Magali Aïta - Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (30 et 31)

Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (30 et 31)

 

 

 

L’odeur de la transpiration chargée en testostérone me prend à la gorge dès que j’ai poussé la porte d’entrée. Pas de doute à avoir, je suis bien dans une salle de sport où les pratiquants viennent pour suer. Je suis déjà repérée, s’approche un charmant jeune homme, genre le Ken à Barbie. Un joli bronzage, les traits du visage sont fins, sous son débardeur, se deviennent des tablettes de chocolat craquant.

-       Vous êtes Mademoiselle Gisou, c’est bien ça ?

Ca se voit tant que ça que je m’appelle Gisou ? Bon, d’accord, je détonne un peu dans le paysage. Avec ma tenue de sport has been et mes formes généreuses, je n’ai rien à voir avec les belles plantes que je croise au fur à mesure que Ken me vante les mérites de chacune des machines à tester.

-       Je serai votre coach pour cette soirée. Je vais vous concocter un petit programme sur mesure. Suivez-moi.

Il me dirige vers son mini bureau. Je remplis un questionnaire classique. Puis, s’ensuit une discussion sur mes motivations pour avoir posse les portes du centre.

-       Pertes de poids c’est bien ça ?

Hum, je n’en avais jamais parlé avec lui, ni au téléphone, ni depuis que je suis arrivée. Facile à deviner certes, mais l’entendre dans sa bouche ça m’énerve. Finalement le Ken n’est pas si charmant que ça.

-       Gisou, je te présente ton nouvel ami.

Il me montre un vélo High tech, dont il m’explique la simplicité d’utilisation. Côté facilité, je demande à voir. Pour l’instant, il s’occupe de tout. Je me retrouve reliée à la machine par un fil virtuel. Autour de mon torse, je découvre ce qu’est un petit appareil qui a pour mission de contrôler ma fréquence cardiaque. Dès fois que je meurs sous le coup de l’effort. Je me sens tout de suite en grande confiance… Le Ken est un peu rabat-joie. Mais il continue sa litanie d’explication. L’intérêt du vélo pour « le cardio et brûler les graisses ».

-       On ne va pas se mentir Gisou, au début ce sera un petit peu dur mais si vous venez régulièrement vous serez récompensée de vos efforts.

Noémie sort de ce corps, à croire qu’ils se connaissent. Plus je l’observe, en silence, plus je me dis que Ken est un peu une Noémie au masculin. Ils sont fait dans le même moule et prennent leur pied dans la sueur et l’utilisation de machines toutes plus démesurées, les unes que les autres.

 

Une pétasse botoxée me tient compagnie, elle enchaine les abdominaux en rythme avec une facilité agaçante. Après m’avoir jaugée d’un coup d’œil, elle continue ses exercices en m’ignorant lamentablement. C’est sûr qu’elle a la ligne, pas de doute elle doit brouter la laitue pour être d’une telle minceur. Elle ne s’intéresse qu’à l’image que lui renvoie le miroir en face de nous. Sauf erreur de ma part, elle scrute la contraction de ses muscles, comme s’il pouvait grossir le temps de son effort. Ken me laisse un moment, me voici  seule avec Barbie girl. Je me décide à pédaler, à un rythme raisonnable, il paraît qu’il faut commencer tranquille pour chauffer les muscles. Le vélo a été programmé et va changer progressivement de vitesses. Je n’ai rien à faire si ce n’est à pédaler.

 

Rapidement je suis trempée de sueur, en moins d’un quart d’heure, j’ai déjà vidé la moitié de ma bouteille d’eau sous le regard effaré de ma voisine. Je comprends mieux l’utilité de la serviette de toilette à avoir avec soi. Je m’éponge le front, le cou, et cherche du regard Ken. Il discute avec un monsieur muscles, aucun doute, il n’est pas débutant. Charmant le monsieur, finalement la salle de sports peut devenir intéressante…

Les minutes filent, la dureté du coup de pédale est de plus en plus importante. J’oublie tous ceux qui m’entourent pour me concentrer sur mon effort et le bip-bip de cardio qui s’emballe. Ca clignote dans tous les sens, mais je continue le regard fixé sur les calories qui défilent au compteur.

 

Je n’entends pas Ken arriver qui me surprend en plein effort.

-       On va arrêter là pour aujourd’hui Gisou.

Je rejoins le vestiaire en tenant la tête haute, hors de question que Barbie girl se délecte de mon état de décrépitude.

A l’abri des regards je m’effondre. La douche n’y peut rien. Diantre, je suis épuisée.

 

Un faible au revoir à Ken qui me sourit de ses dents blanches. La promesse de revenir donnée, je retourne à l’arrêt de bus.  

 

 

*

 

 

 

À peine rentrée à la maison, je n’ai qu’une idée en tête : trouver l’équivalence des calories perdues. Quelle déception ! Tout ça pour ça ! Mon effort équivaut à une barre chocolatée ! En gros, tu manges une barre chocolatée en deux minutes chrono et tu perds son équivalent en une heure, cherchez l’erreur. Mais je ne me laisse pas abattre pour autant toute contente d’avoir franchi un cap important. La roue tourne et j’y suis pour quelque chose, je ne laisse pas le destin mener ma vie comme bon lui semble, je contribue à équilibrer le sens des choses et cette sensation nouvelle est assez stimulante. Il ne me manquerait plus qu’un homme pour m’accompagner dans le changement et je serai la plus heureuse. C’est bien là que le bât blesse. Roméo est long à venir… Et si je prenais les rênes du carrosse pour me mener jusqu’à lui au lieu d’attendre bêtement en haut de ma tour qu’il se décide à escalader la muraille ?

