Jacqueline Wautier - Esclaves !  - 17e Printemps des Poètes

Esclaves !

 

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Texte publié dans le cadre du 17e Printemps des Poètes pour Variations d'une plume.

 

*

 

 

Esclaves !

A ventre obligé, à ventre défendu;

Plaisir exigé, plaisir si souvent interdit…

Esclaves des tondus ou des barbus,

Fous de rage ou de rêves détruits.

 

Esclaves !

Si loin, ailleurs, là-bas :

Pays de tristes tropiques ou de vif équateur,

De feu ou de froid -

Soulés aux cris de guerre où l’enfance se meurt.

  

Esclaves des Dieux pris à la rage des hommes,

Esclaves de barbares ignorances en somme.

Mais loin, cachées aux yeux d’ici :

Un autre pays sûrement,

Ou une autre rue, derrière cette fenêtre qui ment  -

Loin, éloignées à l’infini au voile de l’oubli.

  

Esclaves !

Des rancunes, des lacunes, des coutumes…

Et renvoyées aux vies de leurs mères ou aux cris de leurs pères -

Jusqu’à trop souvent dénaître à d’autres qui s’y allument.

Esclaves  privées d’innocence à l’indécence d’autres maîtres ;

Privées d’espoir à en perdre jusqu’au sens de leur être -

Et n’être plus qu’ombres qui errent à ras de terre.

  

Esclaves !

De naître à tant d’exigences et de violences,

De n’être que la moitié d’eux -

Ou le quart, le trop peu…

Esclaves à ventre emprunté ou volé,

A corps marchandisé ou insignifié…

Mirages remodelés à l’image de l’uniformité,

Le cœur malmené jusqu’à s’en oublier.

  

Esclaves ?

Mais c’est ailleurs :

Ici, triomphent liberté, égalité et parité à l’âge d’or de la fraternité…

Ici ?

Aux rives d’Utopia,

Pour quelques instants déjà piétinés -

Car de leurs rêves les Hommes se sont éveillés !

Des Hommes nés d’elles à la Terre…

Mères qui les inventèrent aux replis de leurs parenthèses

Pour qu’ils y prennent chair en corps à corps à la mer.

Mères qui les portèrent, si chers à leurs ventres de glaises :

Les devinant d'un frisson au contre-jour de la nuit,

Les dessinant contre l’ombre qui s'enfuit…

  

Mères …

Dans un silence  s’en-criant à chair vibrante:

Moment vacillant qui s’instance d’éternité,

Durée prise à l’amplitude d’une nouvelle densité.

Mères pour eux :

Petits d’homme ou fragments d'infini  en suspension tellurique,

De rêves en projets, de murmures en musiques -

Dans l'entre-deux, dans l'antre d'elles.

 

Mères…

Dans un futur s’en densifiant de palpitations naissantes:

Là où le pluriel accouche du singulier, 

Où prennent corps les quêtes d'infinité.

Elles et eux :

Lambeaux d'inédit au lit du plus joli mystère ;

Où l'avenir prend sa source d'un tissage en dentelles -

De quelques mots d'amour nés à leurs chairs.

  

Mères…

Si près, si loin : là!

A l'origine du monde, l'origine de ‘nous -

Portant en voyage immobile l'histoire des hommes, jusqu’au bout.

  

Mères des pères et des frères -

Riches seigneurs ou pauvres hères…

Reine à la peine, esclaves au conclave -mais debout !

Debout contre les hommes et les gueux

Les gueux et les Dieux…

Contre les canons qui résonnent,

Les sermons qui bourdonnent.

Les traditions et leurs matrones,

Tout ce qui de leurs corps fait mortes couronnes…

 

Mères et femmes et filles …

Amantes en amour, servantes en guenilles...

Niées, malmenées, reniées -mais debout!

Debout contre de tristes pantins aux sombres appétits,

Contre cet avenir à mortes chairs qui leur est trop souvent promis !

 

Esclaves ?

A larmes brulées, à rires défendus;

De soupirs déchirés en désirs de sang froid travestis…

Esclaves des barbus ou des tondus,

Fous de rage ou de rêves détruits.

 

Esclaves ?

Si près, ici, sans fin:

À la peur du lendemain,

Aux heures lapidées d’autres mains…

Esclaves de quelques songes de titans

De longtemps égarés au labyrinthe du temps.

Esclaves de ces “peut-être” gravés dans des murs de faux-semblants ...

 

Esclaves !

De trop de sang versé,

De trop de maux voilés:

Celui que l'on masque d'un battement de paupières,

Ceux que l'on chasse d'un regard de pierre.

Esclaves et filles et sœurs et mères...

 

Esclaves à la rade des naufrages, qui en bavent:

Corps au bois dormant, cœur à l'entrave...

Jusqu’à ce que revienne l’espoir emportant dans sa foulée quelques rêves

d’aurore :

Monts et merveilles à l’amarre d’un autre port, loin des vendeurs de mort.

Tellement  loin :

En corps à cœur soulés jusqu’à l’âme quand les éléments à nouveau se reposent ;

Quand les doigts, les accents, les rires et les couleurs se fondent au vif rose ;

Quand même la folie des hommes abandonne à plus loin ses talents assassins,

Laissant le silence fiévreux d'une parenthèse sidérée raviver enfin le matin.

 

 

 

 

 

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Tous droits réservés

 

© Jacqueline Wautier

 

 

Texte protégé par les règles et droits de la propriété intellectuelle !

 

 

 

 

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