Mathieu La Manna - Sur les rails...

Sur les rails...

 

 

 

Ville en gris sur un fond de jaune rouille. Les files de passants en mouton de Panurge sur un trottoir foulé par leur indifférence. Ciel en vert-de-gris, le vol des oies sillonne vers une terre plus libre que celle qu’ils surplombent. Exil en terre d’accueil vers un idéal meilleur en climat plus serein.

 

Errant dans l’errance du temps qui défile plus vite que moi, je suis le tourbillon qui guide mes pas sur le ridicule de la pauvreté du quotidien. Ce quotidien que ne fait que nourrir les horaires suffocants et qui hurlent de voir leurs cases à toujours hachurées d’obligations… Obligations réelles ou factices? Les départager devient impossible dans cette roue qui me tourne la tête.

 

Souffle court et tête baissée, je poursuis pourtant du mieux que je peux devant le torrent de cette marée humaine qui monte et descend de leur véhicule à transporter le commun. Ces boîtes métalliques qui vomissent leur contenu dans le seul but d’être remplies à nouveau. Gouffre sans fin, mais affamé qui nous oblige à poursuivre cette quête effrénée de potentiel à atteindre. Carotte en bâton de guidance ou de guidage… Rêve à palper du bout des doigts pour le croire accessible… mais au final… qu’est-ce que ce vouloir? Sinon que de la déception empreinte d’insatisfaction constante.

 

Une feuille morte passe et va s’évanouir dans le creux de son oubli. Le temps de sa verdeur est maintenant résolu… Elle n’est qu’une de plus qui tombe sous la morsure de l’hiver en devenir.

 

Perdu dans le noir de mon jour à poindre, matin en deçà de rejoindre ma nuit qui sommeille en perpétuel croissant décroissant, je pleure sur le trottoir de mon allée. Mains sur les yeux qui ne veulent plus voir l’absurde de ce rythme infernal qui construit notre déconstruction collective. Poussé par l’ambition de notre unique avancement, quitte à marcher sur la dépouille de nos précédents… tant que ça nous aide à être encore plus haut… plus fort… mais au final plus seul…

 

Étourdi dans cette masse grouillante, éteinte et mue par le fardeau de l’obligation, je perds pied et trébuche sur une perte de conscience éveillée. Bonheur en plaisir de denrée rare ne fait que me triturer le présent. Souvenirs à puiser dans le lointain d’une joie de vivre révolue… mais où suis-je donc dans ma vie? Qu’ai-je donc fait du pouls que l’on m’a offert?

 

Le banc à ma portée de siège m’appelle à m’y assoir afin de me poser le temps d’un sursaut de soupir. Désolante peinture qui défile devant moi. Fresque en accéléré, tel le paysage de la fenêtre d’un train, le monde n’a plus de visages sinon celui du flou. Quête de sens dans le non-sens qui y figure, je me siégeais sur le coin de mon ambivalence. Qu’est-ce donc que ce besoin de vivre dans l’urgence d’en finir? Cette fausse croyance du vite fait bien fait… Leurre en poudre aux yeux qui fait de nous que l’on se contente de moins que rien…

 

La vie ne devrait-elle pas être plus simple? Vivre de la vie et lui rendre quand elle n’est plus en nous?

 

Un bruit déroge ma réflexion en dérogation de passage. Une bulle en éclat de secouer mes bas-fonds percute mon absence de sens à donner à la vie. Témoin de mon errance dans un amalgame de croyance aux fondements boueux qui ont fait de moi un être enlisé dans le néant de convictions pauvres et sans corps.

 

Le tramway qui me fait face suit sa route, celle qui fait d’elle son parcours, son unique voie. Il va et vient sur sa trajectoire déjà tracée et sourit au passant désireux de le rejoindre. Un autre passe et va dans le sens opposé à ce dernier. Pourtant, le même sourire et nulle compétition entre eux. Chacun possède son propre élément et y trace sa direction. Les occupants sont libres d’y entrer et de choisir lequel lui convient en fonction de destination, quitte à en descendre s’il change d’idée en cours de route, en cours de doute…

 

Éveil en terre d’accueil, terre d’exil en terre d’asile, je saisis le message que la vie me tend. Mes assises se fortifient dans le chemin à prendre désormais. Je dois me poser sur mes certitudes et mes croyances profondes, celles qui vibrent avec ce que je suis, qui me compose, qui m’anime… Retirer l’inutile et ce qui est lourd à porter, faire le tri dans tout ce que je suis… ou veux être. Re/trouver le rail qui guidera mes pas et actions, y prendre place et en prendre les commandes. Le tracé de cette voie sera la philosophie qui composera mon élément, tel un étendard affichant ce que je suis à présent. Être et l’affirmer dans l’être qui nous compose.

 

Le tramway passe et repasse sur ce qu’il est et poursuit sa route vers ce qu’il se doit d’être, tout comme moi maintenant. Je veux être sur les rails de ma propre vie et non celle empruntée aux désirs de l’illusion.

 

La feuille morte rejaillit vers le creux de ma main qui la cueille délicatement. Je la chéris et la laisse partir à nouveau parce qu’elle aussi doit suivre sa route…

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Mathieu La Manna

 

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