Frédéric Cogno - Le feu de cheminée

Le feu de cheminée

 

 

J'aime les journées d'hiver

Devant le feu de cheminée,

Je ne compte plus les vers

Que j'écoute sous le brasier;

Entre les flammes tremblantes

Où cafouille un air ménestrel,

Tout un monde qui m'enchante

Avec ses milliers de Noël.

 

Mon âtre est un auditeur,

Lui-même attentif à la strophe,

Aux fables feulant les peurs

Furibondes ou bien amorphes ;

Un taffetas de pantoums

Affamé d'un fagot s'affaire,

Le pamphlet des vieilles fourmes

Festoie dans le four des mystères.

 

Un festival de parfums

Vient crépiter entre les bûches...

Crac! Argue un chêne tribun

Pris dans l'arène des embûches;

Des sarments de vierges folles

Font mijoter tout doucement,

La soupe et le pain des geôles,

Fange des malheureux amants...

 

Aux quatre coins des tisons,

La cendre lisant les dépêches... !

Ah! Ces étranges visions

Au pugilat d'or des flammèches !

Sur la table mortuaire

Recouverte d'onguents maudits,

Que s'ébattent les sorcières

Et les hiboux aux yeux trahis!...

 

Un jeune éphèbe à l'affût,

Amoureux d'une jolie braise,

Se dandine tout ému,

S'approchant d'elle mal à l'aise;

Sur le pont d'un châtaignier

 Serti d'étoiles euphoriques,

 Il flambe sa dulcinée

 Et l'emporte dans sa tunique.

 

J'aime les journées d'hiver

Devant le feu de cheminée,

Ce conteur qui m'est si cher

S'esclaffe en moi émerveillé ;

J'aime quand chante le bois

Au coeur des bousiers et des elfes,

Près du cerf qui fait ses bois,

Je savoure mon Saint-Estèphe!...

 

 

 

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Frédéric Cogno

 

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