Mathieu La Manna - Les murmures - Dernière partie

Les murmures

 

 

 

Le rythme de ses pas tamisés par la fatigue et l’épuisement cessèrent lentement vers une cadence de latence. Quelques clafoutis sur la boue couvrant ses chaussures détonnaient avec l’atmosphère sourde et muette de son nouvel environnement. Perdue dans l’esprit et dans ce lieu, un rapide tour d’horizon campa en elle l’impression d’avoir atterri nulle part, sinon ailleurs, au plus profond encore de son trépas.

 

Dans le sursis d’un entre deux temps, elle se vit délaissée par ses poursuivants. Le vide qui meublait les alentours différait avec toutes ses références. Lasse, elle se reposa sur le dos d’un rocher bien plat. Le contact froid la fit hésiter, mais la fatigue gagna sur sa volonté et se posa malgré elle.

 

L’angoisse, comme seule alliée, se plaisait à nourrir les supplices qu’elle imaginait sans peine. Le traqueur aux murmures funèbres devait être tout près et sa satisfaction devait être décuplée de la savoir ainsi paniquée. Le traqueur était là et personne d’autre que lui n’avait ce pouvoir sur sa vie. Tandis que les étoiles pleuraient de rire, une myriade de filantes en étoiles tissées.

 

Dans le seul moment de sa lucidité résiduelle, elle murmurait pour elle-même un inutile si seulement... Mantra vain dans les recours espérés, car les dés étant joués, le retour en arrière n’était plus possible… Moins encore qu’elle ne l’espérait, car, même de son passé, elle allait mourir à présent.

 

Dans un écho lointain, du haut de son ciel recouvert par un immense tapis de nuages menaçants. Éclatant dans son sein, l’orage se vida de sa rage sur le cœur même de ce lieu maudit.

 

Dans son inertie vagabonde, les murmures reprirent dans sa tête. Langues aux paroles acerbes, elles lacéraient la fragilité de l’éplorée en proie à l’agonie. Des voix au goût âcre faisaient ombrage à la pluie qui inondait son visage. En doux murmures sur le filet de sa raison résiduelle, ces paroles s’infiltrèrent en elle comme l’air dans ses poumons. La sensation, en douleur perpétuelle, ruinait sa respiration, sifflante et troublante pour elle-même.

 

Puis, comme la fin se donne le droit d’arriver quand elle le souhaite, elle se matérialisa devant la dame en fuite. L’être en murmures matérialisés était là, immobile en face de la future sacrifiée. L’ombre de lui-même pulsait en lui comme un charbon ardent sous un souffle adouci afin de luire de son carmin. La vie s’effaçait lentement autour d’eux, même la pluie avait cessé. L’air jouait au temps mort et seules les respirations sifflantes et pénibles du macchabée en devenir étaient audibles. Elle sentait son cœur s’emballer et son sang peinait à circuler tellement ses muscles étaient tendus. Des larmes inutiles perlaient sur la dame au teint gris désormais. Elle voulait parler, mais tout s’éteignait dès qu’elle ouvrait la bouche. Que pouvait-elle dire à présent? Demander pitié reviendrait à exiger la clémence de Lucifer.

 

Mosaïque en tonnelle de dentelle sur un fond de mémoire qui déroulait les fresques de sa vie passée, ajoutant l’amertume dans la déception d’être parti. Pourtant, c’est davantage la destination qui l’a mené à sa perte que le fait d’avoir fui.

 

Puis alors qu’elle voulut se sauver à nouveau, le maître des lieux plongea de nouveau en elle et noua son étreinte dans un but précis. L’attente fut brève, mais combien fatale pour celle qui portait le fardeau de sa perte! D’un coup précis, le cou de la dame en fuite se rompit sous l’impact de sa perte. Les yeux au regard éloigné à présent fixaient le vide de sa destination. Le corps sans vie tenait en équilibre sous les forces qui l’avaient dépouillée de son essence. Puis, l’être au mal intentionné, s’en approchant avec la grâce des mauvais jours avant de la saisir par le poignet. Secousse improbable venant de la dame, il la prit avec toute la délicatesse d’une mère bienveillante et l’intima de le suivre. Écho dans le trépas de son empire, les yeux du macchabée se teintèrent de gris avant de se muter en rouge. Satisfait du résultat, l’être en maître des lieux la conduisit vers l’ultime demeure qui lui conviendrait à présent. Elle ne serait pas seule, bien au contraire, elle serait une de plus. Puis, de sa voix éteinte, elle hanterait avec les autres, les lieux de ses riches murmures endiablés.

 

 

 

 

 

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© Mathieu La Manna

 

 

 

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Mathieu La Manna - Les murmures - Première partie

 

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Mathieu La Manna - Les murmures - Seconde partie

 

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Mathieu La Manna - Les murmures - Troisième partie

 

 

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