Gilles Palomba - La complainte de la palombe  

La complainte de la palombe  

 

 

 

Sur l’arbre social s’étalait de la glu
L’ordre s’était tapi sous un toit de feuillages
Conjurant la forêt à lui servir de cage
La porte vers le ciel ouvrait ses bras tendus
 
Comme le cœur du monde à la mire ennemie
Les fusils des chasseurs s’accordaient une cible
Quand déchirant un calme à l’extrême possible
Sur la palombe en vol un grand coup retentit
  
J’eus beau me ressaisir contre les vents profonds
Me battre m’agiter je perdais de l’image
Les vermeilles douleurs sur mon blême plumage
Criaient la vérité d'une étoile de plombs
   
Alors tout alourdie et de quelque appui sans
Le temps des libertés et du vol à son faîte
S’en fut par ineffable éboulement de l’être
Vers la chute du vers encor tout frémissant
   
Sur un lit de cailloux je m’étais allongée
Fuyant des épineux les aigus tatouages
Une meute approchait battant les marécages
Entre maîtres et chiens quel était le berger
   
Quant ils m’eurent trouvée étendue à leurs pieds
Le cœur tout palpitant de torpeur et de crainte
Tout leur être semblait tressaillir à mes plaintes
Et leurs mains applaudir à mes cris de pitié
   
Puis grisés par l’effet croissant de leur courroux
Surexcitant leurs chiens par des chansons paillardes
Pour dernière parole ils me mirent en garde
Et m’offrirent l’adieu de leurs fusils en joue
   
Bel oiseau migrateur des pays du Levant
Entends-tu les échos au-delà du poème
Toi l’artiste mon frère ô palombe qui sèmes
Pour voler un peu haut tes plumes dans le vent
   
Et du monde en-dessous entends-tu la chanson
Dans la réalité des multitudes grasses
C’est l’air de la revanche au grand dam de la grâce
Qui remonte souiller ta ligne d’horizon
   
Ami qui du séjour refuses le dépit
Plus haut vole l’oiseau plus lourd est son bagage
Méfie-toi des reliefs aux muets braconnages
La morale égalise à la faux les épis
   
Au dessus des grands bois jaloux du firmament
Au-dessus d’une jungle uniforme et perverse
Sur la page des cieux que ton envol traverse
Il te reste une lettre à porter aux amants
   
Toi qui refuses tôt les chemins empruntés
Aux ailes déployées qu’aucun ordre n’engage
Oiseau cambrioleur du céleste héritage
Que d’autres traquent comme un coin d’ombre en été
   
A poursuivre ton rêve en exil tu seras
N’est-ce pas le secret de toutes les palombes
D’entre tous les oiseaux qui par amour succombent
Marguerites qu’en vol le ciel effeuillera
 

 

 

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Extrait de "Le compte à rebours"

 

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Tous droits réservés

© Gilles Palomba

2014

 

 

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