 

Je m’endors à même le canapé rêvant d’histoire de prince et de princesse. Et la demoiselle a mon visage, il lui arrive une belle aventure, l’une de celles que l’on trouve uniquement dans les dessins animés. Du coup lorsque je me réveille, le cou cassé par la mauvaise position de la nuit, la chute est haute. Plus de prince, juste le froid du carrelage sous mes pieds, les courbatures du vélo dans les cuisses et les mollets, la nuque raide comme un bambou. Une Gisou à la tête de déterrée qui reprend son service dans l’après-midi.

 

La dernière fois que je suis rentrée dans une parfumerie, j’ai mis deux mois avant de remettre mon compte bancaire à flots. Mon cher banquier s’est autorisé à me passer un savon alors que c’était d’une autorisation de découvert dont j’avais urgemment besoin. Bref, j’ai promis, je ne fauterai plus à me laisser à flâner dans les rayons des salons de beauté… Sauf, que l’hiver est arrivé avec ses températures glaciales, le nez qui coule et les cernes sous les yeux. Changement de saison disent les anciens, peut-être bien, mais j’ai tout de même le visage guère avenant, je fais peur. Le reflet dans la glace n’est pas en mon honneur, j’en conviens à regret. Bref, j’ai besoin d’un ravalement de façade en profondeur. Gisou, il est grand temps de sortir la truelle, le chantier est à engager, histoire de retrouver figure humaine à quelques jours de croiser le père Noël. Comment faire quand on n’a pas de tune au fond des poches, ni de galant pour vous offrir les produits tendance dont les magazines nous font la promo à chaque page ? Le système D les filles !

 

Je migre de la salle de bain vers la cuisine, abandonnant ma serviette de toilette pour mon tablier de cuisinière, je me transforme en moins d’une minute en une sorcière des temps modernes. C’est dans mon frigo et mes placards que je trouve tous les ingrédients miracles pour me préparer THE masque exfoliant made by Gisou, oh, yeahhhhh !

 

Je m’en lèche les babines, en carence de sucre depuis si longtemps, je bave d’envie :

 

-       2 cuillères à soupe d’huile d’olive (pour l’hydratation)

 

-       3 cuillères à soupe de miel (pour l’éclat et la douceur)

 

-       1 citron (pour resserrer les pores et donner de l’éclat)

 

-       6 cuillères à soupe de sucre (pour l’effet exfoliant)

 

La recette, je suis allée la piquer sur le site d’Elle, merci, Google… Je suis les consignes à la lettre, en apprentie sorcière appliquée.

 

« Dans un petit pot, mélangez l’huile d’olive avec le miel. Ensuite, pressez le jus d’un citron et incorporez-le au mélange. Pour terminer, ajoutez le sucre d’un coup et mélangez. Vous devriez rapidement obtenir une pâte homogène bien épaisse et légèrement granuleuse à l’odeur très gourmande. » Ah ben ça pour être gourmande, elle est gourmande la recette, j’t’explique même pas la concentration de sucre et de calories au cm2, OMG ! Je suis super excitée à l’idée de tester sur le champ cette mixture miracle si j’en crois la journaliste. Je retourne fissa dans la salle de bain toujours emmaillotée dans mon tablier de cuisinière méga sexy dans la catégorie p’tit boudin. Je suis une vraie gosse qui va commettre une bêtise, je continue à suivre la formule magique : « Une fois le mélange terminé, appliquez la pâte sur votre visage en massant fermement votre peau à l’aide de petits mouvements circulaires. Les grains de sucre permettront un gommage tout en douceur pour éliminer les impuretés. Ensuite, laissez poser le masque dix minutes puis rincez à l’eau tiède. Le reste du masque se conserve trois jours au frigo. » J’applique généreusement à la truelle l’enduit, un bon crépi, puis je me fais un malin plaisir de lécher le bout de mes doigts, je stoppe avant la crise de diabète. Je vous laisse imaginer le tableau, moi Gisou, sex-symbol reconnue, avec mon tablier, le visage enduit d’un truc gluant au possible, je suis un vrai remède contre l’amour.

 

Oups ! Mais c’est que le bazar commence à me gratter, les grains de sucre, granuleux à souhait semblent ne pas être au goût de mon épiderme capricieux. Oh la bonne idée que j’ai eue là… Et si je faisais une petite intolérance au miel, hein ??? Parce que là tout de suite, j’ai des boutons qui sont en train de venir s’installer en plein sur mes joues et  menton ! Ah là, je crois que c’est le pompon, je fais une urticaire géante. Affreuses démangeaisons, les doigts dans le mélange, j’essaye de me débarbouiller le plus vite possible, mais le mal est fait.

 

- Allô docteur, c’est pour une urgence…

 

 

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Tous droits réservés

Magali Aïta

 

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Commentaires (2)

1. AlysonDlw (site web) 11/10/2017

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2. AlysonUcl (site web) 09/10/2017

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