Christophe Dessaux - Jin Roh — la brigade des loups —

Jin Roh — la brigade des loups —

 

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Photo : Lili Mowgli prise par Fabienne Chemin dans le cadre du projet Au printemps je suis vivante.

 

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L’aube sucre d’orge verse son pleur sur les derniers morceaux de nuit :
« Suspendez le temps, le petit chaperon rouge-gorge est mort ! »
Le doigt sur la bouche, l’aube ordonne le silence en hommage, les rumeurs du jour attendront.
L’écharpe autour du cou, elle patauge dans les dernières flaques de la nuit, son sanglot nous raconte l’histoire :

 

« Pauvre Petit chaperon rouge à la gorge, qu’allais-tu faire dans la forêt qui prolonge la nuit ?
— Je porte un iPod à grand-mère, couleur beurre frais.
— La nuit m’a dit que tu sautillais d’un pas léger, ton Y autour du cou. As-tu entendu la brigade des loups ?
— Non, j’écoute un nocturne. La brigade aux yeux rouges avance à pas de loups.
— La brigade des loups a t-elle demandé où tu allais ?
— Oui, je vais chez grand-mère porter un iPod beurre frais.
— La brigade des loups a t-elle demandé quel était ton chemin ?
— Oui, c’est le chemin doux des coquelicots des bois, ceux qui meurent au soleil et rougissent la nuit.
— La brigade des loups a-t-elle pris le chemin des aiguilles ?
— Oui, le chemin qui coupe au rasoir, celui qui meurtrit les chevilles et lacère le visage. »

 

L’aube voit poindre le jour et son pleur tambourine l’espace.
« Naïf petit chaperon à la gorge déployée, as-tu tiré la bobinette ?
— J’ai tiré la bobinette et la chevillette a chu.
— La brigade des loups avait-elle des oreilles ?
— De grandes oreilles pour entendre l’iPod au message secret.
— La brigade des loups avait-elle des yeux ?
— De grands yeux rouges baignés de menaces.
— La brigade des loups avait-elle des jambes ?
— Longues comme le sont les escadrons de la mort.
— La brigade des loups avait-elle des dents ?
— Je crois que ce sont là des baïonnettes, celles qui percent et qui tranchent la gorge. »

 

L’aube sucre d’orge fond au premier soleil, elle a oublié le chant du coq.
Son pleur sèche sur les toits de la ville. Sur les écrans, la vie numérique reprend son cours.
Loin dans la forêt, le chaperon de chair rouge fané gît sur le chemin doux, les coquelicots se referment.

 

 

 

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Tous droits réservés

© Christophe Dessaux

 

 

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Poème retenu par le collectif d’artistes "L'Asile au Bout du Zinc"  (La maison bleue), qui avait lancé un appel à textes sur le thème de l’Aube.

 

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Pour visiter le site de L'ABZ, ce merveilleux collectif d'artistes, c'est par ici :

http://www.maisonbleuecollectifartistes.com/#mw999

 

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Pour découvrir l'univers des mots de Christophe Dessaux, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous :

http://histoiresaucreux.tumblr.com/ 

 

 

 

 

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Commentaires (3)

1. masttorrij (site web) 15/10/2017

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3. MILLOT-CONTE 07/07/2014

Un texte sublime à susurrer doucement le soir pour ne pas faire surgir la vilaine brigade des loups ! Un immense bravo !!!! Casquette bien bas !

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