Mathieu La Manna - Poésie, je t’aime. Poésie, je te déteste. - 16e Printemps des poètes

Poésie, je t’aime. Poésie, je te déteste. -

 

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Texte publié  dans le cadre  du 16e Printemps des poètes pour Variations d'une plume

 

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Grain de poivre sur la table de mon univers, point noir esseulé dans l’horizon sur l’Immaculée de ma terne lueur. Parcelle de mes moyens rompus, illusion aux écumes coupantes d’amertume. Portrait d’un miroir en triste d’être. Soupir de ma vie dans la honte de l’insuccès, insuccès des nues de ma page martelée par le vide qui la compose.

 

Chanson en feuilles mortes sur le pavé de ma quête, je ronge mes freins de patience. Perte de vitesse dans l’angoisse qui monte en pointe de flèche sans le carquois de mon exil. Faute de mots, faute de mieux, je ne peux que tenter sans vraiment y parvenir. Objectif dans une finale se coiffant d’un idéal en couronne de laurier, inatteignable dans mes incapacités à rendre le beau qui me guide. Frêle esquisse d’une ébauche en guise d’un brouillon acceptable, je cherche à créer la beauté à l’image de ce à quoi j’aspire. Poème en bouton de fleur à humer sans prétention, je coiffe mes essais de plusieurs erreurs en proie de m’habituer à l’échec.Craindre de s’habituer à moins que l’Espérer fait mordre la poussière de ma négligence.

 

Rêve pourtant, rêve du lointain, rêve à cueillir dans un vol de mésanges, mes anges en tombe d’aurore, cordage en tisserand de tresses trépassées. Démarche d’aspiration et d’inspiration dans une nature en novembre gris, je chantonne le refrain de mon souffle coupé, marche en rotation giratoire, mes cercles tracés sur le pavé de ma fuite, je coule en méandre d’insomnie.

 

Lecture à compléter, lecture à retourner dans leurs libellés, lecture de ma situation fragilisée par l’introuvaille de nulle beauté. Pourtant, oui pourtant, je veux tant rendre la beauté à sa juste valeur, à ces mots en attentes d’être conjugués. J’écoute, je lis et je vois la vie de mes yeux flétris, trébuchant de l’espérance de parvenir à un texte parvenu à la hauteur de ce que je voudrais.

 

Poésie, poésie, je t’aime. Poésie, poésie, je t’adore. Poésie, poésie je te déteste. Poésie, poésie, je vis pour toi. Ma demande simple, mais frémissante, rendre hommage à ce que tu es. Rendre les beautés qui t’habitent en de délicieux vers, sur un chantant de mélodie accrochée à la portée en clé de sol. Poésie, poésie, j’aspire à être toi.

 

Jalousie dans l’envie, jalousie dans l’écart entre ce qui me vit et ce que tu es. Jalousie de ta soif inassouvie, tu taris mes élans, car je te sais inaccessible. Inaccessible parce qu’insaisissable, seule toi est le chef d’orchestre de ta propre symphonie. Toi, qui pianote sans effort les images peuplant l’axe d’une balade.

 

Toi, seule peintre sur les taches des couleurs de mots sur une toile d’huile parfumée de camphre et de nard. Toi, reine des reines, surplombant tes disciples qui n’ont d’yeux que pour toi. Toi, qui seule trône sur le sommet indomptable de ton podium de gloire, gloire chantée par tous les bardes et amoureux.

 

Pourquoi donc t’es-tu offerte à moi? Pourquoi t’es-tu ouverte à moi? Pourquoi trouble mon innocence qui voguait sur une mer sans vague? Que t’avais-je fait pour mériter cette balafre au coeur de ma désertion? Désormais, pas un jour, désormais, pas une heure, désormais, nul temps libre ne s’éprend de moi sans que tu sois dans la cible de mon regard. Toi, qui je le sais, se détourne de tes fidèles, toi qui nous charme pour nous asservir à ta merci, toi qui te nourris de nos mots calfeutrant nos silences.

 

Poésie je t’aime tant, mais pourtant, pourtant je te déteste tout autant. Ambivalence dans ce qui se cache derrière la fascination pour toi dévouée. Je ne puis t’oublier, car je ne puis me soustraire de toi. Salope d’une putain trop douce dans mes nuits, je n’ai que trop goûté à la volupté de nos songes. Moments vains en partage, d’apparence seulement. Seul moi étais amoureux dans cette union où je tentais en de viles tentatives de te satisfaire, leurre à double tranchant, car chaque fois, chaque fois c’était trop peu. Déceptions dans les plis de mon lit où tu te sauvais le matin venu. Me laissant seul dans mon désespoir de te cueillir en mots de laines, mots de pleurs, mots de rêves, mots tus.

 

Me défaire de toi j’ai tenté, mais plus forte que moi tu es. Alors oui, je me résigne à te servir, malgré la marche trop haute pour te satisfaire. Pulse en moi la vibration de tes créations, le sang qui me parcourt dans sa course folle, se répand comme l'eau dans l'abîme de mon puits sans fond. Pleurs en larmes d'être entendus, ma peine me survivra, tout comme toi qui résiste à l'usure du temps, toi l'éternel poésie.

 

Poésie, je t’aime. Poésie, je te déteste.

 

 

 

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Tous droits réservés

Mathieu La Manna

22 mars 2014

 

 

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