Frédéric Cogno - Rivière et rossignol

Rivière et rossignol

 

 

 

Odeurs nomades sur la rive,

L'usurière aux pépites d'or

A laissé un temps sa lessive

En accroche-coeur sur les bords.

 

Drapée d'étoffes langoureuses,

Elle ouvre ses bras près d'un port,

Sa brise zazou voyageuse

Se tient à la rampe des morts.

 

Tous ses fanions verts s'effilochent

Et son banc de sable s'endort,

c'est là qu'un rossignol s'approche,

S'en est prêt pour quelques accords.

 

Ivre de prose veloutée,

Ce cher vicomte musicien,

Quand vient le soleil saumoné,

Se livre comme un bohémien.

 

Elle, à l'ombre des poules d'eau,

Elle l'écoute et se souvient

Des hosannas dans les roseaux

Et du premier été indien.

 

Elle sait glaner les solfèges,

Aguicheuse de mélodies,

Voilà qu'elle frôle la berge

Pour un duo jeune et joli.

 

Le rossignol vrille l'émoi,

Sa tessiture en zippe au vent,

Son timbre flagellé de soie

Se case dans les flots Do lent.

 

La belle renaît par le chant,

Adieu l'affreux charivari,

Sa voix s'échappe du courant

Toute aussi ample que la nuit.

 

Ô rivière! A l'heure des harpes,

Tes galets posent les pupitres,

Le moucheron supplie la carpe

De stopper net son brise-vitre.

 

Plus de chahut, juste de l'eau,

Des alluvions tendres ou farouches,

Leurs notes fondent dans ma bouche

Se miellant au jeu de l'oiseau.

 

 

 

 

 

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Tous droits réservés

Frédéric Cogno

 

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