Gilles Palomba - Extrait du roman "ADORAMIS"

EPILOGUE

 

 

Le naufrage d’Adoramis demeure pour bien des hommes prétexte à ne pas croire aux exploits d’un antique Christophe Colomb. Tant pis pour eux, le diable les emporte ! Dédaigneux des solfèges de l’aventure, n’ont-ils pas finalement le dernier mot sur tout ?

 

L’importance de ce dernier mot les taraude à ce point que nous le leur abandonnerons bien volontiers, tant avoir ou non raison tient moins de la parole que du geste. Qu’ils crèvent donc avec l’infâme certitude de ceux qui restent à quai !

 

En revanche, c’est à vous autres qui vous aimez que s’adresse cette bien modeste histoire. Une corde en vous a vibré, et c’est bien naturel, parce que toute croisière tutoie ceux qui s’aiment.

 

Alors écoutez bien ceci…

 

Un astre baptisé Adoramis est né. Chacun peut localiser au sud, entre les constellations de l’Aigle et de la Lyre, cette nouvelle étoile accrochée comme un saphir à l’oreille de la galaxie.

 

Lorsque vous aurez levé les yeux sur elle, sans doute en viendrez-vous à formuler un vœu, sûrs que toute prière advient dès que ce point de feu brille dessus le i de ceux qui s’étreignent.

 

Lorsque vous serez ensemble, éternels dans l’immédiat – et beaux ! comme un navire toutes voiles déployées au vent des jours, cet accomplissement, puissiez-vous le connaître ayant résolu d’approcher le rêve au plus près de sa figure, et de porter vos yeux dans ses yeux, et de coller votre bouche sur sa bouche, au terme de cet élan confirmé par le contact où s’inocule au plus profond de soi l’intime présence de l’autre.

 

La fusion des corps dont témoigne ce qui demeure visible au-delà du périssable, rien de ce monde ne s’en affranchit. Elle tombe sous le sens de la vie et saute aux yeux de l’astronome, cette énergie souveraine de l’accord à ce point fulgurante qu’une simple étincelle au fond de soi l’éternise.

 

Chacun renferme dans sa tête l’une de ces étoiles qui font de nous des porteurs d’elles.

 

Du moins ceux qui ont tenté l’aventure de la rencontre, un jour, et dans les yeux desquels, lorsqu’ils vous regardent, et dans la bouche desquels, quand ils vous parlent, transparaît à qui sait entendre et voir, le frémissement d’une survivance.

 

Ceux qui restent à quai tournent d’un point vers l’autre du cadran, et recommencent. Les autres qui s’apprêtent à partir, ils vont quitter le chemin de ronde. L’axe de la nouvelle route s’affranchira du point central autour duquel avance le temps. Ils auront pris la fuite, pour les uns ; ils auront pris la liberté pour les autres. Ils seront ailleurs.

 

L’énergie qui les meut ouvre le passage de ce monde à tous les autres. Cela aussi, l’astronome le sait. Quand il dirige son télescope vers un essaim d’étoiles, c’est par gourmandise de ce miel d’en haut qu’il le fait, tout comme le mathématicien qui s’emploie à trouver la recette par le chiffre et le philosophe à saisir la formule par les mots. Ceux qui partent, eux, ont résolu d’en éprouver toutes les sensations par l’expérience.

 

Un astre appelé Adoramis vous dirait bien tout cela, si toutefois son point fixe dans la nuit vous inspirait à lever les yeux. Et pourtant, que pèse comparativement aux milliers de réverbères dont le ciel des cités s’illumine, cette petite étoile tout là-haut ?

 

Un simple point dont la jonction permet de tracer la ligne droite, où toute une vie aura conduit mon rêve. C’est là qu’ensemble nous aurions dû prendre place, si mon amour avait daigné partager le voyage. Oh ! je n’ai pas renoncé à l’y convaincre de prendre part, et je le confesse d’autant plus volontiers que, tous les soirs, lorsque seul au centre des collines qui font le cercle autour de ma maison, j’observe les astres dont ma solitude se coiffe, et plus particulièrement cette étoile bleue que ma songerie vise, je me dis que le rêve continue et m’y projette aux côtés d’Elaya.

 

Nous y parlons les mots de la clarté, cette langue des astres qui donne confiance dans la nuit, comme autrefois ; et comme demain nous y vibrons les musiques de la lumière ; mais alors comme jamais le bonheur infini pourra se lire dans la patience de notre éclat.

 

 

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Gilles Palomba

 

 Extrait du roman "ADORAMIS"

 

 

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Gilles Palomba, "ADORAMIS", éd. Edilivre

 http://www.edilivre.com/adoramis-gilles-palomba.html#.U4TnkyhBp74

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonTrz (site web) 11/10/2017

http://www.mcvj.com/profile/bryan082049

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