Louyse LARIE - Artiste Peintre - Auteur

La muse africaine

 

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La Muse m'en dira tant !

 

Mon regard, vous le croisez Ici comme ailleurs.

Tant de fois, ai-je été rebaptisée de votre empreinte :

L'Africaine, L'intrigante, Femme noire, Belle Muse, se sont succédées parmi d'autres surnoms.

Il se dit que mon regard fût dessiné du voile de l'ébène, qu'il sonde les mystères de celui qui le croise, qu'il pénètre celui qui s'attarde sur lui, qu'on y voit les filaments de la lumière de la représentation du monde, qu'il subjugue, envoûte, scrute, fascine, trouble autant que ce qu'il n'intrigue , ne minaude et ne dérange !

Cette vision d'ensemble mérite toutefois d'être nuancée dès lors que l'approche des commentateurs se déplace  dans  une thématique

Bref, multiples descriptions aux détails prolifiques, j'entends résonner  à chacune de mes exhibitions.

 

 En admettant que Femme Noire

 Et Muse à vos yeux,

Je ne puisse m'y soustraire

Ni l'occulter sur cimaise en tout lieu,

Bien que relative !

En revanche, Africaine

De souche et de conviction,

Le suis-je sous réserve du doute,

Pour avoir été enfantée

De l'ivresse de la palette,

Plutôt que du continent africain

Comme à moi seule

Je pourrais le représenter, selon dires,

Alors que jalonné sur papier de coton,

Emprunté à l'illustre Ingres,

Le diluant accouché du tourment

N'a eu de cesse d'abreuver

Ma phase embryonnaire

 Des coloris de la recherche universelle

 Et du repli de l'ombre de la poésie,

Pour ne point m'avouer au final,

 Que l'antre de ma génitrice

N'était autre que celui d'une chimère, 

Assistée des doigts asservis

Du peintre à sa solde !

 

C'est ainsi que propulsée

Du feu qui prend naissance dans l'art,

On ne peut plus accoucheur,

Je me suis retrouvée à nu,

Mon identité revisitée !

Socrate avait dû confier mission

À l'enlumineur assujetti, 

À des fins d'influence,

Pour me faire naître entité ou nymphe 

De la couleur de l'Odyssée,

À la manière Maïeutique,

Aussi bien que ce qu'il n'accouchât les esprits,

Pour en avoir fait sa marque de fabrique !

La Muse m'en dira tant,

S'amusait-il à susurrer

Au sbire de l'amusoire :

Tes barbouilles créeront l'amusette,

Tes évocations la joueront musette,

Tes crayons l'éliront Muse de l'amusement,

Dût-elle échapper à la temporalité

Pour demeurer implicite et mystérieuse !

 

À tel point qu'égratignée, suis-je contrainte à prendre demeure de salons en galeries, sans que l'on ne me décrive autrement que par le truchement  d'un jargon quelque peu alambiqué.

Au demeurant, n'avoir à dessein que le plaisir de me voir déménager de murs en supports, suspendue au regard critique, dont on devine : fascination, mutisme aussi bien qu'indifférence, me submerge d'un vent de liberté, quand bien même, il se joue chez le regardeur une invitation à l'émergence du questionnement récurrent, auquel cas je ne puis me dérober, bien que me grisant de diversion.

Me passer au crible, si tant est que ma vocation soit inévitablement  connotée à ma noble négritude, combien de fois néanmoins, ai-je dû faire mine d'entendre les sons originaux proférés à mon endroit. 

J'ai été liée à toutes les sauces picturales sous l'égide de l'oeil plus ou moins avisé sans compter les paluches baladeuses, grattant et frottant la commissure de mes lèvres afin d'y voir émerger le décryptage du coup de pinceau à défaut du rouge à lèvres.

 

De ma proximité

Offerte en pâture au public,

Acte grave dans lequel

Je suis engagée,

 L'on devine ma mission :

Celle de taire les aveux,

Les secrets et les promesses,

 Des plus singuliers !

Cependant, je balaye 

L'étroitesse du conformisme

Autant que les censures

Qui me cachent visage !

