Gilles Palomba - Les yeux de JM

Les yeux de JM

 

 

 

 

Voici venue d’écrire l’heure
Les mots sont des oiseaux enfuis
Par cette cage de mon cœur
Ouverte au ciel de ce qui suit

Il me semble que faire ensemble
Un jeu de ce genre d’aveux
C’est remuer trop vives cendres
Et s’amuser avec le feu

Que rapprocher du bois la flamme
Alimenter l’âtre d’aimer
C’est raviver un long programme
Qu’il va nous falloir consumer

Est-ce folie est-ce faiblesse
Est-ce marquer un mauvais point
Serait-ce ou non faire florès
Que s’en aller chercher plus loin

Souvent la mer près de la grève
Le flot gonflé d’acrimonie
Aux jeunes gens qui d’elle rêvent
Montre son visage de nuit  

Pourtant malgré les clairs alarmes
Il reste au bout de la jetée
Trop de mystères et de charmes
Pour ne finir par les tenter

Ainsi tes yeux ainsi la plage
Où je les contemple sans fin
La raison m’appelle au rivage
Mais l’océan d’être marin

J’ai beau longtemps me contenir
Tu viens sans répit m’invoquer
De tes vagues louer l’empire
Au-delà des serviles quais

En avant toute et cap au sud
Un matelot chante en rêvant
Cap sur les belles latitudes
Des îles douces sous le vent

 

*


Le cœur est un bateau qui n’est pas roi toujours
Du désordre des mers la colère des vents
Abandonnons le cap à la vague en rêvant
Qui viendra se charger de notre long parcours

Ceux qui restent à quai peuvent siffler en foule
Un plafond pour cosmos et quatre murs dessous
Leur amour agonise à vivre sans remous
Hors des chansons du large et du frisson des houles

Est-ce par le miel seul qu’existe toute abeille
Au-delà de ce qu’être à faire l’œuvre dit
Est-ce aimer que confondre en l’autre un incendie
Puiser d’un être cher matière à son soleil

Puisqu’au vaste horizon se dissipe une brume
Que le soleil nettoie la buée aux carreaux
Que le temps de se dire est égal à zéro
Et qu’à deux s’inaugure un flot s’ouvrant d’écume...

 

Il se cache au fond de mon cœur
Une rumeur qui t’appartient
Pleine d’aveux pour le meilleur
Ou le pire qu’elle contient

De nous je pense tout d’abord
Que vers des pays singuliers
Et même plus au large encore
Ensemble vont nos deux voiliers

Que l’un de l’autre étant la rime
Il apparaît par conséquent
Que pas un seul amour n’est crime
Et seul son silence est choquant

Quelle brise encore nous porte
Quel sud à rejoindre nous tient
Le temps d’aimer ouvre des portes
Que celui de naître contient

Être l’herbe des pâturages
Être le bleu drap du plafond
Entre la pensée et l’image
Outre la forme être le fond

Il te semble beaucoup de choses
Et par ce qu’il me semble aussi
Elle en a fait fleurir des proses
L’eau claire de nos poésies

Voici venu l’instant de dire
Les mots que le corps applaudit
Les mots que la bouche respire
Via l’étreinte et le non-dit

Les mots près d’une plage en marge
Des vagues comme au pied d’un lit
Quand le double drap bleu du large
Habille les amants roulis

Ouvrez le livre comme tombe
L’oiseau qu’un ciel ne porte plus
Un cœur pareil à lui succombe
Au bas d’une chute éperdue

Arrive et m’offre l’amplitude
Un courant d’air la porte ouvrant
Que je reprenne l’altitude
Comme un prospectus dans le vent

Jouons c’est décembre au-dehors
A réveiller dedans juillet
Avec le silex de nos corps
Auprès du primitif foyer

Voici glisser au bas l’étoffe
Et se rapprocher les chenets
De deux ombres qui se réchauffent
Devant la rouge cheminée

Voici la complice imprudente
Autour qui serre son filet
De ceux distraits par ce qui chante
Qui font chanson de se parler


Vois des beaux jours qui furent fastes
Comme il triomphe l’incendie
Toujours qui court et tout dévaste
L’ignorant comme l’érudit

Mieux vaut courir l’irréparable
Que survivre s’en épargnant
Toujours fou d’être raisonnable
Tel feu de vie sans aliment

*

Ah vivre d’eau fraîche et de Toi
C’est impossible autant périr
La bouche sèche bras en croix
En plein désert du souvenir

Quoi l’espace d’astres flamboie
Tout l’univers son éclat chante
A cette manne je ne vois
Que menues monnaies trébuchantes

Au loin par les orgues suivi
De larmes résonne l’orchestre
Ailleurs hospitalière vie
Qui trop abuse et m’en séquestre

Du noir du noir Rien que la nuit
Oh comme le noir est terrible
La flèche morte au bord des cibles
Une eau qui dort au fond d’un puits


Quoi donc Que me rétorque-t-on
Vivre émarge-t-il un zeste
De vos discours pour que je reste
A suivre encor son feuilleton

