Mathieu La Manna - La maison abandonnée (seconde partie)

La maison abandonnée

 

 

 

Image en fresque d’ébène d’un lavis assombrissait la lueur de ma vision. 

 

Pourtant, cette scène serait bien en deçà de sa tourmente actuelle, n’eût été cette accablante construction isolée tel un bouton hirsute et purulent. Écho d’autrefois sur une vendetta de sa descente aux enfers, la bâtisse se tenant devant moi devait dater du début des années 1900. Sa beauté n’était à présent que souvenir, car son lustre d’antan s’était depuis longtemps évaporé au fil des années.  

 

Présage du pire dans une circonstance atténuante, je tremblais de trop savoir et comprendre la suite éventuelle. 

 

Belle et fastueuse, elle devait être, hélas, seul l’abandon se lisait sur l’ensemble de ce qu’elle était en vestige. Ses murs en apparences symétriques étaient constitués de briques deux teintes habillaient chacun des côtés de cette maison. Les fenêtres, aux nombres de quatre par façade, étaient en lambeaux séquestrés laissaient voir l’antre de son intimité là où devait se trouver autrefois de sublimes volets. Quatre corniches chapeautaient l’œuvre défraîchie. Son toit portait trois cheminées qui semblaient l’éventrer, et contrairement aux autres éléments, elles offraient un spectacle inesthétique écorchant l’œil de celui osait la regarder de face. Tandis que la porte d’entrée, placardée, bloquait symboliquement l’accès à cette demeure inhospitalière. 

 

Pour y accéder, une longue allée de pierre polie accueillait le marcheur solitaire que j’étais, les herbes basses ayant repris leur droit en recouvraient plusieurs. Pour l’encadrer, des souches et de troncs d’arbres séchés. Me référant à leur port colonnaire, ce devait être des majestueux chênes fastigiés. La vie leur a été ravie et seuls la mousse et les champignons les tapissaient. Leurs écorces fissurées portaient en eux le mauvais traitement du temps et de la calamité de ces lieux maudits. Sans peine, j’imaginais que je subirais le même traitement. 

 

Théâtre des opérations, ma ville intérieure cédait dans l’avilissement de la terre qui m’accueillait. 

 

Ma pause s’étant achevée par défaut, une main invisible me pressait pour le rite ultime, provoqua une démarche carencée vers le porche en piteux état. Les émotions se bousculaient dans ma pauvre carcasse tel un éclair orageux sur un lit de tempête. Des images en flou d’illusion se pavanaient dans ma tête sous un couvert de mots sabrés sulfureux. Sifflements méprisants en continu, je devais lutter contre la folie qui gagnait en ma mince ligne de survie. D’un geste que trop naturel, mes mains pressèrent le panneau remplaçant la porte pour que ce dernier cède et m’ouvre l’accès de son intimité. Dès que le contact fut établi, une décharge électrique, en échange de bon procédé, me fit reculer. Comme si ce toucher avait établi une connexion entre moi et elle. 

 

Ayant reçu une charge émotive en plein cœur, des images éparses en mosaïque rouge et noire jouaient en boucle provoquant une angoisse encore plus grande. J’y voyais un fauteuil en velours carmin sur lequel était un homme, inconnu jusqu’à maintenant. La mort dans ses yeux reflétait une expression livide où la vie s’était déjà éteinte en lui. Derrière lui se posait l’esprit de ses tourments. Fourbe et acerbe, l’entité se régalait de sa victime en posant sur lui ses mains éthérées en lui sabrant le peu de vitalité résiduelle. L’homme, du moins ce qui en restait ne se débattait même plus. Il semblait résigné et prêt à toute éventualité. Puis, je vis les doigts de l’être s’enfoncer dans le crâne de l’assiéger. Un épais bouillon écarlate s’écoulait de la cavité nouvelle. Sursaut dans ce qui restait de lui, la victime poussa un ultime hurlement à glacer le sang. Ses yeux injectés se gonflaient de douleur et les veines sur son visage boursoufflaient et défiguraient ce qui n’était plus qu’une mare de rouge s’écoulant sur le plancher de la pièce.  

 

N’en pouvant plus, je tentai de penser à autre chose, afin de cesser cette connectivité aliénante. Tourmentes en duel pour le précaire équilibre d’une santé mentale à préserver, résiduelle et en apnée de raison.  

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonEjf (site web) 11/10/2017

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