Sur moi, tu viens poser

Un nouveau regard,

Et de ta fraîche perception,

Tu m'offres l'assolement

Par la valeur ajoutée

De la richesse de ta vision,

S'attardant sur mon style,

Et de l'ensemble remodelé

De l'observation universelle,

Conjuguée à la dimension symbolique,

Le temps tisse patine !

 

Tant il est vrai que l'on voit parfois la vue du public glisser, à l'affût de l'expression plus ou moins en vogue, s'appliquant à la découverte de l'œuvre appréhendée.

En contre partie, les plus avertis en brossent techniquement l'iconographie (1), s'efforçant de s'approprier le contenu du message de la représentation artistique, tandis que les plus profanes, pour la plupart n'y trouvent qu'à flâner tout en s'efforçant d'apprivoiser leur regard neuf, pétillant  de fraicheur.

Il n'en reste  pas moins que les uns comme les autres nous honorent de leur présence. Les artistes assurant la permanence, qui plus est,  l'ensemble des oeuvres livrées à la nudité, dans laquelle, me suis-je embourbée, n'en sont que plus réjouis !

Tant est si bien que mon mystérieux portrait de Muse Africaine se voit parmi d'autres, approché, courtisé et fouillé par différentes catégories de public, voire par la presse occasionnelle pour tenter d'y dénicher derrière les fagots, son caractère symbolique, ses jeux d'expression, quelques analyses psalmodiées ainsi que les coulisses de la palette de l'émotion et du reflet du coup de pinceau.

J'ai cru comprendre que les touches multiples qui me colorent chaudement sont posées comme à la hâte dans la fébrilité perçue sur l'instant et que la technique maîtrisée, dont je fus traitée serait un mélange judicieux de couleurs aux nuances très fondues, alors que pour ma part, j'aurais préféré me fondre dans la monochromie !

J'ai entendu murmurer entre deux grilles, que je représentais le symbole d'une densité universelle, que mon maquillage se  jouait avec les formes et la lumière, que mes couleurs s'enchevêtraient  - et tant d'autres propos me laissant dubitative  -

Il est vrai que la dimension symbolique a une importance majeure pour les artistes et que leur démarche ne peut s'inscrire  en son absence.

Tout cela n'étant que détails à côté de la réflexion de fond que toute œuvre qui se respecte peut générer 

Si nous considérons le lien immédiat qui se crée, transitant par le regard, mon clin d'oeil n'en désire pas moins vous orienter vers d'autres pistes vous en détachant ; c'est pourquoi l'épilogue qui suit se trouve quelque peu teinté de la couleur de la rébellion plutôt que celle  de la palette !

N'aurait-il pas pour vocation de vous sensibiliser aux questionnements  qui n'ont de cesse de tarauder les artistes, dont certains de l'ordre du non-dit, contribuent à phagocyter la pensée, voire dangereusement la formater et par voie de conséquence la dépersonnaliser !

L'artiste s'interroge, il prend position de par sa création et produit le beau ou le moins beau, selon l'échelle de valeur que l'on défend, toute relativité gardée et puis LÀ, est-ce l'importance, si tant est que les caractéristiques de l'esthétique puissent être définies et dépoussiérées de toute subjectivité ?

Créer une œuvre picturale ou sculpturale, c'est s'inscrire dans la transmission et pour parachever sa mission, doit-on pour autant l'accompagner d'un concept et se scléroser dans le moule de l'air du temps ?

Le texte accompagnant l'œuvre picturale n'occupe-t-il pas parfois une trop grande place de choix comme unique outil de médiation, au point de négliger ladite oeuvre et de la placer secondaire?

Faut-il que l'œuvre en question prenne appui sur un texte ou sur une thèse plus ou moins  tarabiscotée pour lui donner une légitimité d'existence et favoriser sa conformité par cet élément déclencheur ?

Une œuvre peut-elle reposer entièrement sur sa description et doit-on cultiver le détail ; qu'en est-il de   l'émotion ?

L'œuvre exposée, si tant est qu'elle puisse se dénommer ainsi,  ne peut-elle prendre racine qu'au prix de n'importe quel sensationnalisme ?

Ou doit-on comme Van Gogh se sectionner l'oreille, voire la langue pour devenir son acolyte notoire ou le bouffon d'un système ficelé  ?

