Amina Idrissi - A côté de l'enfer

A côté de l'enfer

 

Saisir un moment si fugace est si difficile. Coucher les mots, les vrais, les justes ou les plus approchants l’est aussi.

Comment décrire ces rares moments de lucidité si brefs, si beaux où l’air est plus lumineux, où le temps est suspendu et où le goût de la liberté envahit mes lèvres d’abord y laissant une sensation de fraîcheur puis s’étend à tout mon corps ?

Assise là, sur le perron de ma maison, je regarde les frondes des fougères qui se balancent doucement dans le petit vent matinal. Une bruine me picote la peau. S’arrêter de respirer, se figer, saisir l’instant, le faire durer au maximum et rester au bord, bien au bord car je ne peux aller plus loin le plus longtemps possible. Mais, hélas comme ces impressions de déjà vu, l’extase se dissipe et je retrouve très vite mon cœur alourdi.

Et à peine cette fenêtre entr’ouverte, trop vite refermée, je mesure à quel point je suis à côté de l’enfer car je ne peux profiter des merveilleux instants que quelques minutes comme une damnée à qui on aurait accordé une petite permission de sortie.

Peut-on poser des mots pour décrire la souffrance ?

Souffrance physique peut être, lancinante, palpitante, intense, légère, irradiante en sont des descriptions tangibles.

Mais la souffrance morale est innommable, cela relève de l’impossible, les mots qu’on peut utiliser la dépouille de sa vraie nature. Aucune expression aussi élaborée soit-elle ne peut la décrire, on dit bien indescriptible ?

Comment en suis-je arrivée là ?

Je ne suis pas innocente, ni surprise. Je sais.

Tels un tas d’immondices de plusieurs mètres de haut accumulés au fil des années, mes blocs de douleur ont été stockés avec beaucoup de soin, les uns sur les autres, pensant qu’avec cette funeste construction, chaque étage dissimulerait le précédent ; cette savante opération me laisserait le temps de ne m’occuper que du plus récent, du plus urgent.

Accumuler la douleur de cette manière, n’obéit malheureusement pas aux lois de la physique. On n’enterre rien, on ne dissimule rien. Et l’édifice aussi haut soit-il, se dématérialise pour se redimensionner à sa guise sous l’effet de règles inconnues.

De cette manière, les douleurs enfouies depuis des années refont surface de façon inopinée  avec une intensité tout aussi égale sinon plus qu’au moment de leur genèse.

Comment alors occulter leur présence, comment les ignorer, faire « comme si »? Rire, pleurer, converser, vivre au quotidien n’arrange rien : elles sont là, point.

A quoi bon voyager s’il faut les emmener avec soi ? On aimerait bien les enfermer à double tour dans la maison, coincées entre le lit et le placard, mais non elles collent à la peau, à la mémoire, insidieuses, pernicieuses, attendant le moment opportun pour ressurgir.

J’aimerai alors m’assoir là, sur le seuil de l’enfer d’où me parviendrait les hurlements terrifiants et la chaleur asphyxiante et une à une balancer mes souffrances dans la fournaise pour enfin me débarrasser d’elles une fois pour toutes !

Je m’y brûlerais, je le sais, mais peut être seulement serais-je absoute !

 

 

 

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Tous droits réservés

Amina Idrissi

 

 

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Commentaires (1)

1. AlysonXjf (site web) 08/10/2017

Oh Lord. I don't know what to do as I have tons of work to do next week semester. Plus the university exams are getting, it will be a disaster. I am already panicking maybe I should url to calm down a little bit. Hopefully it will all go well. Wish me luck.

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