Gilles Palomba - Extrait XLIII "Le livre d'Elaya "

XLIII

 

 

A la bastide, il y a cette humeur bonne de pèbre-d’ail et de lavande. Le renard trotte derrière un lapin et la musaraigne devant la couleuvre. Car il y a du monde à la bastide, des grenouilles en mars, des grives en novembre, la trace d’aïeux qui fauchaient au croissant, des sangliers qui labourent aux pleines lunes... Il y a de l’euphorbe qui neige à l’envers, de la pariétaire pour les dents, des lentisques et des messugues. Il y a un rossignol qui pousse la note durant les nuits de mai, une chouette qui se mire les mirettes dedans les vitres de ma chambre - simple comme un bonjour, doux comme un bonsoir. Il y a un coin de mousse pour y coucher et des avens pour m’y cacher... Et puis il y a un olivier à l’ombre duquel je puis rêver.

Des oliviers - il y en a en pagaille, bien sûr, mais pas comme à la bastide où la terre est dure, la pierre vieille, opiniâtre la racine et les restanques patientes à monter. Y fourmillent le scorpion et le lambert, la tarente qui porte le coup de chance, et le lézard celui de tous les soleils où vivre est laborieux, âpre la poussière des chemins qu’il faut mordre pour avancer... Il y a parfois de la mauvaise herbe où paissent les déconvenues et des possibles en friche, de l’ortie et du chiendent. S’ébouriffent alors d’acanthe le songe et de ronces la passion. A la bastide, il y a du lierre qui s’entortille dans les murailles et dans les arbres... Et puis il y a un olivier à l’ombre duquel aussi longtemps je m’attache.

A la bastide, il y a des ombres qui respirent des marines, et des aurores qui ventilent du saint Chrême. Il y a des joies crépusculaires qui font dans la griotte, nez de clown dessus leur tige. La nuit, on y marche au ciel avec des vers luisants dessous les pieds et des lucioles dans la paume, tandis que le front touche aux étoiles qui font rosier le vent du soir. Vénus vrille le nord, Althaïr le sud, et le Cygne glisse au-dessus des tuiles. Il y a d’autres idolâtries, des formes d’astres que d’aucuns prennent pour des obélisques, mais qui brillent tout autant dans le cosmos du cœur. Où des saphirs tournent au pâle et des humeurs à la pluie... Mais à la bastide, il y a un olivier plein de mansuétude pour m’abriter de l’orage.

A la bastide, il y a le poème, le grand désordre des feuilles sur un bureau, celui des draps défaits par mon amour. Ma maison est petite, mais grand est son cœur. J’y partage avec mes amis des amphitryons, des verres marqués d’avoir trinqué, les bouteilles d’avoir chanté. J’y retrouve mes jouets d’enfant dès que le vent est à la mer, et des bûches pour le foyer s’il descend la colline. Et l’on y boit du Socrate ainsi que du pastis, et Dionysos y délaye des accolades. A la bastide, il y a les racines d’un arbre inamovible, un cercle magique autour d’elles qui se décentre vers la colline et vers la mer. A la bastide, le seuil même de ma porte est son vis à vis, de sorte qu’il existe au monde une maison dont sortir tourne aux retrouvailles avec un olivier.

 

 

 

 

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Extrait de "Le livre d'Elaya"

 

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Commentaires (1)

1. AlysonTbm (site web) 11/10/2017

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