Mathieu La Manna - La maison abandonnée (Quatrième partie)

La maison abandonnée

 

 

 

Souvenir en bilan du pourquoi de ma présence ici, je tombai des nues. Si seulement j’avais refusé... Pourquoi diantre me suis-je laissé embarquer dans cette histoire. Perdre n’avait pas été une option, mais davantage une évidence. On ne trafique pas avec les forces sombres. Payer de ma vie je devais à présent. Deuil dans ma bêtise, assumer je devais et rien d’autre à présent. 

 

Dans le déclic d’un bruit me faisant sursauter, un cadre tomba sur le sol tout près de moi, m’extirpant de mes pensées occultes. Un cri solitaire sortit involontairement de ma gorge sèche. M’en approchant, je vis que l’objet était demeuré intact malgré sa chute. Je cueillis le cadre avec la plus tendre délicatesse possible avec mes mains tremblantes. La poussière masquant l’occupant de cet encadré, je le nettoyai soigneusement. Surprise en stupeur dans l’image cachée, le même fauteuil de velours carmin siégeait seul sur la photo. Nul doute, c’était celui qui m’était apparu plus tôt.  

 

Angoisse en tonnerre d’applaudissements devant ma lucidité, je lâchai l’objet de ma tourmente avant de foncer vers la porte de sortie. Pourtant, mes pas se figèrent subitement à la vue d’une ombre à la gauche de l’escalier menant au deuxième étage. Un sourire en liesse me toisait dans un soupir d’exaltation. À sa vue, mon sang se figea et mon cœur cessa de battre. La mort était avec moi et se régalait de ma terreur. Nourrissant sa soif de panique, elle se mit à descendre lentement à ma rencontre. Mince filet d’ébène pavant sa route en viscosité douteuse, mes membres ne pouvaient récupérer leur liberté, immobile dans l’inertie qui me gagnait. Frissons en chenille grimpant sur ma colonne vertébrale, j’étais perdu. L’air froid emplissait maintenant la pièce tout comme mon pauvre corps terrorisé. Je me sentais telle une proie captive d’une toile d’araignée en la voyant s’approcher de la sorte. 

 

Encore une fois, des voix prirent possession de ma tête et me couvrirent de cris stridents. La pression gagnait à l’intérieur de mon crâne tordu de douleur. L’ombre me faisant désormais face stoppa sa progression et me scruta de son insistance. Mon corps se crispait dans tous les sens. Chacun de mes muscles se contractait provoquant ma chute sur le sol. Agonisant, ma vue se brouilla et je perdis tout contact avec la réalité. Noire était ma demeure à présent... 

 

Mosaïque en sursis de transparaître, je voulais à l’intérieur de ma conscience éthérée. Délire en souffrance de transparence, je peinais à filtrer l’ensemble des images qui pulsaient dans ma tête. Des flous de rouge et vert, des sons parsemés d’éclairs de jaune et des sensations étranges valsaient dans ma pauvre carcasse allongée. Abandonné de toute volonté, je ne pouvais agir ni réagir, loque en perte d’autonomie, j’étais à présent. Pire, je me sentais hanté, violé par cette ombre qui devait me serpenter en ce moment, profitant de mon errance hypnotique. Elle semblait se régaler de son effet sur moi par les rires moqueurs qui parvenaient à moi par valse stroboscopique. Inconfortable, la sensation de ne plus s’appartenir, d’être la proie, la victime, d’être peur... 

 

Mon corps hoquetait en métronome régulier, la poussière du sol trouvant un accès facile à ma bouche, je la sentais s’inviter dans que je la convie. Mordre la poussière revêt à présent une tout autre signification pour moi... En fait, l’expression porte en elle une double signification désormais... 

 

Une quinte toux s’empara alors de moi provoquant ainsi mon réveil. Déluge de confusion sur l’étendard de l’inconnu, je ne suis plus là où j’ai chu. Tour d’horizon en vue de mieux cerner ma celle, je balaie du regard mon nouvel environnement. La pièce qui m’accueille à présent est bien différente de celle où j’étais. Elle est petite et les murs sont parés de lattes de bois peints de beige. La porte verrouillée de l’extérieur me bloquait l’accès à la liberté. Panique dans le confinement nouveau, l’idée d’être à la merci de mon bourreau inconnu ne me plait guère. Angoisse. Une minuscule fenêtre chapeautée d’un filet de rideau en guise de parement éventré. Le mobilier est rustique et n’offre que peu de commodité. Une chaise droite de bois à la peinture défraîchie jouxtait au mur fenestré. À sa gauche, une minuscule table sur laquelle repose un cadre. Curiosité dans le non choix d’y voir plus clair, je saisis cet objet afin d’y voir son contenu.  

 

Malheur fou faisant éclipser ma raison en constatant que la photo s’y logeant, est une photo de moi alors que j’étais petit. Un rappel d’émotion sous cette scène me ramenant bien au-delà de mes souvenirs. En fait, je crois bien que je n’ai jamais vu cette photo… En y regardant de plus près, je peux aisément reconstruire la scène qui s’était jouée il y a de ça bien des années. Je me revoyais dans ce parc, batifolant dans le parc près de chez moi. Toutefois, un détail attira mon attention, une ombre en arrière-plan sur le visage de mon père. En fait, l’ombre jouait d’alternance avec mon père, dès que je bougeais le cadre. Comme s’ils étaient la même personne, ou que cette dernière ait pris possession de mon paternel. Connexion entre deux scènes trop semblables, l’ombre ressemblait à tout point avec celle vue, juste avant mon arrivée dans cette pièce. Je ne peux décrire mes sentiments dans cette suite incongrue d’événements. Le délire agonisant dans l’incompréhension du moment présent m’oblige à me réfugier dans la suite logique de ma folie…  

 

 

 

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonLsk (site web) 11/10/2017

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