Frédéric Cogno - Et on en veut aux vieux

Et on en veut aux vieux

 

 

 

Les fenêtres s'ouvrent au jardin grimaçant,

Le jour entre apeuré dans la cage muette,

Puis le lierre a frémi, le petit balcon blanc

S'en va toujours plus loin courtiser la fauvette.

 

Ici repose et dort celui qu'on a placé

Au palace-casier des bouquets en dépôt,

Dans la chambre émondée, les pas se sont lassés,

Ainsi viendra la mort pour tirer les rideaux.

 

Les souvenirs perdus, la bouillie remixée...

Que devient le chaton qui dormait près du feu?...

L'infirmière ne sait qu'avec des comprimés,

Le temps presse, voyons, à l'hôpital des vieux.

 

Et on en veut aux vieux de vivre trop longtemps,

Il faut changer les draps au moment des câlins,

-"Madame s'il vous plaît, tenez encor' ma main,

Serrez-la moi très fort d'un poinçon de printemps!..."

 

Et on en veut aux vieux de vivre trop longtemps,

Celle-là s'est vautrée dans sa salle de bain,

Elle a vu l'écureuil en son rêve utérin,

Entre minuit et deux ça met les nerfs à cran...

 

L'hypocrite famille applaudit ou se tait,

Le spectacle est navrant, le déclin hyperbole,

Des fleurs, toujours des fleurs, partout à son chevet,

L'épitaphe est un lit où s'inscrit le pactole...

 

Pépé, mémé, chéris, il faut manger un peuh!

Bientôt, un autre jour, nous passerons sans blâme,

Le docteur a prescrit un hiver sirupeux,

L'héritage viendra, nous jetterons nos armes.

 

Dans la halle aux fauteuils, l'aïeul a fait des siennes,

La fiente sur les murs, l'artiste aux ongles longs,

A dansé sur sa fresque...Ah! les valses de Vienne!

Qui ira nettoyé?...Au diable le cochon!

 

Et on en veut aux vieux de vivre trop longtemps,

Et si on s'amusait, tueur de dignité,

A prendre leur pudeur pour un joujou violé,

A jouer les curieux au chantage harcelant?....

 

Et on en veut aux vieux de vivre trop longtemps,

Qu'importe la saveur, ils ont perdu le goût,

La purée pour dessert, l'entremets pour ragoût,

Les textures sans nom siéent aux agonisants.

 

Ici on a rangé définitivement,

Dans un étui-mitard, les grossières lunettes,

Les prières sacrées pour la Vierge et l'Enfant,

Le roman confident des premières nuisettes.

 

Les fenêtres s'ouvrent au jardin grimaçant,

Le jour entre apeuré dans la cage muette,

Puis le lierre a frémi, le petit balcon blanc,

Est enfin revenu enlever la pauvrette...

 

 

 

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Tous droits réservés

Frédéric Cogno

 

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Commentaires (1)

1. AlysonMwd (site web) 08/10/2017

My friend and I went camping the other day. It was a tiring experience, as he wouldn't let me sleep all night. He kept talking about random things and whined about his sleeplessness. I totally told him to this and deal with it.

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