Frédéric Cogno - Les petites pêches sauvages

Les petites pêches sauvages

 

 

 

Vers le lieu-dit "les Genestiers",

Sur le chemin des amandiers,

Quand se trémousse le mois d'août,

Entre la ronce et la vipère,

Il est un pêcher solitaire

Dont les fruits gémissent tout doux.

Suivre la guêpe sirupeuse,

Exaucera la plus heureuse

Des cueillettes sur la colline,

Le soleil guidera vos mains

Et les mantilles en fleur de thym

S'écarteront pour les voisines.

 

Pardi! Si l'été perd courage

À force de tirer les traits,

Les petites pêches sauvages

Ne viendront plus l'année d'après.

 

C'est à la cour du roi Soleil,

Jeunes corsets gorgés de miel,

Qu'on admet qu'elles ont le pour,

Pêches d'amour des villanelles,

Parfum à gigogne, à flagelle,

En aparté des plus beaux jours.

Piquées de cédilles de nuit,

Mordues par le givre à la lie,

Le teint grimé au vent trouvère,

Sur leurs joues rose safrané,

Enfantez- y des voluptés,

Mille saveurs en bandoulière.

 

Pardi! Si l'été perd courage

À force de tirer les traits,

Les petites pêches sauvages

Ne viendront plus l'année d'après.

 

Un goût qui roucoule pour l'âme,

Qui sait nous griser sous le charme

D'une jolie petite fille;

Elle découvre les mystères,

Les coins secrets de son grand-père,

L'art vénéré de la grappille.

Sur sa divine bouche en coeur

Qui n' a connu d'autres douceurs

Que le baiser, qu'une aile d'ange,

La pêche blanche entremetteuse

Exige en pose d'amoureuse

La plénitude des louanges.

 

Pardi! Si l'été perd courage

À force de tirer les traits,

Les petites pêches sauvages

Ne viendront plus l'année d'après.

 

 

 

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Tous droits réservés

©  Frédéric Cogno

 

 

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