Frédéric Cogno - Soir

Soir

 

 

Instant de pause, et le rêve mi-clos se prélasse sur des fleurs balbutiant leur carême. Juin délie un gros nuage sous mes yeux et encoche au ventru une brise joueuse et entremetteuse passible d'un rayon rose.

Le soir tombe. Le lointain horizon se rapproche soudain et enfante des émaux bleus de songes qui s'en vont, les carènes en feu, naviguer sur l'échancrure du couchant comme de longs traits d'union entre ciel et mer. L'onde s'affiche devant les spectres accoudés aux fontaines studieuses. Les nues frémissent de révérences quand les feuillages se courbent au passage du grand bliaud gris et noir. Tout un monde effaré abdique en voyant cet immense fantôme adulé mais craint, scelleur de tout écrin, qui parade impassiblement, accompagné d'une procession de voix étranges par milliers bâillonnées ou émondées par le monarque lui-même. Voilà que les cieux s'apprêtent à quêter et le géant récoltera dans l'urne insatiable toute une moisson d'étoiles. Ce sera la dîme nocturne.

Bientôt, chaque rime prendra la couleur du deuil; l'ombre absorbe déjà la nature sage dans un subtil délit funèbre et légifère sa narration sépulcrale au chevet soumis de toute chose.

Près de moi, le toit, trop lassé du jour, expulse indolemment les pas feutrés d'un chat noctambule.

La musique des senteurs cherche un nouveau chef-d'orchestre. Elle vient de quitter un long hiver plus autiste que mourant et un printemps qui ne fut que babillages. Elle veut autre chose. Bâiller au frou-frou des corolles...La voilà qui s'élance, qui mouchète son haleine légère, fragrance de bois verts et de violettes, qui semble s'effilocher dans sa course endimanchée de pourpre et de vermeil.

Tout à coup, une note s'est ciselée et l'oiseau s'est enfui faire une ganse à l'azur.

Les calices se ferment épinglés d'un petit crêpe noir.

La communion du soir pourlèche l'effluve sainte du crépuscule, le temps révolu du salut céleste.

Murmures et plaintes, douceur et calme, mystère d'un soir en crue venant se graduer en vertu de mon âme paresseuse et ouatée, mais en filigrane, quand tes lèvres, subrepticement, dans un grand frisson, ô vespéral désir, viennent mordre le soir sous un ciel hématome.

 

 

 

 

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Tous droits réservés

Frédéric Cogno

 

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