Frédéric Cogno - A tes pieds

A tes pieds

 

 

 

Je me plais à rêver un soir de Catalogne,

Dans la chaleur d'un bar fréquenté par les borgnes,

Le phrasé des gitans te supplie jusqu'à l'aube,

Sur les table dressées de retrousser ta robe.

 

De la vague enroulée par ce flux de dentelle,

En fin de plis bleutés quand la mousse chancèle,

Sous ces flots effleurants qu'avons-nous de plus beau

Sinon tes petits pieds fleurons du flamenco?

Sous les lampes groggy, les dés ne roulent plus.

Que caracole à coeur le camphre à tes pieds nus!

Agapes de rosée de la fleur à la fraise,

En rouge escapade sur les tables de braises,

Voilà qu'ils vont danser en petits escadrons

De pantins potelés couleur de potiron.

De la patte piaffant, de patins en pantoums,

Je ne vois plus tes pieds mais des jets de loukoums!

Une folle échappée fondant de galèjades,

Facétieux petits pieds sur les galets de jade

Qui pavoisent pimpants comme un poudding d'ivoire

En émaux d'osselets sur l'affluent du soir!

Que ces tendres laquais tout crémeux d'avocats,

Continuent à danser au ras des pétunias!

 

C'est un spray d'escarpins escortant l'escarmouche,

Plus léger qu'un pollen, que des pattes de mouche,

Tels des trolls diluviens, ils poinçonent les fleurs,

En pirouettes d'or, sautillant moissonneurs,

Au bal des papillons entre les étamines,

En tango de bourdon pétulant de sublime!

Peluches du printemps en gissando fûté,

Semelles de fraîcheur perdues dans la foulée,

Ô psaumes des parfums tapotant les pétales!

Claquettes d'aloes, cardamome aux sandales

Encor toutes poudrées de la Sierra Léone!

L'échevelée cheville en chaleur échelonne,

Des petits pas fusants, berlingots de surprise,

Des fournées de velours, d'échantillon de brise!

 

Quoi de plus merveilleux que tes jolis pieds nus!

Petits sabots de suif trottinant dans les nues!

J'aime les regarder, les palper, les pincer,

Sentir entre mes doigts leur plus douce flambée;

A la sauvette aussi, fringant d'un carnaval,

Toujours à carreler les salons et les bals.

Sur la berge des cieux, arpentant les nuages,

Ombrettes d'un rameau, est-ce un pas? Un collage

Sur ce sol envahi par les fleurs et les elfes?

Ô plantes en duo! j'ai cinq feuilles d'un trêfle!

Comptant tes doigts de pied aux abords des prairies,

A tes pas enchanteurs, des cristaux de rubis,

Brandon de vernis frais, cabochons rouges sceaux,

Jonchent le vieux sentier qui mène à ton ruisseau.

 

Tes pieds de spadassin, de spartiate, pataugent!

Ô langues des sources dans la bouche des Vosges!

Petits ombles oblongs dans les fonds sablonneux!

Eclaireurs du courant! Charmantes algues bleues!

Affûtant tes pieds nus, le torrent pédicure,

De nacres écaillées suit ta gracieuse allure.

Et ils dansent toujours et tu sillonnes encore,

La marche est retenue, funambule Pandore!

Sur le filin des âges, l'équilibre reprend

Le cours de leur histoire et les commencements....

 

Quand tes jolis pieds nus à l'appel du destin,

Prenaient le feutre vert des tapis oasiens.

Chaussés de silence sur le sable attièdi,

Non loin des campements dans la fraîcheur des puits,

Un pas s'est souvenu balayé par le vent

Brûlant dans le couloir des déserts Ottomans,

Des traînées de serpents comme des mosaïques,

Des frises de lézards, des saignées de lombrics;

En slalom Salomé, en défilé subtil,

Sur le sable mouvant toute trace est fragile...

Parfois même apeurés par des rayons de lune,

Tes pieds me font penser à des furets de dunes!

Et puis, l'un se souvient d'une toute autre voie,

Sur la mousson mêlée à la boue et au bois,

Tes pieds en jeunes pousses ont côtoyé les champs,

Deux roses irriguées aux rizières de Chang,

Engrais de sang semé dans le pré des Maldives,

C'était comme un jardin pour deux jolies endives!

 

Alors qu'ils se pâment! Pamphlet de poum, pouf, paf!

Petits pas sur la proue, la rumba du mataf,

En lapis-lazulis sur le plancher brillant,

Sentinelles au savon du lever au couchant,

Laissent des traces bleues, des textures tribales,

Un peu de l'océan, des cendres cannibales.

Fourmillant à la mort un talc venu des crânes,

Tes pieds peuvent feuler colporteurs des chamanes,

Fumer les jambes en l'air, monter soudain au ciel,

En serres de rapace, en joutes sexuelles.

 

Toupet de pétons pâles ayant pris leur envol!

Féérie d'un looping par dessus mes épaules!

Nichées de fantoches! Fantasques fanfreluches!

Essaim de doigts de pied qui vient fêter sa ruche!

Tourbillon grimaçant, épousailles des cendres!

Ces planeurs chatouillés ne voudront pas descendre!

Talonnant tous les anges et bottant l'astre clef,

Ils sont bien mieux là-haut à pépier la becquée.

Ils vont à la volée, débusquant dans l'aisance,

Cent ciseaux du plaisir qui découpent les transes,

Et tombent en éclairs sur le sol Honky-Tonk....

Ah! Quel atterrissage! Se poser en diphtongue!

Renaître se terrant comme une eau qui va sourdre,

Ou s'enfuir feux follets sur la traînée des poudres,

En voyant tes pieds nus, Patapon et Palm Beach,

Pétarade insurgée sur la mode et le kitsch,

Parfois, je me demande, au début d'un quatrain,

A quel pied se fier pour mes alexandrins!.....

 

 

 

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Tous droits réservés

Frédéric Cogno

 

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Commentaires (1)

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