Mathieu La Manna - Les murmures - Seconde partie

Les murmures

 

 

 

Lorsque nous sommes perdus en soi-même, tous les chemins sont des portes de sortie, mais parfois, elles sont des rampes glissantes vers une fuite nécessaire, mais inutile... Dans l’instant d’inertie, entre deux soupirs d’hésitations, la mort s’était glissée vicieusement en elle. Pourtant la Dame éplorée n’en eut pas conscience, pas encore.

 

La brume dans sa tête, comme dans le chemin en croix en face d’elle, était opaque. Sa robe, humide par capillarité, trainait en lambeau sur le tertre en chemin boueux. Ses cheveux, à présent grichoux, tombaient en cascade, leste sur le bord de son visage. Jamais elle n’aurait cru descendre si bas, bas jusqu’à plus d’ombre sinon l’ombre d’elle-même. Pourtant, elle le savait, cette descente avait commencé depuis déjà longtemps, et l’ignorance intentionnelle avait accéléré le processus. Si seulement, croire en elle avait été autre qu’une option, la réalité, la sienne aurait pu être autre. D’une enfance en sourire vers une vie d’adulte en rêve déchu. Jalousie en perle de haine sur un souvenir encore amer, elle regrettait sa vie d’antan.

 

Perdue dans l’étalage de ses regrets, le vertige la prit et pour le dissiper, elle se remit en route. Le chemin qu’elle emprunta alors lui était inconnu de visu, mais elle était loin de se douter que son avancée la conduirait vers un lieu que tous redoutaient, mais dont nul ne parlait. Mythe parmi les vérités, cet endroit offrait à ceux qui osaient y plonger, l’agonie d’une mort lente tout en torture. Seule la folie survivait dans le résidu de l’âme qui s’y éteignait, et parfois moins aussi. Ce lieu, qui n’en est pas véritablement un, était connu sous le nom du Marais des Murmures. Endroit où nul n’en revenait et que tous abonnaient ici leur vie passée et succombaient aussi à celle future.

 

Point d’arrêt sur une mer morte, peu de récits portent la réalité au stade véritable des souffrances que peuvent vivre les égarés qui y entrent. Dire qu’avant, ce Marais était une plaine riche de sa culture où l’abondance de ses récoltes était la fierté de ces occupants. Paradis sur terre, tout y était prospère et l’harmonie des habitants était notoire et reconnue de tous. Sol de convoitise par les villages avoisinant, ils durent se protéger et comme la guerre est lucrative au bénéfice du marchand, ils payèrent d’un prix encore plus cher que leur propre perte.

 

Portant fruit dans ses débuts, les défenses ne tinrent qu’en illusions, subterfuge sous un tonnerre de honte. La faille tenait dans sa force. Car tous le savent, la sécurité n’existe qu’en théorie et rarement dans la pratique. Or, le bois qui avait été utilisé pour ériger les remparts n’était autre que le fruit d’une magie noire ayant comme finalité d’étouffer ceux qui étaient prisonniers en son sein. Donc, au fil du temps, l’air y devient nauséabond et malsain. Les habitants virent leur peau muter en diverses teintes passant du vert au gris. Le blé, d’ordinaire de teinte dorée se teintait du noir du charbon causant famine et désolation sur le champ des morts. Dès lors, les âmes furent prisonnières de cet endroit et hantaient le territoire de leur perte. Le paysage en paya le prix et rien de neuf ne put y vivre. Décomposition et fermentation jouèrent de pair et transformèrent ce jadis prospère en un marais mortifère. Et c’est exactement dans cette direction qu’elle posa pied.

 

 

 

 

 

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© Mathieu La Manna

 

 

 

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Mathieu La Manna - Les murmures - Première partie

 

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