Gabrielle Burel - Pensées fantômes

Pensées fantômes

 

 

 

 

Un livre à la main, il rêve à la fenêtre en regardant tomber la pluie sur le jardinet.

 

Les hortensias aux mille fleurs bleues exposent leur camaïeu pimpant sous le ciel couleur ardoise. Près du buis échevelé, l'auge de granit abrite des giroflées sauvages. Sur la pelouse où croît l'herbe folle, les rosiers se courbent sous l'ondée, leurs pétales rouges se détachent et recouvrent peu à peu le sol détrempé.

 

Cependant, la barrière ouverte sur la lande incite aux promenades. Les lourdes senteurs de la terre se dégagent des trombes d'eau. Le ru gonflé, prenant des allures de cascade, dévale la pente et remplit le fossé.

 

En pensée, le rêveur arpente les chemins creux avoisinants. Chaque caillou, chaque arbrisseau, chaque recoin ramènent les images enfuies d'une vie passée en harmonie avec les lieux.

 

Il se revoit les mains dans le dos, campé bien droit près d'un banc de pierre, devant l'abri en ruine du vieil ermite et se rappelle la vue qui s'offre de cet endroit serein. Les ajoncs dorés et les bruyères pourpres égaient le roc acéré. Plus loin, les résineux tranchent par leur rectitude vert sombre. Sur le mont, derrière le rideau de pluie, la chapelle semble l'appeler, nimbée d'un rai de soleil à travers la nuée.

 

Bientôt la nuit tombe, l'arrachant à sa rêverie. La lune monte lentement dans le ciel brumeux, halo qui fait reculer les ténèbres gardées par le hululement de la chouette.

 

Soudain agité, il marche de long en large de l'âtre froid à la fenêtre poussiéreuse, en récitant ses poèmes préférés.

 

Puis il s'assoit à la grande table en bois de la salle commune. Du plat de la main, il lustre doucement le plateau vermoulu qui a vu grandir et partir ses aïeux. Lui manque le tic tac chaleureux de l'horloge, qu'il entend toujours rythmer le temps, comme dans un songe.

 

Il écrit. Sans relâche, il tente de dépeindre la lumière absorbée dans la journée, de décrire les paysages aimés, restituer les scènes du passé.

 

A l'abri dans sa forteresse de mots, le poète combat l'oubli. Les pages couvertes de son écriture fiévreuse s'amoncellent sur la table. Terrorisé par l'ombre funeste qui emporte ses pensées, il aligne les vers comme rempart de sa mémoire. Sans prendre le temps d'y réfléchir, les mots s'enroulent en circonvolutions autour du même thème ; l'amour de son pays qu'il ne quittera jamais.

 

La frénésie tombe au petit matin. Les feuilles s'envolent dans l'aube blafarde et un silence d'éternité reprend possession de la maison vide.

 

Une silhouette éthérée veille à la fenêtre, un livre à la main

 

 

 

 

 

*          *

*

 

 

Tous droits réservés

© Gabrielle Burel

Le 18 juin 2013

 

 

*

 

 

Pour découvrir l'univers de Gabrielle Burel, vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous :

http://theblogofgab.blogspot.fr/

 

 

 

3 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (1)

1. AlysonSwt (site web) 09/10/2017

Oh God. I don't know what to do as I have loads of work to do next week summer. Plus the university exams are coming, it will be a hell. I am already losing sleep maybe I should here to calm down a little bit. Hopefully it will all go well. Wish me luck.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×