Luc Bertocci (Darklulu) - Rencontre d'un drôle de type

Rencontre d'un drôle de type

 

 

 

 

 

Il ne devait pas être loin de minuit.

Je faisais sortir Mirza, mon labrador, dont l’autonomie de la vessie laissait à désirer. La nuit était claire, le ciel scintillait d’étoiles, et la fraîcheur était agréable après la chaleur accablante de la journée.


Pourtant, malgré cela, je ne le vis pas venir. Remarquez, je pense que je ne l’ai vu que quand il a bien voulu que je le voie.

Le vaisseau qui se posa devant moi était semblable à ce que décrivait l’imagerie populaire. Une vulgaire soucoupe volante, des lumières multicolores clignotaient en séquence dans une configuration circulaire, du bord vers le centre. A moins que ce fut l’inverse.  Je ne sais plus trop. En revanche, j’ai gardé des souvenirs très nets de ce qui s’est passé par la suite, comme si cela se fut passé hier.


Un rampe de débarquement se déplia pile en face de moi. Mirza, plus intrigué qu’inquiet vint s’asseoir à mes pieds, la langue pendante, et les oreilles dressées. Je ne sais pas si vous avez déjà eu des labradors, mais quand ils font cette tête là, on a vraiment l’impression qu’ils sont curieux, comme si le spectacle qui se déroulait sous nos yeux médusés (enfin, surtout les miens), était le prélude à quelque chose de bien plus intéressant.

L’idée me traversa un moment de prendre mes jambes à mon cou, de fuir et de me terrer chez moi, de me réfugier dans la banale et monotone normalité de ma maison.
Mais la curiosité de Mirza était peut-être contagieuse, car je n’en fis rien. Je dus néanmoins lutter un moment avec les visions qui m’assaillaient, au fur et à mesure que les récits d’ « abductés » qui m’avaient été donnés d’entendre me revenaient en mémoire.

Machinalement, je posais la main sur la tête de Mirza, et ce dernier me jeta un coup d’œil, que j’interprétais aussitôt comme signifiant : « t’en fais pas, ça va bien se passer. »


Il se passa rien pendant ce qui me semblait une éternité, mais je ne pense pas qu’il se soit écoulé plus d’une minute.

Puis, un être vêtu comme Adam au premier jour, sorti. Il était assez petit, de couleur grisâtre, un corps et des membres d’anorexique en phase terminale. Sa tête, en revanche, était énorme. De forme ovale, avec deux gigantesques yeux noirs, et une bouche minuscule.

Malgré moi, je sentais la déception poindre en moi. Une rencontre du troisième type m’arrivait enfin, et tout cela me semblait si banal : un petit gris descendant d’une soucoupe volante. Du vu, du revu et du re-revu.

Bah ! Peut-être allait-il me demander d’être l’ambassadeur de la Terre auprès d’une grande république galactique.

Mais là encore, j’allais être déçu.

L’extraterrestre s’approcha de moi, me tendis une main droite aux six doigts si fins et si longs, qu’on aurait presque pu les confondre avec des tentacules, et me dit, dans un langage tout à fait compréhensible :


       -  Salut, c’est Alf. Je suis navré de vous déranger dans votre activité nocturne, mais, si vous avez deux minutes à m’accorder, j’ai un questionnaire à vous soumettre. Bien entendu, cela ne vous engagera à rien, et ne vous coûtera rien non plus.


Je sentis ma mâchoire inférieure pendre, presqu’à toucher le sol. De tous les scenarii que j’ai pu imaginer si un tel événement venait à m’arriver, celui-ci était bien le dernier auquel je n’aurais pu songer.


      -  Pardon ? parvins-je à articuler avec difficulté.


      -  Vous ne m’avez pas compris ? Peut-être mon traducteur est-il détraqué.


      -  Non, non, il marche très bien. Enfin je crois. Vous m’avez demandé de répondre à un… sondage ? C’est bien ça.


      -  Ce n’est pas vraiment un sondage. Plutôt un questionnaire destiné à collecter quelques informations.


Ma stupéfaction commençait à laisser la place à une légère inquiétude, mêlée de méfiance.


      -  Des informations ? Quelles informations ?


Il avait dû percevoir mes doutes, car il tenta aussitôt de me rassurer.


      -  Ne vous inquiétez pas, monsieur…


      -  Vincent. Damien Vincent.


      -  Vincent ? Ce nom ne m’est pas inconnu. Vous n’avez pas un aïeul qui s’appelle David ?


      -  Mon grand père.


      -  Décidément, l’univers est petit. Passez lui le bonjour de ma part.


