Magali Aïta - Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (18 et 19)

Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (18 et 19)

 

 

Les cons, c’est comme la patrouille de France, ils volent en escadrille. Et bien, les amis, croyez-moi, aujourd’hui, c’est le 14 juillet. Ils se sont tous donné rendez-vous à ma caisse. Mais le pompon revient à madame la bourgeoise qui regarde d’un air snobinard le pot de cornichons se fracasser contre le sol et qui fait mine de n’y être pour rien. Et cette madame ne s’excuse pas, elle me regarde nettoyer, avec ma serpillère vestige de la guerre 14-18, les éclats de verre, les cornichons qui se font la belle dès que je tente de les attraper, les grains des aromates qui roulent de partout. Ce soir, je suis au bord de la crise de nerfs avec l’envie folle de leur hurler d’aller tous se faire FOUTRE. Non Gisou, garde ton calme, oui ce sont tous des c…, non tu n’as pas le droit de le leur dire. Gisou, n’oublie jamais que tu es payée pour leur sourire et que ton amabilité fait partie des principaux critères de ton évaluation annuelle. Et que la mère supérieure qui te sert de chef de caisses est à l’affût de chacun de tes débordements. Madame la bourgeoise s’impatiente en tapant du pied, l’attente lui semble trop longue, elle souffle. Si seulement je pouvais lui fourrer un cornichon dans le… non Gisou, lève-toi ces vilaines pensées de la tête, ressaisi toi ma fille. Ne lui fais pas ce plaisir, elle ne le mérite pas. Mes doigts poissent de vinaigre et autres conservateurs en tout genre. Je reprends mon poste de travail avec l’unique objectif d’accomplir ma tâche sans mouvement d’humeur. La mince affaire lorsque je manque de sommeil et de lucidité. C’est le moment que choisit mon pervers du rayon des produits laitiers pour pointer le bout de son nez. Lui aussi, le cornichon… Je le surveille du coin de l’œil, son manège immuable recommence. Il n’est pas bien tranquille comme bonhomme. Il doit lui manquer un grain, ça ne tourne pas rond à tous les étages et il faut que ça me tombe dessus. J’ai remporté le premier prix low cost, même en solde celui-ci personne n’en veut. Et c’est sur moi qu’il a jeté son dévolu. Il porte les mêmes vêtements has been. En plus de l’odeur du vinaigre, il va falloir que je supporte la sienne. Finalement madame la bourgeoise avec son n°5 avait l’avantage d’apporter un peu de raffiné entre les rayons. Travailler en caisse comporte sa dose de risque et aujourd’hui il relève du sanitaire. Il en a fini de son petit manège et s’approche afin de présenter ses articles qu’il pose précautionneusement sur le tapis. Il me sourit mettant en valeur ses dents cariées, son haleine fétide me saisit et me provoque un haut-le-cœur. Souffrance au travail, ça y est, j’en suis, maltraitée par cet énergumène qui ne se doute même pas de l’effet qu’il me procure : la répulsion. Nous sommes une vingtaine de caissières, et c’est sur moi qu’il pose son regard vicieux. Il me met à poil et se retient de se lécher les babines. Ses doigts aux ongles longs abritent ne concentration de germes et microbes. Rien que de toucher les emballages, qu’il a auparavant saisis, me dégoûte au plus haut point. Je remarque de nouvelles taches sur son pull. Je n’ose imaginer l’état de ses sous-vêtements, l’horreur !

-       Au revoir, mademoiselle.

Oui, c’est ça, part loin de moi cochon. Adieu même tant qu’on y est.

Il vient de me décider, à compter de ce jour, je prends un abonnement au loto. La super cagnotte dans la poche et hop, ni vue, ni connue, je m’exile sur une ile déserte, peuplée d’hommes célibataires à la plastique des Dieux du stade. Oui, je rêve, mais ça ne fait pas de mal. D’ailleurs en parlant de physique, j’ai un grand chantier qui m’attend en parlant du mien. Et là, ce sont les travaux d’Hercule qui se profilent, un challenge pharaonique. La culpabilité de mon bain de Chartreuse d’hier est bien présente. J’ai enchaîné les cafés toute la journée, mais j’ai comme le sentiment que l’alcool coule encore dans mes veines. J’ai abusé et les remords sont bien là, j’ai le contrecoup de mon incapacité à résister à la moindre tentation. Pour rattraper la situation, je n’ai pas grignoté le moindre bonbon. Pourtant, le paquet est à portée de main, mais je l’ignore malgré le ventre qui gargouille depuis le milieu de l’après-midi. Ma collègue vient prendre la relève. J’ai les jambes lourdes, je rejoins les vestiaires, plus pressée que d’habitude. J’ai une course urgente à faire.