Trop beau Trop pur Trop éloquent
Pour espérer mon âme atteindre
Il n’est de sublime qu’en
Ce qui ne cesse de se plaindre

Ah Vivre d’eau fraîche et de Toi
Le malheur est enfant du songe
Ôtez du terrestre minois
Le masque édenté du mensonge

Pour moi la quête est achevée
Qu’ai-je à rêver sinon rejoindre
Ce Graal qu’en des yeux j’ai vu poindre
Si bleus que nul n’en put rêver

J’ai vu la vague déferler
Partout la moutonneuse plaine
Et reconnu l’air des sirènes
Qui ne cessaient de m’appeler

Et dans mille coupes j’ai bu
L’humide accord au teint de lys
Des ambroisies et des délices
Que nul n’aura jamais connus

Ah vivre de Toi pour eau fraîche
Est-il ailleurs cités et bois
Si féconde et prodigue pêche
Vin plus troublant que l’eau de Toi


Aimer c’est savoir que l’été
Dessèche aussi l’herbe et la terre
Aimer c’est l’intégralité
Dans l’être du sort planétaire

C’est le malheur et c’est le beau
C’est l’oasis et le désert
Un âtre voir en un tombeau
AIMER... C’EST TOMBER EN POUSSIERE

 


*

 


Les vagues sont des cils qui battent les bordures
Que le sable des yeux sur l’onde a clairsemé
Et je vais ton regard naviguer à mesure
De son flux et reflux sans cesse renommé

Tes yeux parlent aux miens le langage des vagues
Quel suave hématome ébaucha leur acquit
Faisant naître un choral de clameurs où divague
L’intemporel aveu de mon regard conquis

Oh puissé-je songeur y sillonner ma trace
Sur leur infini sort matelot m’embarquer
Qui trop aime se perd et par l’autre s’efface
Inconnu reconnu pour un soi démasqué

Lorsque tes yeux troublés s’écarquillent soudain
Ne croit-on pas y voir le cadastre de l’être
Un ciel intérieur tend alors à paraître
Et s’épurer l’azur qui de leur teint se peint


Tes yeux dans l’allégresse ont l’éclat des faïences
A ma fenêtre luit comme un vitrail aux nues
Dans le prisme duquel la lumière gradue
Sous l’effet des cristaux l’ombre et la transparence

Les plafonds d’Orient y boivent les prémices
De l’essor et la chute au-delà mer et cieux
Tranquilles et vibrants sommets et précipices
Par la fuite et l’accueil de leur eau de leur feu

Tes yeux s’ouvrent si bleus que l’image et la phrase
En sacrifient le sens et se colorent d’eux
Je me laisse gagner d’une lavande en feu
Porté comme un radeau sur un tremplin d’extase

Tes yeux m’offrirent l’aube et levèrent le voile
J’en témoigne effaré la possible étendue
Perpétuant de toi le miracle entrevu
Tout un miel dont la nuit s’éclabousse d’étoiles

Le cri des goélands sans cesse te réclame
Lorsque de tes longs cils la grille est refermée
Tout un monde effrayé de ne revoir jamais
L’équivoque reflux des bleuets de ton âme

J’ai vu que l’insolence a couleur de merveille
Et conçu du saint Graal la promise portée
Que le rêve n’a pas pour maison le sommeil
Ni les royaux trésors de souveraineté

J’ai vu danser des feux ailleurs qu’au sein de l’âtre
Et se consumer l’homme à de mordants baisers
J’ai vu des bleuités l’incandescent théâtre
Simplement pour avoir un jour tes yeux croisé

Tes yeux lavent le soir d’azur et de cristal
Ils conjuguent le verbe aimer au temps présent
Tant ils ont le pouvoir de répandre innocents
Sur autre chose qu’eux une éclipse totale

Quel génie enfanta ces précieuses pierres
Quel joaillier divin si justement choisit
Avec quel engouement et quelle poésie
De les mettre en l’écrin de tes blanches paupières

Tes yeux changent le voir en aveugle poème
Où donc mettre le cap sinon plus en avant
Pareil au sieur Jason qui s’en fut poursuivant
Retrouver au fond d’eux le message suprême

Je te regarde... Et l’onde est de moindre splendeur
Il reste tant encore à découvrir ici
Que je nage au milieu des bleues superficies
Dont sans fin me remonte un vin des profondeurs

Océan !... A quoi bon craindre l’appareillage
Le poste de manœuvre et ses promis apprêts ?
Est-ce à blâmer qu’aimer pour un peu que l’image
D’une eau semblant tes yeux sans cesse m’apparaît ?

Est-ce un crime que perdre au seul nom d’une flamme
En soi toute mesure et s’enfuir le chantant
Si méprisable soit cet alphabet de l’âme
Qui conjugue le verbe aimer à tous les temps ?

Est-ce péché que croire au seul nom de l’amour ?
Dieu l’aurait-il banni de son vieux testament ?
Est-ce un crime qu’un cœur batte comme un tambour
Plus fort que ne le fait celui des régiments ?

