Frédéric Cogno - Le géant marionnettiste

Le géant marionnettiste

 

"Beau front,

Jolis yeux,

Nez cancan,

Bouche d'argent,

Menton fleuri

Et guili-guili-guili..."

 

Je n'étais encore qu'un présage,

Quand j'écoutais ma tendre mère

Coller ces mots sur mon visage

Et peindre tout son univers.

 

C'était sa façon d'être artiste

Pour masquer l'absence trop triste,

Je riais fort, elle partit,

Et me laissa en compagnie,

 

Sous l'ombre crèche du tilleul

Qui mit juillet dans mon couffin,

Me faisant un signe d'accueil,

Il effeuilla ce doux refrain:

 

"Beau front,

Jolis yeux,

Nez cancan,

Bouche d'argent,

Menton fleuri

Et guili-guili-guili..."

 

Comme un géant marionnettiste,

C'était sa façon d'être artiste;

Ah! Cet arbre avait du génie,

Le vent dans ses branches bénies!

 

Mes yeux devinaient des histoires

Dans le grand feuillage à malice,

Ma sieste n'osait pas y croire,

Mon pouce en fit tout un caprice.

 

J'étais avec l'après-midi

Au théâtre des tout-petits.

 

Le soleil s'agrippait au sombre

Et projetait quelques rayons,

Le feuillu mimait les jeux d'ombres

Avec ses rides d'expression.

 

Il chantait la mélancolie

Si un nuage avait souri.

 

Haussant parfois la voix dés lors

Que le vent l'incitât au style,

Le souffle changeait le décor,

Le tilleul fronçait les sourcils.

 

Je fréquentai la fresque hantée,

Une pie s'envola voleuse,

Le géant sut geai enjoué

Qu'elle fût prêtresse et prêteuse...

 

Tous les oiseaux furent ravis

De gazouiller sa comédie.

 

Ce séculaire avait raison,

Je comprenais ses paraboles,

J'allais au conte des saisons

Sans compter parmi les écoles.

 

Il m'a sauvé des malappris

Jusqu'à humer la poésie.

 

Vaillamment mes petites mains

Dessinèrent sur papier d'air,

Un rêve pour toucher en vain

Ce beau spectacle imaginaire.

 

Et ce, l'adieu fut au seigneur,

Je retrouvai avec surprise,

Ma mère revenant en fleur,

Mon père qui parlait la cerise:

 

"Beau front,

Jolis yeux,

Nez cancan,

Bouche d'argent,

Menton fleuri

Et guili-guili-guili..."

 

Le temps a passé mes tisanes,

Il me reste les souvenirs,

Cet arrière goût de mon âme

Pour mieux comprendre l'avenir.

 

Aujourd'hui, il est toujours là,

Et minuit sonne son aura,

Demain j'irai voir s'il me dit:

"Mon dieu, comme tu as grandi !..."

 

*

Tous droits réservés

© Frédéric Cogno

*

 

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Commentaires (2)

1. AlysonHsc (site web) 11/10/2017

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2. Tippi 11/12/2013

Je n'ai pas assez de mots pour dire comme j'ai aimé ce poème.

j'aime énormément ce refrain, quelle fraîcheur, quel bonheur ce poème, cet héritage !

J'ai chanté la mélodie, si un nuage avait souri

Moi aussi comme votre père j'aimerais bien parler la cerise !

En plus d'un fier bravo, ce sera un grand merci pour ce très bon moment qui fait un bien fou !

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