 

 

 

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Regard circulaire à 360°, je prends mes marques dans le temple de l’électroménager. Ma pauvre Gisou te voila embarquée dans les rayons surchargés de produits High Tech flambant neufs. Appareils photo, téléviseurs, smart phones, tous pls rutilants les uns que les autres, attendent le client. Rapidement, je les dépasse sans leur accorder mon attention, captivée par un robot ménager multifonctions. À en croire son emballage, il sait tout faire, grâce à lui aucune recette de cuisine ne peut être ratée. Ben voyons… C’est vrai qu’il est beau, bien mis en valeur en tête de gondole. Une petite voix me rappelle à l’ordre. Je ne suis pas venue pour acheter un nouvel accessoire de cuisine, mais pour trouver… LE pèse-personne idéal. Sauf qu’en matière de balance, je n’y connais rien. IL faut dire qu’elle et moi nous sommes en froid… glacial.

 

Un vendeur s’approche, le sourire de jeune premier scotché aux lèvres. Je suis dans sa ligne de mire, il a en tête son chiffre de ventes à accomplir. Il le complètera grâce à moi. Vingt ans à tout casser, mais un aplomb rare. Chemise parfaitement repassée, par maman, costume fraichement acquis, chaussures lustrées jusque dans les moindres recoins. L’étalon commercial dans toute sa splendeur.

 -       Je peux vous renseigner, madame ?

 Je lui désigne d’un mouvement de la tête, une dizaine de pèse-personnes, du plus simple au plus sophistiqué. Une poule qui a trouvé un couteau, voilà à quoi je ressemble. Il me parle de choses que je ne comprends pas, de masses graisseuse, musculaire, d’eau, etc. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, il ne voit pas que je ne l’écoute déjà plus, que je suis en brasse coulée. Je le laisse poliment diffuser sa science, réciter consciencieusement la fiche technique du produit : un impédancemètre. Il m’énerve avec ses grands airs, ses manières disproportionnées. Il en fait trop, on dirait qu’il veut me vendre le dernier modèle de chez Ferrari. Mais moi, je veux un truc simple : je monte dessus le bazar et hop, le poids s’affiche. Limite, une balance avec une aiguille me suffirait amplement, du moment qu’elle ne s’affole pas à la constatation de mon poids. 

 -       Merci, je vais prendre la plus simple et au passage, la moins chère.

 Je le plante là, dans son rayon sa phrase à moitié terminée. Mon carton sous le bras, je m’en vais m’acquitter de la note. Débuter mon régime, telle est ma condamnation pour avoir sombré dans les bas fonds de la gourmandise. La sentence est sévère, mais elle n’est pas à perpétuité. Il suffit juste de me motiver.

 

Dans le bus qui me ramène à l’appartement, j’essaye de me souvenir si j’ai eu un jour un poids conforme à la courbe moyenne de la femme idéale. Je ne parle pas de celle des magazines, non juste celles qui ne mettent pas leur santé en danger. J’ai beau remonter loin dans les souvenirs, j’ai toujours été ronde, dans un environnement peuplé de rondes. Vous savez, le capital génétique que l’on se transmet de génération en génération avec toutes les optons qui vont de pair : cellulite, vergetures, bourrelets disgracieux, etc. J’aurai mis quarante piges à me décider pour rompre avec cette fatalité. Pour y arriver, je dois changer beaucoup de choses à ma routine, à mon mode de vie. En suis-je capable ? À voir, par contre, je sais que je n’ai que deux choix possibles :

 -       m’assumer telle que je suis et accepter mes rondeurs en les valorisant et plus en tentant de les cacher sous des pulls trois fois trop grands ;

 -       me donner les moyens de me métamorphoser en supprimant les kilos superflus.

 J’opte pour le second scénario, réflexion menée dans un bus bondé avec l’estomac qui crie famine. Cherchez l’erreur !

 

 

 

 

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Magali Aïta

 

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Commentaires (1)

1. AlysonLxt (site web) 08/10/2017

Hi everyone! Lately I have been dealing with a lot of personal issues. Friends and doctors keep telling me I should consider taking medicine, so I may as well this and see how it goes. Problem is, I haven't taken it for a while, and don't wanna get back to it, we'll see how it goes.

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