L'artiste, n'est-il pas le pion, dont on se sert à des fins lucratives ou la vitrine dont s'enorgueillissent hypocritement nantis à des fins de pouvoir ?

Derrière le paravent de l'art, ne cultive-ton pas  parfois le n'importe quoi ?

Ne conviendrait-il pas de privilégier la force du non verbal par l'expression du message émotionnel, plutôt que s'égarer dans le pourquoi du comment ?

Combien de fois, ai-je précisément observé que la communication non verbale pouvait changer le regard. Ce dernier ne trahit que très rarement alors que le discours calculé, en l'occurrence celui du bonimenteur  trahit !

Sur un autre registre, l'artiste, n'est-il pas un réinventeur de l'image facilitant le mixage du regard apporté sur le monde ? L'implique-t-on à sa juste valeur ?

Ou n'est-il pas tout simplement un passeur d'émotions sur le chantier de l'errance, faisant bouger l'approche de l'art ?

Et tant d'autres réflexions !

 

Quand l'interlude sonne, rimes se jouent d'analyse  :

 

Etrange Muse,

À l'énigmatique figure

Non sans victoire,

Tu puis prouver que dure

La gamme des couleurs de ton histoire !

Elle gagnerait pour servir de mesure

Qu'on y fixe mémoire

De la densité de ta crépissure,

Et qu'on y déchiffre le sombre grimoire

De la zone bleutée de ta frisure !

Dans le reflet de l'illusoire,

Ton œil vif éclôt de la brune embrasure,

Sans que touche picturale, plus ivoire

Ne se dilue ! Tandis que ta bouche à la charnure

Suggérée se teinte de l'observation de l'auditoire

Et que pommettes ne se colorent que de nature

À dorer la terre des champs de ton territoire,

Ta présence s'étoffe de sa signature,

Ou y puise les caresses vibratoires

 Sur la matière choisie, d'aventure en peinture,

Au prix du soin de l'hypothétique exutoire,

Pendant que le rythme de fondus capture

La réinvention des effets transitoires

Au cœur de l'expérimentation de la coulure, 

À l'unisson entre la fusion et la culture !

 

Si j'ose dire, alors qu'il arrive que je sois ravie de l'effet d'émotion produit au cours des expositions et dès lors que l'artiste ne se respecte point lui-même autant que le visiteur ne respecte l'artiste en général ni la négresse assumée née du fruit de votre interprétation, m'assimilant à une potiche, il va sans dire que mon seuil de limites, se trouvant mis à rude épreuve, je n'ai d'autre posture que de dépasser la mièvrerie et de détourner mon regard ténébreux de Muse rebelle, usant du langage non verbal  beaucoup plus loquace en la circonstance  !

 

(1) Iconographie :

Sens 1 : étude des représentations artistiques d'un même sujet, parfois sur divers supports (peinture, sculpture)

Sens 2 : ensemble des illustrations d'un livre ou d'un texte .

 

 

Le 20/05/2013

 

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Tous droits réservés

© Louyse Larie

 

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Commentaires (5)

1. Louyse Larie 19/09/2014

Merci infiniment Marie pour cette belle visite , j'en suis ravie ..
Au plaisir de nous croiser à nouveau ici comme ailleurs...

2. Marie La Rouille (site web) 12/07/2014

Pur moment de bonheur ... Pour "la muse Africaine" et les beaux écrits qui s'y rapportent ....

3. GILBERT 08/11/2013

BEAUTIFUL!

4. Louyse Larie 08/11/2013

Grand merci à la magicienne de l'image et à la talentueuse Tippi qui sème l'Aurore !
Longue vie à ce superbe site !

5. Tippi 29/10/2013

Un très grand bonheur de retrouver cette muse, elle est presque une amie, tant on la croise à travers différents textes.

Louyse Larie est une artiste généreuse et sensible.

J'aime à la nommer Beau Regard justement par l'expression très profonde et très intense qu'elle donne aux yeux de ses tableaux. Des aquarelles qui m'ont plus d'un jour, inspiré une histoire.

Tout le mystère s'en émane...

L'écriture donne un second souffle à la muse, on l'écoute autant qu'on la regarde.

Elle est très belle ici trônant au coeur des "Variations de plume"

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