identités propres, elles tournoyèrent dans une valse funèbre sans rythme précis. Danse macabre s’il en est une, celle qui allait mourir sous peu se martela le visage afin de reprendre le contrôle sur son esprit fuyant et vagabond. Déjà, elle sentait son âme la quitter. Comme si les âmes lui aspiraient son essence vitale pour s’en repaître et renaître à nouveau. Vampirisme dans le leurre d’une vie nouvelle. Voulant en finir et retourner dans l’antre de son berceau natal, elle se rua vers le sentier qui lui semblait le plus ressemblant à l’ombre de ses souvenirs déficients. Ses yeux imploraient la lune en guise de guide nocturne, mais voilées elle était par ces êtres d’outre-tombe et jamais plus la lumière elle verrait.

 

Seuls les pas de la dame en fuite contrastaient avec le vide que la nuit étouffait de l’âpreté de son drapé funeste. Le cri sourd de l’éplorée jouait de plaisir avec les voix muettes qui tapissaient sa tête torturée et les ombres qui l’habitaient à présent. Les yeux de sa folie perlée par la peur voilaient sa vue qui gênait sa progression et sa fuite inutile. Résignée à savoir la suite de sa situation, elle se maudissait…

 

 

 

 

 

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