Louyse Larie - Lettre à une mère !

Lettre à une mère !

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 Aveux

Aquarelle Louyse Larie

 

Maman,

 

Permets-moi cet aveu, que je ne saurais taire plus longtemps !

 

Du tréfonds de ta matrice, tandis que tu me préservais de l'impensable en ce lieu protégé, j'ai cru entendre l'univers verser les sanglots qui mouillent  les plis du silence !

J'étais à mille cieux !

 

Si ta douce poche n'eût filtré le tracas,

Pour ma vie naissante,

Je n'avais point de crainte !

Mon corps était tissé de fontanelles de nacre

Et mon âme allégée de son trouble

Drapé d'une caresse promise,

Se destinait plus à s'offrir qu'à souffrir !

 

Et ce, brusquement, il m'arrivait de tressaillir à une cadence inhabituelle !

Un tremblement intra-utérin se déclenchait, les portes de ta forteresse   ventrale claquaient, j'étais prise de soubresauts au revers des courants.

 

Comprenais-tu que je réagissais à tes états d'anxiété  récurrents, dont tu avais perdu le contrôle ?

 

Vraisemblablement, car  s'irradiait aussitôt une candeur ajourée, balayant à loisir mon souffle innocent et m'apaisant sur le champ !

 

À vrai dire,

Éloignée de votre monde dévoyé,

Pendant que je baignais dans tes eaux cristallines,

Je n'ai de souvenir que celui

Que ma vie fœtale en a pu retenir

Et sans ton profond réconfort

Me cajolant dès l'instant,

Mon développement embryonnaire eût été bien compromis !

 

Entre-temps, je me suis retrouvée expulsée de tes entrailles, sans me douter que j'allais devoir, à mon tour affronter cet univers saccagé par les infamies et les crimes, au lieu qu'appels au secours ne ramènent à la prise de conscience.

 

J'ai envie de penser que l'humanité n'a le bon sens d'entendre, non pas parce qu'elle ne le veut point, mais parce qu'elle se sent isolée et impuissante, pour ne pas avoir su dresser frontières entre l'amour et la laideur.

 

Ainsi l'être humain peut-il continuer à cultiver individualisme et cruauté, tout en laissant faire sans se mêler de rien, tandis que l'homme de bon sens ne s'en éloigne ?

 

Un monde que l'enfant ne peut comprendre,

Une humanité qui voit s'effondrer ses valeurs,

Les fondations d'une civilisation

Qui s'écroulent en ses décombres,

N'ont rien de bâtisseur pour le monde de bien !

 

Et ensuite, qu'adviendra-t-il ?

Depuis, vos sociétés ne servent

Que le chiffre, le malheur et le paraître,

Mes repères d'enfant ne trouvent pas leurs marques,

J'ai le sentiment que le jour m'est ravi

Et crains pour croissance,

Sinon que mes espérances

Finissent par m'abandonner !

 

Nos pensées ne voient plus rire le soleil

Malgré nos persévérances,

Nos valeurs pelotent les doigts de l'abîme,

Nos espoirs perdent la boussole,

Jamais afflictions ne furent si dévorées !

À mes yeux apeurés, il me faut combattre

À ne les plus percevoir !

 

Ton visage, en ton cœur abusé,

Que je n'aperçois désormais

Que noyé de blessures

Et de douleurs consenties

Ravive mes premières révoltes !

Tes yeux et ta mine déchirée, je n'ose regarder

De peur de lire des larmes de sang !

La lune est devenue noire !

L'arbre sur un chemin dépouillé du tout

Attend pour déployer son ombre

Que la terre n'accepte la sève,

Dont le destin ne crache que de la rage !

Tes mains ne sont qu'à l'étreinte,

Ce que la tendresse en vain

S'efforce de gommer !

 

Je tiens ma raison d'espérer

En ma condition de petite fille,

D'où mille desseins ne se profilent !

Toute seule dans ma vision puérile,

Où j'ai imaginé la puissance d'une mère,

Ton exemple fut ma foi et ma voie !

Pendant que le ciel sur toi  ne châtie,

Puisses-tu t'appuyer sur mes frêles épaules !

Et essuyer le désespoir sur tes traits mortifiés !

Ensemble, avec nos infimes moyens,

Nous tricoterons le pansement pour la planète meurtrie,

Pour que souffrance ne soit sujette au supplice !

 

Et ensuite,

Si pour me consoler, l'amour éprouve

Le besoin que je le louange,

Plût à sa force

Qu'elle me livre

Ce qu'elle façonne pour l'enfance

Et je dirai partout

Qu'un si rare bienfait

Ne peut que restituer à jamais,

L'aurore à la galaxie !

Ainsi de la guérison de mon lendemain,

Je lui rendrai les mots capturés

Pour vous le faire confesser !

J'irai ourler les vagues de l'arpège

Sur le front des nuages !

 

*

 Tous droits réservés

© Louyse Larie

 

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Commentaires (3)

1. AlysonLzr (site web) 11/10/2017

https://www.slideshare.net/secret/rAxaEuBfZI2poX

2. jaspeer 16/03/2014

Puissant sentiments un cri, un chant majestueux !

3. Eve Zibelyne (site web) 27/11/2013

La condition humaine et sa fragilité... La conscience est souvent douloureuse, mais gardons l'innocence, oui, car l'amour toujours se conjugue avec elle ! Belle lettre Louise, très puissante.

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