Frédéric Cogno - Nuit

Nuit

 

 

Il se fait tard, la source enfante le ruisseau,

 Et  l'étang, orphelin, prend ce tuteur sauvage,

Tel un embryon noir enlacé de roseaux.

 Noctambule, l'aulne parraine le présage,

 Tandis que s'évase l'homélie du crapaud,

 Dans le balbutiement des lugubres remous.

 

Non loin, comme un écho, par des airs odorants,

Bruissent les filous, les fifres forestiers,

Incantations feuillues des mirlitons chantants;

Le chantre rossignol, ménestrel inspiré,

 Rassure la menée d'un jeune cerf méfiant

 Pendant que les bois morts font du chantage aux loups.

 

La troublante forêt réunit les sylvains

 Au pied d'un très vieux chêne enchâssé aux aïeux,

 Près d'un rond de sorcière, ils vont main dans la main,

Danser tout barbouillés de champignons gris-bleus,

Fardant les ténèbres d'une moire d'étain

 Pour la farandole des rats et des hiboux.

 

J'ai les sens ahuris, j'aime l'ivresse obscure,

 C'est un colin- maillard  avec l'antre infini;

La douce nuit m'étreint, d'un baiser me susurre,

Sous l'aisselle d'Orion sa complainte enfouie,

Son doute originel et son autre blessure

 Chantés par les poètes et les pauvres d'esprit.

 

Alors que toi, tu dors. La nuit loue tes soupirs

Comme une jolie fée en docile ménine.

 La fenêtre ouverte pour les anges à venir,

Tes longs cheveux de fièvre avec le vent peaufine,

Les parfums dénoués qui s'en iront mourir

 Sur le toit des collines où la lune sourit.

 

Le songe costumé te prendra par la taille,

Pour une nuit d'amour sans aucun candélabre,

 L'ombre caressera tes émois en écailles

 Qui sans fin brilleront comme l'éclat du sabre,

Invitant tes fantômes à de tendres chamailles,

J'en serai le témoin sur ta couche fleurie.

 

 

 

 

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Tous droits réservés

© Frédéric Cogno

 

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