Gilles Palomba - La 7e Nuit du 7e Mois

Extrait II

 

 

 

- Je me revois tenant la bride, et puis... Quelle embardée ! Avec la vitesse une musique enflait dans ma course, un grondement d’orage mêlé de respiration - fort la musique !… (Il fredonne) - Riders on the storm…. Forte la vitesse, comme une eau de feu ! Ah ! la vitesse ! Quand l’espace se plie et l’immédiat se détend, forcer l’air à l’inverse des nuages et cavaler plus encore qu’eux. Après le pont, même, vivre. Trop longtemps j’ai couru après la phrase que je n’avais pas écrite. Si tôt prise au filet des mots, voilà qu’il me fallait d’autres proies toujours plus fraîches et plus palpitantes. Parce que la nouveauté. Parce que la vigueur. Parce que. C’était sans fin cette cavale, au point d’infléchir à l’obsession toute velléité créative. Un jour j’ai fait grève du Poème. Quand l’un m’entrait dans la tête, je gardais les poings bien serrés, comme ça. Et alors l’improviste chant s’en allait comme il était venu. Folie ! La soumission depuis l’enfance, je croyais l’abdiquer jusqu’à m’en divertir. Mais ce n’était qu’un bras de fer avec les dieux où je m’entêtais à les faire plier du coude, le truc du mioche teigneux qui s’ébroue dans un duel perdu d’avance. Je me desséchais. Je devins vite las de n’être plus qu'un drôle d’oiseau oisif, l’aphone imposteur aux paire d’ailes sans motif, et finalement de ne survivre qu’au bât de la terre, le ras du sol, médiocre niveau zéro. Sans création, pas d’existence possible. Alors à bout de souffle je rendis les armes et repris la dictée.  A nouveau les poches vides mais l’âme riche, je retrouvais le bord des routes - et j’allais. J’allais comme Ulysse sans voir les sirènes attirer vers elles sa frégate, mais j’allais. J’allais sur une mer pleine à l’envi d’apothéoses, et ma pauvre coque n’en finissait pas d’alterner des immersions et des émergences. Un bout d’azur, de quoi s’y voir et l’air du chant… Que demander de plus ? C'était cocagne ! Je revivais, parce que j’écrivais. J’étais moi-même et je n’en aimais que mieux les autres. Et si je n’étais pas forcément plus envié, à nouveau je me sentais bien. Libre, quoi !

 

 

 

 

*         *

*

 

 

Extrait de " La 7e Nuit du 7e Mois"

 

 

*          *

*

 

Tous droits réservés

© Gilles Palomba, 2015

 

 

*          *

*

 

 

 

 

Pour découvrir l'univers de Gilles Palomba, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous :

http://www.gillespalomba.fr/114995785

 

 

 

 

*

 

9 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire