Frédéric Cogno - Calceteiro - 16e Printemps des Poètes

Calceteiro

 

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Texte publié  dans le cadre  du 16e Printemps des poètes pour Variations d'une plume

 

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Le paveur de la rue s'éveille
Avec le chant des matelots,
Vois, les jours sont loin de la paye,
Nuno, il faut te lever tôt.
Prends tes outils sur le carreau,
Tes poissons frits, ton sac à dos,
Va sur la grand' place au soleil
Fleurir le sol de tes marteaux.

Calceteiro, noble poète !
Change ce monde piétiné,
Mon ami, l'effriteur céleste,
Fais-nous parler tous les pavés!
Avec des fleurs,
Avec des cœurs,
L'île aux farceurs,
Les lourds filets,
Ouvrier! Ajusteur d'été !

Le paveur de la rue m'éclaire,
Le paveur des places louange,
Il cloue sans règle ni équerre
Au noir bitume des vidanges;
Il recouvre toutes les fanges,
Et les cailloux aux folles franges,
Bijoux du ciel, coraux des mers,
Seront les dominos des anges!

Calceteiro, grandeur, mystère !
Tambourine, frêles coups secs,
Ranime la lime des frères,
A sol ouvert, l'os se dissèque,
C'est du grand art,
Il faut le voir
Dans un mouchoir
Placer la Mecque
Avec des graines de pastèque !

Le paveur de l'âme imagine,
Le paveur de l'âme martèle
Des soleils nus dans les ravines,
Il retouche les caravelles,
Les cargaisons où l'or ruisselle,
L'endroit n'est plus qu'une vaisselle,
Au tesson bleu des couleuvrines,
Les mosaïques s'étincellent.

Calceteiro Manuélin !
Nos pas sont sertis de colombes!
Lisbonne d'hier, de demain,
Se lira même sous les combles!
La poésie
Du temps jadis
Sur le parvis
Naît sur les tombes!
Calceteiro! Lustre les ombres !

Calceteiro: paveur des rues au Portugal.

 

 

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Tous droits réservés

Frédéric Cogno

 

 

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