Louyse Larie - On passera des lunes !

On passera des lunes !

 

Enfant 1

Croquis d'une caricature d'enfant réalisé au stylo bille en 10 mn

© Louyse Larie

 

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Il était une fois un petit bonhomme à la frimousse parsemée d'étoiles rousses !

On le disait étrange et dans sa bulle !

Bien que de nature peu bavarde, il lui prit l'envie de vider son cœur du trop plein un jour de vent sucré !

 

" Quelle drôle d'idée fut celle de mon père de me nommer Barnabé !

- À l'école, on m'appelle l'Épouvantail ou Poils de châtaigne, on me regarde comme si j'étais un phénomène !

- Il est vrai que je suis coiffé d'une épaisse tignasse hirsute, tandis que les enfants pour la plupart exposent de fines mèches sur le crâne, gommées au gel ultra fixant, selon la coupe très tendance !

- Mes joues colorées ressemblent davantage à des collines bien dodues.

- Une pâte d'oie balafre celle de gauche depuis ma naissance, et des poussières ombrées constellent mes pommettes joufflues !

 

- Je voudrais oublier les éventails qui me servent d'oreilles !

- On ne voit qu'eux !

- À tel point qu'à force de laisser pousser une toison complice pour les camoufler, ma bouille rondouillarde frise le ridicule.

- On dirait un champ de corbeaux en bataille !

 

- Mon petit nez se retrousse comme s'il faisait des pieds de nez et voulait décrocher les toiles d'araignée au plafond !

- Il est bien trop hardi que ce que je ne saurais le rendre plus discret, pour moi qui ne trouve refuge que dans les trous de souris !

 

- Je zézaye et j'ai la langue qui fourche dès que je dis le moindre mot !

 

- Sans compter mes yeux de teinte claire écarquillés qui transforment mon regard quelque peu oblique, pour mieux cautionner les mystères en un hublot ouvert sur le monde, avec en prime des sourcils formant des arcs-en-ciel en biseau sur un front bombé tel un potiron rose.

 

- Par dessus le marché, quand je souris et que ma vivacité embrase mes prunelles, ma bouche grimaçante affiche une rangée de râteaux en zigzag, plutôt que des dents de lait polies comme celles des autres enfants.

- C'est sûr que la grimace flotte davantage sur mes lèvres que le sourire, mes camarades de classe se moquent de moi à loisir !

 

- Pour autant, il parait que je possède des armes secrètes qu'ils n'ont pas !

- Il se dit que dans le reflet de mes yeux jailli de la palette du ciel, on y perçoit  des  papillons de satin qui s'illuminent comme des vers luisants, que l'on chevauche à volonté pour dessiner le chemin du rêve !

 

- Je comprends mieux que je puisse repeindre de mes cils roux les nuages lorsque je contemple le soleil, mais aussi pourquoi je peux m'envelopper d'un rideau de neige sur un tapis de saisons sans avoir froid, car elles ne me trahissent jamais parce que je laisse dormir la nuit !

 

- Mes livres sont mes oreillers, mes oreilles gigantesques s'y blottissent, appréciant  le doux confort - j'en oublie même leur disgrâce !

 

- Fagoté bizarrement, je sais ! Je le suis !

-Oui, ma mère s'obstine à m'affubler d'un nœud papillon rayé et d'un pantalon de velours hiver comme été, sous prétexte que ça me rend élégant, alors que la plupart des écoliers portent des survêtements en vogue. Ce qui renforce le festival des moqueries au grand galop, à mon grand désespoir !

 

- Mais j'ai les guiboles très lestes et j'en use comme des ressorts !

- Je traverse un tunnel de ronces sans une égratignure et je protège mon corps de toutes blessures, pendant que les gamins de la ville ont la hantise de la bogue et de la nature imprévisible.

 

- C'est ainsi que j'utilise ma cervelle aussi bien que mes muscles pour me faire accepter, et  que j'anime mon semblant de sourire naissant d'un air amusé, car je suis l'as de numéros de haute voltige, tant il est vrai que l'on découvre ma grande  agilité !

- À croire que j'ai hérité de pouvoirs que n'ont pas les autres !

 

- J'habite dans une grande caravane !

Les sorcières y séjournent secrètement et récoltent à la pelle mes larmes autant que mes joies, qu'elles recueillent soigneusement dans un coffret comme de précieuses pierres.

 

- Vous l'aurez compris, toutes les occasions me sont offertes pour monter à califourchon sur l'une d'entre elles, lorsqu'il leur arrive de deviner l'odeur humide de l'un de mes chagrins muet, car elles savent que mon cœur ne fabrique pas la cruauté, mais des bulles de tendresse et qu'il bat la mesure de l'amitié !

 

- Et mes yeux s'embuent comme tout le monde, tandis que les soirs de firmament, mes mains nouées à celles de mes copains se réjouissent de la joie de la ronde enfantine !

 

- Pourtant, dans la cour de récréation, on me fuit et on ricane de mes oreilles d'éléphant, mais l'on recherche ma compagnie en contre partie sur les terrains de jeux ou lors de sorties en campagne grâce à mes prouesses sportives.

 

- Nos différences ne forment alors plus de barrières entre nous ; bien au contraire, elles les font tomber et tissent le lien, celui que les adultes déclarent vital sans se donner les moyens de le créer.

 

- Et ce, dans le meilleur des cas, le regard de mes copains sur moi change totalement !

 

- C'est dire que chacun possède ce que l'autre n'a pas, y compris ceux qui semblent les plus fragiles et les plus démunis."

 

 

On passera des lunes avant que le territoire de l'enfance ne devienne plus conciliant, et il s'y trompera encore sans revoir pour autant les codes du clan des bambins, mais le temps se chargera de changer le cours des choses !

 

 

 

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Tous droits réservés

© Louyse Larie

Le 27 février 2014

 

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