Magali Aïta - Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (14 et 15)

Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (14 et 15)

 

 

Après-midi maussade, soirée dans la même lignée. J’ai retrouvé mon petit appartement perché sous les toits.  Je traine mes savates sur le lino de mon plancher, à force de tourner en rond je vais finir par le creuser. J’ai ouvert mon frigo et l’ai refermé immédiatement. Alerte, danger, à croire que Justin Bridou est passé par là, une concentration de charcuterie monopolise un tiers de la surface utile. Le reste est occupé par un panel de fromages fort alléchants et un rayon de crèmes dessert indécent. Où sont les légumes me direz-vous ? À croire que mon caddie les a casés dans les spams. Une boîte de haricots verts, esseulés sur l’étagère de mon garde mange patiente depuis quelques mois, égrenant les derniers jours de sa date de péremption. Une légère couche de poussière témoigne de son isolement, casée entre la boîte de riz et le paquet de lentilles. Elle est l’intruse, pourtant sa mise en quarantaine touche à sa fin. Ma bonne conscience, désespérée, voit là le message de renouveau auquel la nouvelle Gisou ne peut rester indifférente. Lorsque je tire sur la languette en fer, elle émet un POC de contentement. Délivrés de leur solitude, les haricots tombent dans la casserole avec empressement. Leur sort les amène dans mon assiette en moins de dix minutes passées à les contempler se dorer le ventre à même le revêtement anti abrasif. Une noisette de beurre vient les rejoindre et parfait leur bronzage. Ils sont à point, à la bonne température, lorsqu’ils retrouvent fourchettes et couteaux. Avoir sauté mon déjeuner m’a ouvert l’appétit. Je leur fais honneur, leur durée de vie se compte en secondes. Je n’ai pas le temps de réaliser que déjà, je n’en ai plus… Je me suis goinfrée… et j’ai encore faim. Je retourne dans le frigo, des tranches de jambon blanc, acheté pour préparer mes sandwichs n’attendent qu’à sortir de leur emballage. Aussitôt dits, aussitôt faits, les voici effectuer un triple salto dans mon assiette, rejoignant le restant de matière grasse des légumes. Je résiste à l’appel du pain, la baguette de la veille me fait de l’œil, mais je l’ignore. Pour faire durer le jambon plus longtemps, je le coupe en petits, tous petits morceaux dans lesquels je pique un par un. Deux tranches plus tard, j’ai ENCORE faim. J’oublie le fromage, ou du moins, je me l’interdis. Je zappe l’étape « produit laitier » pour passer à celle du fruit. J’ai le choix entre banane et banane, et bien ce sera banane. Il me faudra plus de temps à lui enlever la peau et les minuscules fils qui la recouvrent, que de la gober. Un repas qui aura duré dix minutes, à la fin duquel, je crève de faim. Je vous le dis, ce n’est pas gagné. J’aurai bien accompagné mon café par une, voire deux barres de chocolat. Mais une petite voix me dit que je suis sur le chemin d’une nouvelle vie et que je ne dois pas gâcher ce premier repas du renouveau. De bonnes résolutions, mais combien de temps vais-je tenir ? La dernière fois que j’ai tenté de maigrir, j’ai tenu 48 heures avant de me venger sur un paquet de bonbons, au chocolat bien entendu, mais ça vous vous en doutiez. Bref, je fuis la cuisine, pour rejoindre mon canapé, celui complice de ma goinfrerie nocturne. À peine installée devant le téléfilm le plus naze du programme TV que mon ventre se met déjà à gargouiller. Il ne comprend pas ce qui lui arrive, des haricots verts et puis quoi encore, des épinards tant que tu y es non ? Pour oublier les crampes qui se font lancinantes, je préfère repasser, préparer une machine, ranger l’appartement de fond en comble. Malgré cette hyper activité nocturne, je me résigne à me coucher vers 23 heures. J’ai toujours faim, aussi je m’endors en comptant les saucissons à défaut de moutons.       