      -  Il est mort…


Ah ? Alors il va bien. Donc, Damien, vous permettez que je vous appelle Damien ? Bien, donc je vous disais que je venais ici recueillir quelques informations. Rien de compromettant pour la sécurité de votre planète, rassurez-vous. Il y en suffisamment dans la galaxie pour que ne n’ayons pas besoin d’en envahir une déjà habitée.

Mirza choisit ce moment pour aller faire la fête à Alf. Ce dernier ne montra aucune crainte, même lorsque le chien se redressa pour mettre ses pattes avant sur ses épaules et lui lécher abondamment le visage. L’animal ainsi dressé et l’extraterrestre faisaient presque la même taille. Le chien était même un chouia plus grand.


     -  Ouh ! disait l’alien, c’est un bon chienchien à son papa ça. Oui ! Qu’il est beau le wah-wah !


Et cet idiot de chien qui remuait la queue de plus belle…

A ce stade je ne savais pas si je devais être dépité, en colère, surpris, ou dans un autre état dont je n’avais pas idée, tellement j’étais désorienté.

Je soupirais, sentant la lassitude me gagner. Je tentais de reprendre le cours de la conversation interrompue par le canidé sans peur mais pas sans reproche.


      -  Vous étiez en de me parler des informations, je crois, celles dont vous auriez besoin.


      -  Tout à fait ! Allez ! Va voir ton maître maintenant.


J’assistais à cet instant au premier véritable miracle de la soirée. Mirza obéit sans discuter, sans faire sa mauvaise tête, sans même un regard style « je vais mourir dans l’instant » dont il avait le secret. Non, rien de tout cela. Il vint simplement se coucher à mes pieds, et sembla s’endormir sur le champ.


      -  Oui, reprit Alf. Voyez-vous,  nous sommes en pleine campagne de recrutement pour la Société Galactique. Suite à trois supernovas et quatre trous noirs, des places se sont libérées pour cette grande institution. Nous sommes en phase de sélection des candidats.


      -  Ah ? Et quels sont les critères ?


      -  Ils sont trop complexes pour les exposer en quelques mots. Alors ce questionnaire ? Vous y répondez ou pas ? Parce que j’ai pas jusqu’à la Saint-Véga, moi !


      -  Mais il y a tant de questions que j’aurai voulu vous poser avant.


      -  Je crains que les seules questions qui seront posées à l’avenir, le soient par moi. On y va ?


      -  J’opinais du chef, plus pour gagner du temps que pour marquer ma véritable approbation.


      -  Parfait ! Avant de commencer, vous devez savoir que j’ai déjà mené mes propres observations. Donc n’essayer de mentir, je m’en apercevrai. D’accord ?


Nouvel hochement de tête.


      -  Savez-vous combien de vos états sont actuelle en guerre ?


      -  Euh… non. Beaucoup ?


      -  Trop !


      -  Pourquoi préférez-vous chauffer vos stades que vos pauvres ?


      -  Héla ! Si ça ne tenait qu’à moi, ça ferait longtemps que les stades seraient transformés en abri.


      -  Très bien. Alors pourquoi vous ne le faites pas ?


      -  Ben… parce je ne peux pas.


      -  Vous le savez parce que vous avez essayé ou…


      -  Je le sais parce que… parce je le sais, c’est tout !


      -  Bien. Vous avez pris conscience que vous détruisez votre environnement, au risque d’anéantir l’avenir de vos enfants. Pourquoi continuez-vous ?


      -  Je… parce que…


      -  Je vois. Une petite partie de la population mondiale jette la nourriture non consommée, tandis qu’une grande partie meurt de faim. Pourquoi ne pas la leur donner ?


      -  En fait… euh…


      -  Merci. J’ai ce qu’il me faut. Votre candidature n’est pas retenue. J’espère que vous aurez réglé ces problèmes pour la prochaine campagne… si vous êtes toujours là. Je vous remercie d’avoir participé à ce questionnaire. Je m’excuse d’avoir interrompu votre sortie nocturne, et vous souhaite une excellente journée.


Sur ces mots, Alf se retourna, monta dans sa soucoupe qui décolla presque aussitôt dans un silence tel, que cela ne réveilla même pas Mirza.

Quant à moi, je suis rentré chez moi. J’ai jeté soigneusement toutes les revues ufologiques que j’accumulais depuis des années, brûlé tous les ouvrages qui en traitaient, et me suis servi des DVD qui en parlaient pour faire fuir les oiseaux de mon cerisier.


Le lendemain, j’ai pris un abonnement à l’équipe, acheté l’intégrale de Stephenie Meyer, et le coffret vidéo du Gendarme à Saint-Tropez.
Enfin, j’ai allumé la télé et j’ai fait comme tout le monde. J’ai regardé le foot.

 

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Commentaires (2)

1. AlysonHcx (site web) 11/10/2017

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2. AlysonJwd (site web) 09/10/2017

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