Frédéric Cogno - Le nounours

Le nounours

 

 

 

Une jolie fillette au regard malicieux

Adorait un nounours qui la couvait des yeux.

Elle le dorlotait comme un petit enfant,

Lui, la réconfortait quand venait le couchant.

Ils s'aimaient. Tous les jours, c'était touchant à voir

Deux êtres pelucheux se serrant dans le noir.

Ils se parlaient gaiement, chuchotaient des secrets,

La maîtresse expliquait, parfois même grondait

Lorsque son élève faisait la sourde oreille...

-Bon, tu seras privé de gelée de groseilles!...

Disait-elle. Ils formaient un duo si charmant!

Nous étions fascinés, nous les autres, les grands.

Ce familier théâtre expulsait nos soucis,

Transformait la maison en un kiosque à grigri.

Devant ce doux manège au milieu du salon,

Nous interdisions l'âcre télévision,

L'ogre écran monstrueux dévoreur de comptines

Qui dit toujours des "chut" lorsque saute une mine...

Quel bonheur! Ils s'embrassaient sous chaque nuage,

Si le ciel était bleu, ils partaient en voyage,

Pas un frisson d'amour ne manquait à l'appel,

Ils ne se quittaient plus et partageaient leur miel.

Ainsi passaient les jours loin des graves tourments

Et cette poésie comblait les grands-parents.

Même monsieur Hugo cognait à notre vitre,

Le coeur en mercredi voulant faire le pitre.

On riait. Les corps fatigués prenaient des ailes,

Oubliaient un instant les symptômes cruels,

Le verdict du grand âge et son cortège odieux

Quand les médicaments sont à la queue-leu-leu.

Papy souffrait d'un mal plus taiseux qu'un mystère.

Plus proche de l'enfant qui nimbait la grand-mère,

Elle était son rayon, son jardin, sa fontaine,

Sa simple apparition guérissait ses migraines,

Effaçait la douleur sur son ardoise noire.

Du coup, la maladie se cachait dans l'armoire,

Demeurait quelque temps parmi les lourds dossiers

Mais tout en conservant précieusement la clef.

Il partit. Ce fut un drame pour la fillette.

Celui qui faisait rire avec une allumette,

Ce conteur magicien, ce savant jardinier,

Là-haut au Paradis taillait déjà les haies.

Vivre sans le grand-père ancrait l'inconcevable.

Elle avait son nounours toujours aussi aimable.

Témoin de la tristesse et des pleurs de mamie,

Emue par le chagrin et l'amour d'une vie,

Le deuil, la solitude et les vêtements noirs,

L'enfant eût cette idée pour vaincre un désespoir:

-Mamie, ne t'en fais pas, à partir d'aujourd'hui,

Je te donne nounours pour remplacer papy!...

 

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Frédéric Cogno

 

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