 

 

 

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Nous sommes mardi soir, je quitte Super Q à 20 heures. Je suis vannée, abasourdie par le brouhaha des clients et du grand rush de la fin d’après-midi. Mais je ne rentre pas chez moi directement. J’ai reçu un message d’Aurélie qui m’invite à une soirée Tupperware chez elle avec les voisines de son HLM. C’est le début du mois, j’ai touché ma paye, été débitée de mon loyer, il me reste suffisamment d’argent sur ma cagnotte pour m’autoriser quelques coups de cœur. Je rejoins le domicile en bus, qui me dépose au pied de l’immeuble. Aurélie est à la fenêtre et me siffle dix étages plus haut. Côté discrétion on peut faire mieux, je fais comme si je n’étais pas concernée par cette agitation. Un groupe de jeunes est attroupé juste devant la porte d’entrée donnant accès à la cage d’escalier. Ils sont attroupés autour du plus jeune d’entre eux qui leur montre un clip vidéo sur son Smartphone. Un grand gaillard, la casquette vissée à l’envers, tente des pas de danse en rythme sur la mélodie hip-hop.  Je me fraye un chemin pour passer. À chaque fois que je rends visite à ma copine, je reste sans voix devant la vétusté des lieux et l’odeur d’urine qui se dégage du hall d’entrée. Les boîtes aux lettres sont taguées, gravées au cutter dans un bois qui date de plusieurs décennies. Rares sont celles qui ferment encore à clés sans être rafistolées. L’ascenseur est encore en panne, le contraire m’eut étonné. L’ascension des dix étages a commencé. Le premier, a été une ballade, une tour de chauffe, le second la ballade se transforme en randonnée, le troisième en escalade, le quatrième en via ferrata, le cinquième en… Je ne sens plus l’air abreuver mes poumons qui sifflent, les mollets se durcissent, les cuisses se font douloureuses. Arrivée tant bien que mal au dixième après une halte expresse au huitième, je suis accueillie par une Aurélie surexcitée. Elle ne me laisse pas le temps de reprendre mon souffle, me tire par la manche et me fait rentrée dans son petit appartement om se tasse une douzaine de voisines et copines aussi déchainées que la maîtresse des lieux. Chez Aurélie, changement de décor. Son univers est coloré, d’inspiration compte des mille et une nuits. Dorures, tentures, voilages, tapis et coussins ont la part belle.

 

-       Nous t’attendions avant de commencer Gisou.

 

En un rien de temps me voilà avec un verre de thé à la menthe fumant à la main. Sur la table basse du salon, des plateaux remplis de pâtisseries orientales appellent à être dégustés. Je détourne la tête pour me concentrer sur la démonstratrice qui a commencé à déballer sa marchandise et présente aux invités les cadeaux que l’hôte gagnera en fonction des ventes de la soirée. Je suis venue avec en tête l’envie d’acheter des moules à gâteaux en silicone. Le hic, je ne pourrai plus en manger, alors à quoi bon en acheter… Je me concentre sur le catalogue des produits proposés. Il n’y a que l’embarra du choix. Nous assistons à la promotion de chaque accessoire, avec des mérites tous plus importants que les autres. Chacune y va de son commentaire, le tout entrecoupé par les rires et taquineries. L’ambiance est tellement dissipée que rapidement la soirée se transforme en une joyeuse pagaille. J’ai bien fait de venir, ma morosité s’échappe et la bonne humeur contagieuse me gagne. Il est 23 heures lorsque les convives retournent dans leurs appartements respectifs.

 

-       Gisou, reste dormir ici, tu ne vas pas rentrer de nuit.

 

L’idée ne me déplait pas, avec tout ce que j’ai dépensé, je n’ai pas vraiment de quoi prendre un taxi. J’ai acheté toute une collection de moules à tarte, cake, muffin etc… Et pour me donner bonne conscience, un appareil pour émincer et râper les légumes…

 

Je vais passer la nuit sur un matelas gonflable qui grince à chacun de mes mouvements, installé dans la chambre d’Aurélie. Nous discutons dans le noir, telles deux adolescentes. L’heure est à la confidence.

 

 

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Commentaires (1)

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