Magali Aïta - Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (10 et 11)

Magali Aïta - Les histoires de princesses n'arrivent pas qu'aux autres (10 et 11)

 

 

L’ambiance monte d’un cran, le DJ enchaine les tubes les uns après les autres. Après avoir trainé les pieds au départ, je me laisse porter par les mouvements de la foule. Mon corps redécouvre des sensations de liberté cloisonnées depuis plusieurs années par un véto moral dû à un surpoids non assumé. Pourtant cette nuit, malgré les talons, la robe, j’oublie les contraintes et je me lâche. Ce n’est pas passé inaperçu, les filles toujours à mes côtés m’observent discrètement d’un regard bienveillant.

«  Tu vois que tu as bien fait de venir » hurle Tiffanie, illustrant ses propos par de grands gestes frénétiques. J’acquiesce, soulagée par la tournure de la soirée. La proximité des corps accolés invite au rapprochement. L’heure des slows est arrivée, je m’éclipse, retrouvant le canapé, seule. Les trois copines ont été invitées, des mots se susurrent au creux de l’oreille, des baisers et des caresses s’échangent, prouvant que la soirée a été riche. Les minutes me semblent longues, je bois un cocktail pour passer le temps plus que par réelle envie. Je n’ai qu’une idée en tête : retrouver ma couette. Mais mes chères hyènes sont bien accrochées à leurs proies. Il ne sera pas simple de les amener sur le chemin de la sortie. Je me sens de trop et n’ayant pas l’âme à porter les chandelles jusqu’à l’aube, je m’éclipse discrètement après avoir réservé un taxi.   

-       Alors, vous avez passé une bonne soirée, madame ?

J’acquiesce, soulagée de retrouver le calme et la sérénité de la nuit. Grenoble est déserte, je suis rapidement déposée en bas de mon immeuble.

Une nouvelle fois, je rentre chez moi, seule. Je ne me ferai jamais à cette situation. Me résigner au célibat, ce n’est pas mon style. Mais ma confiance dans mon capital séduction est proche du néant. Alors je préfère me débarrasser de ma tenue ridicule et me réfugier sous la douche.

 

À peine glissée dans mon lit, j’envoie un texto à Laurie pour la rassurer sur mon échappée. Je l’imagine bien trop concentrée sur son compagnon de soirée pour voir le message. Je me sens moins ridicule cependant… Je m’endors à l’aube malgré la sensation que mon lit bouge tout seul. Les cocktails me jouent des tours… Je ris seule dans le noir, je me moque de moi, de cette solitude, de cette vie à la con que je me dois d’assumer. Lundi, je devrai retourner derrière ma caisse et rien qu’à cette idée, j’en ai la nausée.  

 

 

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Le réveil sonne avec une telle intensité qu’il ne peut s’agit d’un mauvais rêve, non, je dois me résigner à sortir de ma torpeur matinale. Le week-end est bel et bien terminé, une nouvelle semaine commence. Mais là, tout de suite, c’est d’un grand noir dont j’ai besoin. N’allez pas vous imaginer n’importe quoi… c’est d’un café dont je parle. Seule l’absorption de ma potion magique arrivera à me donner l’énergie nécessaire pour rejoindre Super Q.

 

Après avoir passé mon dimanche à comater sur le canapé, le retour à la réalité est dur. Dans les vestiaires j’enfile ma tenue de travail tue-l’amour, bien fade à côté de celle avec laquelle je suis sortie samedi en boîte. Armée de mon paquet de nounours à la guimauve et au chocolat, je rejoins ma caisse. Je traine les pieds, comme chaque lundi, je suis d’humeur renfermée, sans envie d’échanger avec qui que ce soit. À la différence prés que : entre mes désirs et la réalité s’est dressé un mur quasi infranchissable.

 

Gisou, bouge-toi, le show commence, entre dans la peau de ton personnage. Le bal des faux culs a débuté. Tu en es l’actrice principale, donne-nous le meilleur de toi même ! Les clients se pressent, le sourire est de rigueur. À l’abordage !

 

Depuis mon fauteuil – tour de contrôle, j’ai vue sur le vigile qui lève le rideau de sécurité en métal. Les premiers caddies sont poussés dessous, sans même attendre que le mécanisme soit arrêté. J’hallucine chaque matin, c’est la même scène. Moyenne d’âge, 60 ans, une vague de têtes blanches déferle dans les rayons, comme ci leur survie dépendait des victuailles à stocker vite, dans leurs chariots. En couple, pour certains, monsieur pousse et madame trottine à la recherche du produit idéal. Celui de la publicité reçue dans la boîte aux lettres, en promotion, dont elle a noté le prix sur sa liste de courses.

 

La matinée est longue, à écouter les gens raconter la météo, leurs petits tracas, la feuille d’imposition reçue, tous les faits divers déversés écoutés à la radio avant d’arriver au supermarché. Je fais semblant de les écouter, mais je ne les entends pas. Je m’en fiche de leurs histoires, je n’ai qu’une envie, retrouver les copines pour débriefer la soirée de samedi. Si je suis rentrée bredouille de la boîte, apparemment, des poissons ont été pêchés et si j’en crois les échanges par SMS de dimanche, c’était du beau, bien frais et sans écaille.

 

Une collègue de travail vient vers moi d’un pas décidé.

 -       C’est la relève. Je prends la suite.

 -       Mais déjà ? Ce n’est pas l’heure.

 -       Gisou, t’es convoquée à la visite médicale. T’as pas oublié ?

 

Euh... si, le moment de l’année du sermon a sonné. Je vais devoir me coltiner le médecin du travail. La loose.

 

 

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Magali Aïta

 

 

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