Frédéric Cogno - La Durance

La Durance

 

 

 

Elle est née d'un regard, d'un baiser sur les crêtes ,

Epiée par un berger venu de l'Italie,

A vous dire on ne sait quelle chanson secrète,

Ell' garde dans ses flots depuis ce jour béni.

La Durance.

 

Petite Eve goulue tombée de Montgenèvre,

Besacière des monts en robe de baptème,

Parfumée aux framboises et au bon lait de chèvre,

Ell' sourit dans le vent aux trombones bohèmes.

La Durance.

 

Ell' descend la montagne avec quelques nuages,

Dans sa folle échappée d'éclats de reliquaire,

Ell' se plaît à jouer les conteuses sauvages

Qui vont chercher du bois sur les berges calcaires.

La Durance.

 

Barigoule de neige aux accents de mélèzes,

Suivant les vallons verts et les ruches moniales,

Depuis le vieux Vauban jusqu'aux noires falaises,

Elle a ce linge bleu de ses lunes nuptiales.

La Durance.

 

Le château de Tallard lui confie ses misères,

Les orties scélérats se subliment manouches,

Toute belle parée d'ondulentes prières,

Elle exauce en chantant les idylles farouches,

La Durance.

 

Maraîchère au grand coeur sur les rives sereines,

Bâillant sous les feuillages aux brises miroitantes,

Pelucheuse alanguie couchée le long des plaines,

Ell' séduit les jardins, se caresse patiente,

La Durance.

 

Les Pénitents des Mées la supplient de se rendre,

La Provence l'accueille au colvert des étoiles,

Ses cailloux sont brûlants er ses herbes moins tendres,

Elle arrive au pays des foraines cigales,

La Durance.

 

De Manosques à Saint-Paul jusqu'aux bras du grand Rhône,

Des couloirs assoupis aux crues des sept trompettes,

Dans sa halte dernière avant qu'elle se donne,

Ell' nous laisse un soupir courant sur les violettes,

La Durance.

 

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Frédéric Cogno

 

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