Sur une plage en vain le balancier du large
Entre un aller-retour gifle le cours du temps
Pendant que d’immortels navigateurs en marge
Tes yeux lancent des sorts aux fiancés du vent

Mais tout navire un port doit regagner un jour
Mais tout navire un jour capitule à vau-l’eau
Aimer au bout du compte est un compte à rebours
Un sommeil où l’on rêve au bleu sursis du flot

Mais la fuite des jours me ramène au rivage
Toutes mes étendues comme au cœur du néant
Par l’absence ont scellé tes yeux et leur grand-large
Tous mes goélands crient l’Océan ! l’Océan !...

Est-il un sémaphore au bout de l’aventure
Il est dans les flots d’encre un astre à repêcher
Quel impossible aveu me rendra leur eau pure
Qui tranche obliquement sur le pourpre rocher

S.O.S. - Épilogue... Et nulle âme qui vive !
Ce qu’en toi j’imagine est par toi-même ôté
Tout a couleur soudain de naufrage et dérive
Tes yeux m’ont dérobé ce que j’avais chanté

Ne ferme pas tes yeux mais déjà mon navire
Ne ferme pas tes yeux sur le sable s’échoue
Ne ferme pas tes yeux mais la mer se retire
Et sourde à mes cris dresse une dune entre nous

Chaque vague depuis me parle d’un ailleurs
Où de Toi chante encore une âme amarinée
Bien trop d’ivrogneries au sein des profondeurs
Qui tel un vin trop vite au vinaigre ont tourné

Maintenant que s’enfuient les faveurs d’un visage
Au grand-large un regard qui me faisait penser
J’écoute en pleurs au fond de tous les coquillages
De sel pleines mes joues la rumeur du passé

Me voici sur le seuil des marines brisures
Terre Terre en toi mon naufrage est terminé
Tes yeux sont une mer où j’ai vu tout l’azur
Des royaumes perdus de Méditerranée

 


*

 

Terminé Terminé
La toile du ciné
Retombe sur les murs
De mon cœur cloisonné
Moi pour toute voilure
Qui dressais dulcinées
Dans l’encre dessinées
Du plasma des blessures
Je vais ma destinée
Loin des mers terminer

 


Le navire a subi les vents et la tempête
L’affrontement du vivre aux versatiles flots
Entre l’horizon bleu d’une partance en tête
Et la réalité d’être au cœur du tableau

Est-ce que nous frappions à cette même porte
Par laquelle je crois m’être tôt réclamé
J’étais tel un radeau que le tumulte emporte
En aval du courant éblouissant d’aimer

J’étais tel un mourant porté vers l’essentiel
Dans son lit d’hôpital un malade agacé
J’avais bien plus d’amour que n’a d’oiseaux le ciel
Et rêvais dans tes yeux de les voir s’envoler

Pour Toi j’ai reculé d’immuables frontières
Tous mes pas d’espérance épousèrent tes pas
J’ai consacré pour Toi ma plume tout entière
Et me suis découvert le fraternel combat

J’ai fait ta plainte mienne et brisé le silence
Et j’ai tressé des mots pour habiller ta voix
J’ai galvaudé mon âme et son intempérance
Mes éclats de colère et mes refrains grivois

J’ai nourri des ferveurs dans une foi novice
Et  joignant les deux mains un credo dans la voix
Semblable à Perséphone au pied d’un Adonis
J’ai gravi l’escalier qui montait jusqu’à Toi

J’accélérais la mort par excès d’états d’âme
Traquais son épousaille en y fixant l’idée
Je risquais sur ma tempe à mi-chargée une arme
Marguerite pour Toi dont j’effeuillais les dés

Tu me croyais la flèche et je ne fus que cible
Que ce soit sur la nuit d’une aube qui viendra
Que cela soit d’amour pour ce monde possible
J’ai chanté des pays que je ne voyais pas

Le chant que j’ai de Toi m’apprit jour après jour
Si prompte soit la plume à forger l’écrivain
Qu’aucune œuvre ici-bas ne se fait sans amour
L’esprit en est l’épi mais le cœur le levain

Garderai-je de Toi l’image chérissable
Entre mes doigts s’égrène un chapelet d’émaux
Je suis le sablier d’une poignée de sable
Que je sème en rêvant sur la plage des mots

Ce qu’est vive la mer en ses pièges d’azur
A retenir en elle une branche qui ploie
Je chante comme écrit la main sur la blessure
J’écris pareil au cri de l’homme qui se noie

 

 

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Gilles Palomba

Extrait de "A l'encre bleue"

 

 

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Gilles Palomba, "A l'encre bleue", éd. Edilivre :

http://www.edilivre.com/a-l-encre-bleue-1e5d59bc0a.html

 

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http://www.gillespalomba.fr/114995785

 

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Commentaires (2)

1. AlysonXrw (site web) 11/10/2017

http://profile.cheezburger.com/BuyAmbien5/

2. AlysonMpd (site web) 08/10/2017

My friend and I went camping the other day. It was a very bad experience, as he wouldn't let me sleep all night. He kept talking about random stuff and complained about his sleeplessness. I totally told him to website and deal with it.

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