Magali Aïta - Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (6 et 7)

Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (6 et 7)

 

 

J’ai décidé de passer ma soirée à déprimer sur mon triste sort, à m’apitoyer sur ma situation de célibataire enrobée. Cause perdue pour cause perdue, je me vautre sur le canapé, mon pot de Nutella sur les genoux, avec pour compagnie un feuilleton à l’eau de rose. Je lèche ma petite cuillère à coups de langue rageuse. Je passe mes nerfs sur du chocolat pour ne pas changer. Le pot entamé le week-end dernier touche à sa fin et je m’évertue à racler le fond consciencieusement. Il ne restera aucune trace de la célèbre pâte cacaotée, j’en fais mon serment. Mais la cuillère à café a ses limites, mes doigts se recouvrent de cette substance gluante à souhait. Je la troque contre une cuillère à soupe au manche plus long, je l’aurai le fond du pot, je l’aurai !

J’ai mal au cœur. C’est bien fait pour moi. « Assumes ta frénésie boulimique Gisou » me dis-je allongée telle une impératrice romaine sur mon canapé. Lui et moi ne faisons plus qu’un. Mes formes sont venues se fondre dans le cuir, je comate un œil ouvert fixé sur l’écran de la télévision. Je vois les images défiler sans faire aucun effort pour me concentrer sur l’intrigue neu-neu de l’héroïne qui pleure son prétendant perdu. Je sens le sommeil tenter une offensive, j’essaye de lutter, mais mes paupières se font de plus en plus lourdes comme si elles aussi étaient imprégnées de chocolat jusqu’au bout des cils.

Le téléphone sonne me réveillant en sursaut. L’appartement baigne dans la pénombre. La nuit tombe, je ne sais plus où je suis ni quelle heure il est. Un reportage sur les baleines a remplacé le navet à l’écran. Tiens, les baleines, j’y vois un signe. Sur la table basse, le pot de Nutella trône fièrement me rappelant mon orgie « cacaotesque ». Je n’ai même pas honte, non non. Au contraire, je me lève, et je me mets en quête d’une paire de ciseaux pour en découper le point de fidélité que je range avec précaution dans une enveloppe déjà bien garnie. Alors seulement, je m’intéresse à l’objet de l’appel. Je m’en doutais, c’est Noémie qui revient à la charge. Elle a laissé un message que je redoute un peu d’écouter. Je suis partie d’une manière grotesque et je dois en assumer les conséquences. Je l’écoute religieusement, l’imaginant jusque dans ses mimiques, connaissant par cœur la moindre de ses intonations. Je confirme, elle n’est pas contente du tout du tout.

«  Je t’appelle, car je constate que tu ne le fais pas. Bon ce n’est pas un drame si tu n’as pas trouvé THE tenue de la mort qui tue. Hein ? Fallait pas nous faire ton caca nerveux en plein magasin. Sérieux, j’suis passée pour quoi moi? Plantée là dans les rayons avec la vendeuse pot de colle qui me l’a joué spécialiste des nanas compliquées. D’après elle t’es bonne pour l’HP de St Egrève ma fille. Elle m’a tellement pris la tête que je suis partie sans rien ne lui acheter. Bon ce soir tenue ou pas on s’en fiche. On passe te prendre dans une demi-heure. Alors, bouge-toi, on arrive. »

Oh my god, je suis dans la panade. La tête face au miroir, je fais peur : un zombie. Il ne manquait plus que ça. Les girls débarquent, l’appartement est une zone sinistrée, j’ai la tête dans les choux et rien à me mettre. Super le samedi soir, cauchemar en vue. Bravo Gisou t’es la meilleure. En mode looser, continue comme ça, si tu n’arrives pas à perdre tes kilos, tu auras beaucoup plus de facilité pour perdre tes copines.

 

 

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Noémie, Laurie et Tiffanie débarquent chez moi en tenue de chasseuses. Ces demoiselles ont prévu de sortir en boîte sans aucun doute. Les visages peinturlurés et pailletés à outrance, elles sont métamorphosées.

 -       Paraît que tu as fait des tiennes Gisou ?

Elles sont hilares, l’apéro a déjà eu lieu, elles sont gaies et excitées comme des puces. Chacune d’entre elles a les bras chargés de paquets et sacs en tous genres.

-       On fait comme chez nous Gisou.

Je n’ai pas le temps de réagir, qu’elles s’emparent de mon appartement et installent un camp de base dans mon salon.

-       Bon, on va la faire courte. J’t’explique, écoute bien ce qu’on a prévu pour toi.

On a dévalisé le Chinois en bas de chez toi. On dîne ici et ensuite on t’emmène te déhancher en boîte.

-       Ce n’est pas la peine de nous sortir le registre du Caliméro « je n’ai rien à me mettre, je suis une pauuuuuuvre Gisou ». Ça ne marche plus.

Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Laurie est plantée en face de moi, les yeux dans les yeux pour être bien sûre que je ne m’esquive pas.

-       Ensuite, nous te prenons en main et nous occupons de ta tenue. Avant de venir, on a écumé tout Grenoble pour te trouver la panoplie complète de la chaude Gisou.

Noémie tient à bout du bras un sac rempli de vêtements, qu’elle s’empresse de cacher derrière un fauteuil. Ouh là, je crains le pire.

Tiffanie ne dit rien, mais a du mal à retenir un rire annonciateur de la pire soirée de ma vie. Elle sait ce qui m’attend et elle s’en réjouit à l’avance. Mon regard est attiré par les victuailles qui s’amoncèlent sur la table basse de mon salon. Elles ont fait une razzia chez le traiteur chinois du coin de ma rue. Nems, riz cantonais, rouleaux de printemps, crevettes épicées, beignets n’attendent qu’à être dégusté.

Tiffanie sert un verre de rosé à chacune d’entre nous et demande à porter un toast.

-       Au renouveau de Gisou à qui nous allons redonner la forme avec ses formes.

Le rosé tout d’un coup à de mal à passer, je les observe toutes les trois et finalement ma confiance s’estompe en même temps que les minutes s’égrainent. J’ai du mal à participer à leurs plaisanteries, à entrer dans leur délire tellement je ne pense qu’à l’après-repas. Elles arriveraient presque à me couper l’appétit les garces. 

 

 

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Magali Aïta

 

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