Louyse Larie - Tous les matins du monde !

Tous les matins du monde !

 

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 Photo personnelle de Louyse Larie

 

 

Elle avait pour coutume dès les premiers rayons de lumière matinale, de plonger son regard d'émeraude dans l'immensité de la plage et d'écouter le chant de la mer, lui fredonner une délicieuse mélodie de vagues ruisselant sur le cours  d'une âme écorchée !

 

Ce décor paradisiaque s'offrait à elle tous les matins du monde, sculptant ses joyaux sur le tapis d'un ciel maculé de lagune.

Aucune ombre au tableau ne pourrait s'hasarder à rompre la félicité de ce paysage de rêve !

 

Suspendue à la féerie de la préciosité intemporelle, la fillette tentait de figer ce temps, le retenant comme si son puissant désir d'enfant à lui seul, pouvait préserver le tout sans risque de rupture. 

 

Les grains de satin de sable se pelotaient, savourant le délice de cette intimité délivrée par un héritage planétaire.

Les coquillages aux multiples reflets de soleil se lovaient sur le coussin des grains courtisés, tels de fiers complices !

 

À l'horizon, l'on apercevait une barque en bois de bambou qui semblait se fondre et se déliter dans un berceau de coraux. 

Juste un vol d'oiseaux poudrait le ciel d'un ramage ondulant !

 

Les songes d'Aurore posés sur le front de la mer encore ensommeillée, conjuguaient l'évasion opaline à la fiction, l'invitant à rêvasser de pensées en images de couleur !

 

Elle caressait la dune de velours, jouant avec chacune de ses fines particules et faisait tinter au creux de ses menottes chacun des sons marins cristallins récoltés, pensant que les dorloter ainsi éviterait de dresser les astres de la tourmente contre le tonnerre, ce dernier risquant d'abandonner au naufrage les bonheurs recueillis fébrilement.

 

Cela n'était nullement envisageable car la magie offerte à ces instants d'abandon ne saurait lui  faire faux-bond !

 

Mais le manteau sableux ayant camouflé la cape d'azur sous une épaisse couverture de sombres présages, n'exemptait pas l'hypothétique naufrage de secouer la porte de la candeur !

 

Le murmure enfantin s'étouffait dans un chapelet de sursauts retenus !

Qu'adviendrait-il si le clapotis de la vague séquestrée venait à s'effacer du refuge de l'enfance à l'abri ?

 

L'univers de la petite fille ne pourrait-il pas s'assombrir du fait, et le vent d'un mauvais réveil fouettant les pommettes meurtries, ne risquait-il pas de provoquer le déferlement d'un ruisseau de larmes de lait jaillissant de la source de la mémoire offensée ?

 

Le réveil pouvait cependant raison garder et s'assurer de son atterrissage, en se soustrayant du hurlement du vertige si seulement il en faisait son allié !

Faudrait-il encore toute la complicité de la clémence universelle pour se voir octroyer le minimum nécessaire à la quiétude du quotidien plutôt qu'une affligeante désolation !

Il est vrai néanmoins qu'on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes !

 

Comme si une gifle lui avait été violemment administrée, l'enfant sortit soudain de cet état de songe profond et se vit précipitée dans une  cruelle réalité.

Elle poussa un cri d'effroi lorsqu'elle surprit ses doigts glacés et noués, serrant très fort un  cadre en bois qu'un orage en fureur s'acharnait à  lui  dérober, car elle y avait secrètement englouti contre son gré un napperon de sable délicatement ourlé de vagues d'argent.

 

La mer blottie au creux de la toile magique, réveillée tout aussi brutalement se mit à pleurer toute l'écume de son antre.

N'allait-elle pas assécher ses larmes en retirant tout de go ses voiles en détresse ?

 

Après tout, elle ne lui avait jamais été promise, mais tout simplement prêtée, à vrai dire un tout petit coin consentant et consenti par les cieux attendris !

 

C'est la douleur d'un décor de survie, façonné d'une liberté conquise tant bien que mal, qui rendrait toute la promesse chagrine !

 

Devant cette hypothèse, quelques sanglots s'échappèrent des yeux apeurés de l'enfant face au poids de la réalité, qu'elle essuya prestement d'un vif revers de main !

Il ne fallait surtout pas que quiconque la surprenne s'effondrer, car elle était bien sûre d'une chose !

Il y a  toujours plus malheureux que soi !

 

Reprenant son souffle parmi les les plus résiliants et redressant énergiquement la tête, Aurore porta son regard d'émeraude tout au loin et aperçut pour son plus grand réconfort, Sœur Emmanuelle entourée d'un groupe d'enfants rieurs.

 

C'étaient ses petits frères et sœurs de cœur, avec lesquels la divine  formait une immense ronde, tout en chantonnant un refrain d'espérance. 

 

Les enfants vêtus de pantalons de chiffon et de jupes usagées semblaient joyeux, le sourire fleurissait sur les petites lèvres gercées, malgré des conditions de vie pitoyables chassées de l'esprit !

 

N'étaient-ils pas ce que l'on désigne couramment les chiffonniers ?

Cela ne semblait pas de prime abord les chiffonner du fait, au regard de l'être humain non considéré comme tel  !

 

Et puis, n'était-ce pas Sœur Emmanuelle qui leur avait appris le langage de l'amour ?

Les petites mains ne s'y étaient-elles pas enfin trouvées et enlacées à jamais ?

 

Par ailleurs, ne  leur avait-elle pas amené la mer et la plage à l'entrée des chaumières, déposant devant les pieds déchirés des bacs de sable fin, des sceaux de coquillages complices et des pataugeoires de torrents bouillonnants grâce auxquels ils pouvaient retricoter l'émerveillement à foison ?

 

C'est ainsi que la jeune Aurore qui rêvait du paradis bleu avait pu glisser un coin de plage et un jardin de mer dans un cadre d'écorce maintenant une toile de chiffon froissé, en guise de tableau enfanté par la force des doigts de l'espoir.

 

Tant de fois, elle inventa le chemin de l'océan du désir et du voyage !

De la foi en la renaissance, elle avait pu faire un collage de mousse à partir de ces fragments de bonheur enrubannés méticuleusement pour draper à loisir ses prunelles de feu de tous les matins du  monde !

 

 

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Tous droits réservés

© Louyse Larie

 

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